Transmission de l’information médicale

Vacation hospitalière de cardiologie, premier patient, une échographie cardiaque.

Un beau courrier demande l’examen afin de vérifier l’absence de greffe bactérienne sur les valves d’un patient immunodéprimé après une infection extra cardiaque assez sévère.

Puis je lis la demande faite sur un bon d’examen complémentaire, même histoire, mais un signe clinique important y figure en plus: « souffle systolique non connu ».

Diable, ça devient intéressant, je me frotte les mains!

Puis je tombe sur le compte-rendu d’une échographie que j’avais faite à ce patient en avril 2009: sténose aortique serrée.

C’était donc un « souffle systolique non connu par ceux qui l’ignoraient« .

Je n’ai pas trouvé d’endocardite, mais ce bon vieux rétrécissement aortique, puis j’ai médité sur la transmission de l’information médicale au sein d’un même établissement.

Les médecins de l’âme

Un article du NYT explore un exemple de coopération entre médecins chamanes et médecins traditionnels autour du lit d’un patient.

L’autre exemple que je connais d’une telle coopération est l’ONG Interplast-France où l’équipe chirurgicale occidentale opère après une consultation avec les guérisseurs locaux (cf. aussi ici).

Il doit y en avoir plein d’autres.

Mais dans ce cas très particulier, celui d’un patient de l’ethnie Hmong, cette relation est particulièrement marquante, car elle a son exact pendant au niveau physiopathologique, et même thérapeutique.

Les Hmongs présentent en effet la particularité de présenter une très forte prévalence de syndrome de mort subite inexpliquée (Sudden Death Unexplained Syndrome ou SUDS) qui semble être lié à une mutation du gène SCN5A codant pour des canaux sodiques. Cette pathologie est donc proche du syndrome de Brugada.

Cette Mutation entraine des arythmies mortelles qui emportent le plus souvent des hommes jeunes (dans leur trentaine), au milieu de leur sommeil.

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Tracé tiré de l’étude DEBUT (Circulation 107 (17): 2221–6)


L’étude DEBUT, publiée dans Circulation en 2003 montre que seule l’implantation d’un défibrillateur ventriculaire permet de prévenir ces morts subites.

Les Hmongs qui connaissent cette malédiction qu’ils nomment dab tsog depuis des millénaires voient les choses autrement.

Ils pensent que des esprits de femmes jalouses, les dab tsuam viennent tuer les jeunes hommes endormis en s’asseyant sur leur visage pour les étouffer. Ils déguisent donc leurs hommes en femme pour la nuit afin de leurrer les esprits.

Le chamane et le médecin, le dab tsog et le SUDS, les dab tsuam et les mutations du SCN5A, les habits de femme et le défibrillateur, la boucle est bouclée et la dichotomie est parfaite.

Le dab tsog porte différents noms en fonction de la sphère géographique où il sévit: Lai Tai en Thailande, Bangungot aux Philippines, Pokkuri au Japon…


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Kohada Koheiji, Hokusai.


Cette histoire m’a toujours fasciné.

Bon, bien sûr, c’est de la belle cardiologie, mais cela va au-delà, si j’ose dire.

Je viens de comprendre pourquoi aujourd’hui, en lisant l’article du NYT.

L’histoire des Hmongs résume tout ce pourquoi j’aime mon métier.

Elle raconte l’humain en proie à ses peurs depuis des temps immémoriaux, et les solutions techniques que le progrès médical apporte petit à petit. Mais l’homme continuera toujours à avoir peur, pour des tas de raisons, par ignorance, obscurantisme, petit retard des progrès par rapport à la maladie, et bien entendu l’issue finale qui nous attend tous.

C’est pourquoi, il nous faut respecter la culture de l’autre, ses croyances, à condition, bien entendu qu’elles n’entravent pas les soins.

Les mépriser, les repousser, c’est mutiler l’homme malade.

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A Doctor for Disease, a Shaman for the Soul. The New York Times. By Patricia Leigh Brown. Published: September 20, 2009


Nademanee K, Veerakul G, Mower M, et al. Defibrillator Versus beta-Blockers for Unexplained Death in Thailand (DEBUT): a randomized clinical trial. Circulation 107 (17): 2221–6.


Connie Bezzina C et al. A Single Na+ Channel Mutation Causing Both Long-QT and Brugada Syndromes. Circ. Res., Dec 1999; 85: 1206 – 1213.

Vanille, chocolat.

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Les Buddenbrooks (2)

Petit à petit, mon épouse retrouve quelques restes du mode de vie qui a été celui de sa famille jusqu’aux années 30 durant lesquelles s’est produit un effondrement aussi brutal qu’actuellement inexpliqué.

Elle a récupéré récemment quelques assiettes, marquées aux armes de sa famille.

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Ces assiettes m’ont amené à faire deux découvertes inédites sur la famille, en deux minutes, grâce à Google, loué soit le grand chercheur.

La première, l’origine de l’ascension de la famille a pour origine un fait d’arme précis daté de 818.

Un ancêtre béarnais, qui combattait avec Alphonse le Chaste contre les Maures, faisait le siège autour d’une forteresse tenue par ce derniers. Une nuit, les maures font une sortie et surprennent les béarnais désarmés. L’ancêtre se saisi d’un arbrisseau, s’en fait une massue, rallie les siens et repousse l’attaque.

C’est en reconnaissance de cette action que Alphonse le Chaste anoblit l’ancêtre et changea sa destinée, et celle de sa famille dont un détail du blason rappelle cet épisode:

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On y voit la fameuse forteresse et deux troncs d’arbre qui ont servi d’armes de fortune.

La deuxième découverte est que Nicolas Boileau fait allusion dans une de ses Épitres à un épisode militaire auquel participe un autre ancêtre

Dans l’épisode conté, ce dernier traverse hardiment le Rhin le 12 juin 1672 au cours de la campagne contre les hollandais.  Tellement hardiment, que les cuirassiers qui le suivaient l’ont pris pour un hollandais et l’ont blessé à 5 reprises.

Comme souvent, il n’y a qu’un pas entre le sublime et le ridicule.

Très impressionnantes, ces quelques assiettes ébréchées qui résument l’ascension et la chute d’une famille sur une durée de 1100 et quelques années.

On a décidé de ne pas manger dedans et de ne pas les passer au lave vaisselle.

Elles seront là pour nous rappeler, à notre tout petit niveau, que la roche tarpéienne est proche du Capitole.