Le traitement de l’information médicale (rediffusion)

Ce matin, je suis tombé sur deux tweets qui en disent long sur l’objectivité des informations sur les médicaments, délivrées par la presse médicale dont la survie dépend en grande partie de l’industrie…du médicament.

Je me suis dit que j’allais rafraichir, condenser et rediffuser une série d’articles que j’avais publiés en 2009 (le premier est ici). Comme quoi, les années passent, et malgré tous les scandales, les déclarations d’intention, et les chartes de bonne conduite, une partie de la presse médicale est toujours profondément viciée par ses liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique. A l’époque, j’avais analysé tous les articles du Quotidien du Médecin (publiés entre 2002 et 2008) concernant le rimonabant (Acomplia®), molécule de Sanofi finalement retirée du marché en 2008. Cette analyse permet de bien se rendre compte de la temporalité d’un mécanisme purement promotionnel, qui se drape d’un traitement journalistique rigoureux, et de qualité.

Le conditionnement des futurs prescripteurs par la presse médicale suit une chronologie immuable:

  1. Description minutieuse et tatillonne de l’effet du futur médicament dans des études sur un mécanisme cellulaire le plus souvent parfaitement obscur (mais passionnant d’un point de vue conceptuel) chez le rat musqué bolivien.
  2. Idem, mais chez l’homme dans les premières études cliniques.
  3. Communiqué de presse victorieux en cas de positivité d’une « grande étude pivot ». Si l’étude est négative, on met en avant la positivité d’un critère intermédiaire secondaire, favorablement influencé par pur hasard (c’est une spécialité Servier).
  4. Au cas où les choses tournent mal (médicament retiré car il tue des patients), on en parle pas et on recommence le cycle pour une autre future molécule prometteuse et innovante.

C’est un peu long, prenez du pop-corn.

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Voici la phrase d’entame de l’article de Carnets de Santé que j’ai cité dans cette note:

« Une étude publiée par les Cahiers de sociologie et de démographie médicale montre une nouvelle fois que la presse médicale est un élément essentiel de la formation continue des médecins (FMC) : elle est citée par 84 % d’entre eux comme moyen de FMC, devant la participation à un congrès médical (73 %), la lecture de manuels (72 %), l’internet (66 %) et les séances de FMC organisées par les associations professionnelles (51 %).« 

Au décours de la lecture du texte de Carnets de Santé, j’ai parcouru l’article de UFC-Que choisir qui critiquait sans trop détailler le traitement de la courte carrière du rimonabant par le vénérable Quotidien du Médecin.

Comme j’ai suivi presque depuis le début le développement du rimonabant (Acomplia®), et que l’information médicale est un sujet qui m’intéresse en général, j’ai décidé d’aller regarder cette histoire d’un peu plus près pour me faire ma propre idée.

Je vais au préalable faire un rappel chronologique de l’histoire du rimonabant, chronologie importante à connaître pour analyser la série d’articles du Quotidien:

  • 9 mars 2004: présentation des résultats de RIO-LIPIDS et de STRATUS. Cette dernière étude semble démontrer l’intérêt du rimonabant dans le sevrage tabagique.

  • Septembre 2004 : Étude RIO-Europe: le rimonabant provoque une perte de poids, une diminution de l’obésité abdominale, et une amélioration des profils lipidiques et glucidiques.

  • 13 juin 2005: présentation de RIO-DIABETES, intérêt du rimonabant chez les diabétiques de type 2.

  • 21 Juin 2006: obtention d’une AMM européenne, ainsi libellée :

Le rimonabant a obtenu une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) dans le traitement des patients obèses (indice de masse corporelle [IMC] ≥ 30 kg/m2) ou en surpoids (IMC > 27 kg/m2) avec facteurs de risque associés, tels que diabète de type 2 ou dyslipidémie, en association au régime et à l’exercice physique. Il n’a pas été étudié et ne doit pas être prescrit dans d’autres indications (lutte contre la prise de poids liée au sevrage tabagique, amincissement à des fins esthétiques…).

  • 5 Décembre 2006: présentation de l’étude SERENADE qui montre que le rimonabant améliore le contrôle glycémique chez les diabétiques de type 2.

  • 22 mars 2007: les conditions de remboursement à 35% par la Sécurité Sociale sont fixées, et sont plus sévères que celles du libellé de l’AMM: prescription sur une ordonnance spécifique aux médicaments d’exception, et selon les critères suivants:

Le remboursement du rimonabant est réservé aux patients obèses (IMC [2] 30 kg/m²) et diabétiques de type 2, insuffisamment contrôlés par une monothérapie par metformine ou par sulfamide, et dont l’HbA1c est comprise entre 6,5 % et 10 %. Le traitement par le rimonabant doit être associé au régime et à l’activité physique. Ce médicament a le statut de médicament d’exception. Taux de remboursement : 35 %.

  • 29 mars 2007: L’AFSSAPS [future ANSM] renforce la surveillance des effets secondaires du rimonabant et demande leur déclaration obligatoire auprès des centres de pharmacovigilances.

  • 13 juin 2007 : Un panel d’experts de la FDA recommandent le refus de sa commercialisation aux États-Unis.

  • 19 juillet 2007: L’EMEA [future EMA] recommande la contre-indication du rimonabant chez les patients ayant une dépression caractérisée, ou traitée par anti-dépresseurs.

  • 17 novembre 2007: Une méta-analyse danoise retrouve une augmentation du risque psychiatrique chez les patients traités par rimonabant.
  • 2 avril 2008, publication de l’étude STRADIVARIUS qui montre que le rimonabant ne diminue pas l’athéromatose coronaire.
  • 10 juin 2008, résultats de l’étude ARPEGGIO qui montre que le rimonabant améliore le contrôle glycémique des diabétiques de type 2.
  • 11 juillet 2008: Nouvelle mise en garde de l’AFSSAPS:

En juin 2008, une nouvelle analyse des données de pharmacovigilance les plus récentes montre que les troubles dépressifs peuvent aussi survenir chez des patients sans autre facteur de risque que l’obésité. Les troubles dépressifs, lorsqu’ils surviennent, sont observés dans plus de 50 % des cas au cours du premier mois et dans plus de 80% des cas au cours des 3 premiers mois de traitement.
En conséquence, il est maintenant recommandé que tous les patients sous Acomplia ® soient étroitement surveillés par leur médecin et tout particulièrement dans les trois premiers mois de traitement. Les professionnels de santé seront informés par une lettre aux prescripteurs de ces nouvelles mises en garde et recommandations de surveillance.

  • 23 Octobre 2008 : Suspension de son AMM en Europe devant la constatation d’une balance bénéfices/risques défavorable, notamment à cause d’effets psychiatriques graves.
  • 5 novembre 2008, Sanofi-Aventis décide d’arrêter l’ensemble des essais cliniques sur le rimonabant.

Le site web du Quotidien du Médecin possède un moteur de recherche interne qui m’a permis de rechercher toutes les occurrences des termes rimonabant (87 réponses) et acomplia (26 réponses). Après avoir fusionné les résultats, et supprimé les doublons, j’obtiens 80 articles comportant au moins une fois les termes rimonabant ou acomplia entre le 28/05/2002 et le 07/11/2008.

Après une première lecture, j’ai retenu les critères d’étude suivants:

  • informations utiles à la prescription (indications, posologie, contre-indications, précautions d’emploi, effets secondaires, surdosage)
  • informations sur la physiopathologie et les recherches fondamentales en cours
  • informations réglementaires émises par l’AFSSAPS ou l’EMEA (Obtention d’AMM, retrait d’AMM, surveillance…)
  • informations économiques
  • divers (informations inclassables dans les quatre autres catégories)

Pour chaque article, j’ai classé la ou les informations délivrées dans une ou plusieurs de ces 5 catégories.

Par ailleurs, j’ai noté la source d’information de l’article, lorsqu’elle était indiquée (congrès, symposium, communiqué de presse…), et la qualité du rédacteur (non nommé, médecin, non médecin…).

Quarante sept informations utiles à la prescription ont été diffusées tout au long des 80 articles que le Quotidien a consacré au rimonabant.

27 concernaient la tolérance, 14 les indications selon l’AMM, 5 les contre-indications, 1 la posologie, 0 le surdosage.

Photobucket

Toutefois, si on fait une analyse qualitative, on se rend compte qu’une grande partie des mentions faites sur la tolérance du rimonabant étaient plutôt rassurantes.

Avant le 13 juin 2007 et la réponse négative de la FDA, les données de pharmacovigilances glanées au cours des différentes études sont en effet plutôt rassurantes. Il est donc « normal » de ne pas trouver d’interrogations spécifiques à ce sujet. Par contre, à partir du 13 juin, le problème de la tolérance du rimonabant va être mis partout ailleurs au devant de la scène, notamment par l’EMEA et l’AFSSAPS, et y rester, jusqu’à sa conséquence logique, le retrait de l’AMM.

On citera par exemple le paragraphe suivant tiré de l’article « Diabète de type 2 et obésité. Une prise en charge commune » daté du 25/06/08, puis repris intégralement dans deux autres articles, le 27/06/08 et le 12/09/08:

« Le profil de tolérance du rimonabant a été conforme à celui observé dans les études antérieures. Dans le groupe rimonabant, il y a eu davantage de troubles digestifs (nausées = 11 % vs 1,6 % ; diarrhée = 7,3 % vs 6,4 %) et de troubles psychiques (anxiété : 14 % vs 4,3 %, humeur dépressive 10,1 % vs 4,3 %), mais il n’y a pas eu plus d’effets indésirables graves. ARPEGGIO fait partie du programme de phase IIIB évaluant l’intérêt du rimonabant dans la prise en charge du diabète de type 2 et des maladies cardio-vasculaires. »

Cette mention plutôt rassurante du profil de tolérance de l’étude ARPEGGIO est la seule de cette série de trois articles quasiment identiques, qui reprennent l’historique des différentes études faites sur le rimonabant.

Pourtant, la tolérance du produit était sur la sellette depuis le 13 juin 2007, date du refus de la FDA, motivé par les risques psychiatriques, et surtout la notification de contre-indication de l’EMEA du 19 juillet 2007.

Enfin, le 11 juillet 2008, c’est à dire entre la parution du premier article et des deux autres, l’ AFSSAPS avait publié une nouvelle mise en garde de pharmacovigilance sur les risques psychiatriques du rimonabant.

On peut objecter que ces articles étaient des compte-rendus de résultats d’études, même anciennes (2004 pour le programme RIO), mais il est tout de même curieux de ne trouver aucune mention de données importantes et récentes de pharmacovigilance.

L’article « Stratégie thérapeutique dans le diabète de type 2. Les critères de choix d’une bithérapie« , daté du 16/10/08, c’est à dire exactement 7 jours avant le retrait de l’AMM du rimonabant est aussi tout à fait étonnant, puisqu’il cite ce produit comme une alternative thérapeutique dans le diabète de type 2 [note de l’auteur, ce qui est soit dit en passant une indication hors AMM] sans faire la moindre mention aux effets secondaires, ni aux mesures de pharmacovigilance mises en place par les autorités sanitaires:

« – Le rimonabant, indiqué pour le traitement des patients obèses (IMC ≥ 30 kg/m2), ou en surpoids (IMC > 27 kg/m2), avec facteurs de risque associés, tels qu’un diabète de type 2 ou une dyslipidémie, en association au régime et à l’activité physique, a l’avantage de favoriser la perte de poids et notamment la diminution du tour de taille. En outre, 50 % de son effet sur la diminution de l’HbA1c (qui est d’environ 0,6 %) est indépendant de l’effet « perte de poids ».« 

Si l’on recherche les occurences des termes « suicide(s) » et « idées suicidaires » dans les 80 articles retenus, on retrouve leur mention aux dates suivantes:

  • 12/09/08: mention de risque suicidaire chez le sujet obèse, en général, avec pour le rimonabant le profil de risque déjà cité plus haut. Curieux que ce risque suicidaire « spontané » ressorte au moment même où le rimonabant a des soucis avec ce même risque suicidaire. Ce n’est pas le médicament qui pose problème, mais la pathologie.

  • 18/04/08: article qui parle le plus du risque de dépression et de suicide chez les patients sous rimonabant. L’auteur indique que le risque est de 1.8, mais qu’il porte plus sur des idées suicidaires que sur de véritables tentatives. Enfin, il précise les précautions à prendre chez le patient aux antécédents psychiatriques et recommande d’arrêter le traitement en cas de survenue d’anxiété/de dépression.

  • 20/11/07: mention de la méta-analyse danoise du Lancet qui a mis en évidence un sur-risque de dépression chez les patients traités par rimonabant. L’article se termine par un communiqué rassurant de Sanofi.

  • 05/07/07: report de la présentation du dossier d’AMM devant la FDA après le rejet par les experts le 13/06/07. Cet article explicite donc ce refus. Les trois derniers paragraphes de l’article mentionnent respectivement les investigations en cours de l’EMEA sur le sujet, la confiance de Sanofi dans sa molécule, un petit rappel physiologique et qu’il est autorisé dans 42 pays et commercialisé dans 20.

L’obtention de l’AMM en Europe le 21 juin 2006 a fait l’objet de 18 mentions, dont 14 reprenant le libellé de l’AMM.

J’ai retrouvé cinq mentions de contre-indications, dans les articles datés du 26/07/07 (à la suite du communiqué de l’EMEA du 19/07/07) , 27/08/07 (erratum du premier article), puis les 20/11/07, 07/01/08 et 23/04/08.

La posologie usuelle est mentionnée une seule fois le 03/04/07.

Les risques liés au surdosage, très théoriques, il est vrai, ne sont pas décrits.

On retrouve 16 explications de physiopathologie, principalement dans les années 2004 et 2005 et 3 références à des travaux de recherche fondamentale (1 sur la sensibilité à l’insuline le 26/09/07, 1 sur l’eczéma de contact le 08/06/07, 1 sur la fibrose hépatique le 23/05/06).

Des informations réglementaires concernant le rimonabant sont reprises 11 fois.

Le plan de surveillance renforcée des effets secondaires de l’AFSSAPS est notifié aux lecteurs du QdM dès le 21/02/07 (le communiqué de l’AFSSAPS dont je dispose étant daté du 29/03/07).

La publication d’une fiche du bon usage en avril 2007 par l’HAS n’a pas été indiquée.

La notification de contre-indication chez les patients souffrant de dépression caractérisée ou traités par un antidépresseur dépressif faite par l’EMEA et répercutée par l’AFFSAPS le 19/07/07 a donc été faite dès le 26/07/07, avec un erratum le 27/08/07.

L’alerte émise par l’AFSSAPS le 11/07/08 n’a pas été mentionnée.

En octobre 2009, le retrait de l’AMM du rimonabant daté du 23 octobre 2008 n’avait toujours pas été mentionné par le Quotidien du Médecin à ses lecteurs.

Au cours des 80 articles que le Quotidien a consacré au rimonabant, j’ai compté 10 mentions relevant du domaine des informations économiques.

La première apparition, qui est est aussi la première du rimonabant dans le Quotidien est datée du 28/05/2002. La direction de Sanofi plaçait dans sa molécule de grands espoirs de croissance.

La dernière date du 12/09/08 et annonce le remplacement du directeur général de Sanofi-Aventis, probablement à la suite de l’échec du rimonabant devant la FDA en juin 2007.

Enfin, j’ai répertorié 7 informations que j’ai classées dans la catégorie « divers »:

  • le 18/03/08: nouvelle présentation de l’Acomplia (30 comprimés par boite à la place de 28)
  • le 17/12/07: simple mention du nom rimonabant dans le cadre d’un traitement anti-diabétique [là aussi, hors AMM]
  • le 27/11/2007: idem que supra, sauf que là, la mention semble faire partie de l’AMM.
  • le 18/06/2007: la FDA émet un effet défavorable pour l’obtention de l’AMM aux États-Unis. L’article est remarquable de concision, car il omet totalement de préciser la raison de ce refus pourtant inattendu et lourd de conséquences.
  • le 15/06/07: le rimonabant a gagné le « prix MEDEC de l’innovation thérapeutique » de l’année 2007. Ironiquement, cette annonce a eu lieu 2 jours après l’échec devant la FDA pour les incertitudes sur les risques psychiatriques.
  • le 09/03/2007: simple mention du rimonabant dans un article sur le système endocannabinoïde et la douleur.
  • le 14/11/2006: mon article préféré, celui qui annonce l’obtention par le rimonabant d’une AMM au Mexique. Le Quotidien choie ses médecins abonnés francophones, prescrivant au Mexique, les seuls intéressés par cette information.

La première grande limitation de cette étude est qu’elle n’est pas scientifique. Si elle l’a été un jour, en projet, elle l’est devenue de moins en moins au fur et à mesure que je creusais le sujet.

L’autre grande limitation est le moteur de recherche du Quotidien dont je ne connais aucune caractéristique, notamment la base de données qu’il permet d’explorer. Si ça se trouve, le Quotidien a publié des dizaines d’articles exposant leurs doutes sur la sécurité d’utilisation du rimonabant à partir du 13/06/07 (date de l’avis négatif des experts de la FDA) ou diffusant les alertes de sécurité des autorités sanitaires, notamment l’alerte de l’AFSSAPS du 11/07/08 et la nouvelle de la suspension d’AMM de ce produit. Si l’un de vous trouve un de ces articles, qu’il n’hésite pas à m’en faire part, je corrigerais bien volontiers mes données.

Je vous propose un petit jeu qui devrait être tout aussi éclairant qu’une fin d’article laborieuse.

Je vais vous fournir cinq couples d’extraits de textes traitant du rimonabant.

Cinq d’entre eux sont tirés d’articles du Quotidien du Médecin, les cinq autres de documents émanant de Sanofi-Aventis, (lettres aux actionnaires, communiqués de presse, mises à jour réglementaires…).

Devinez quelle est la source de chaque extrait, ça devrait être facile:


  • 1.a ). « Deux études pivot montrent l’intérêt d’Acomplia TM (rimonabant) pour une nouvelle approche de prise en charge du risque cardiovasculaire chez les personnes en surpoids ou obèses et chez les fumeurs. Les résultats des essais Rio-Lipids et Stratus-US annoncés aujourd’hui à l’occasion du congrès de l’American College of Cardiology. »

  • 1.b ). « RIO-Lipids et Stratus-US, deux études pivots dont les résultats viennent d’être présentés pour la première fois au cours du Congrès annuel de l’American College of Cardiology, suggèrent que le rimonabant est un traitement prometteur permettant à la fois de lutter contre l’obésité et d’aider à l’arrêt du tabagisme. »


  • 2.a ). « Le rimonabant est le premier antagoniste des récepteurs CB1 approuvé dans cette indication. Ces récepteurs sont présents dans le cerveau et les organes périphériques qui participent au métabolisme du glucose et des lipides, y compris tissu adipeux, foie, voies digestives et muscles. En bloquant sélectivement les récepteurs CB1, Acomplia freine la suractivation du système endocannabinoïde au rôle important dans la régulation du poids, de l’équilibre énergétique et du métabolisme glucido-lipidique. »

  • 2.b ). « Le rimonabant est le premier inhibiteur sélectif des récepteurs CB1 permettant de réduire la suractivité du système endocannabinoïde (système EC), récemment caractérisé. Les récepteurs CB1, qui font partie du système EC, sont situés dans le cerveau mais aussi dans les organes périphériques et notamment dans le tissu adipeux, le foie, les muscles, le pancréas et les voies digestives. Des recherches ont montré que le système EC joue un rôle important dans l’équilibre énergétique et qu’il intervient directement dans le métabolisme du sucre et des graisses. »


  • 3.a ). « Une suractivité du système EC entraîne un gain de poids et favorise le stockage des graisses dans les cellules et dans le foie. »

  • 3.b ). « La suractivité du système endocannabinoïde (système EC) dans le tissu adipeux et les muscles favorise l’accumulation de graisse et diminue la capture du glucose, ce qui peut accroître le risque de développer une résistance à l’insuline et une mauvaise tolérance au glucose. »


  • 4.a ). « L’étude RIO-Lipids est la première des quatre études de phase III du programme RIO destiné à évaluer la tolérance et l’efficacité du rimonabant sur la perte de poids et les facteurs de risque métabolique chez 6 600 obèses. »

  • 4.b ). « L’essai RIO-Lipids fait partie des quatre études de phase III constituant le programme RIO, qui évalue l’effet du rimonabant sur les facteurs de risque cardio-métabolique chez plus de 6600 patients en surpoids ou obèses. »


  • 5.a ). « L’approbation d’Acomplia se fonde sur des données dont celles du programme RIO : administré à raison d’un comprimé à 20 mg/j, Acomplia permet une réduction significative du poids et du périmètre abdominal, des taux d’HbA1c et de triglycérides ainsi qu’une augmentation des taux de cholestérol HDL. »

  • 5.b ). « Les résultats du programme RIO montrent qu’administré à raison d’un comprimé de 20 mg par jour ACOMPLIA® permet une réduction significative du poids et du périmètre abdominal, des taux d’HbA1c et de triglycérides, ainsi qu’une augmentation des taux de cholestérol HDL, le « bon » cholestérol. »


 

Carryology

J’aime beaucoup le terme anglais de carryology, que j’ai emprunté à un fabuleux site qui s’intéresse donc à la science du portage.

Je cherchais depuis quelques temps un moyen de porter mes affaires professionnelles et un Mac Book Air.

Mon sac à Dépêches est toujours aussi somptueux après 4 ans d’utilisation intensive, mais l’intérieur est beaucoup trop délicat pour transporter un ordinateur portable avec des tranches, des arrêtes et des coins. D’ailleurs, vivre avec un sac à dépêches nécessite tout un tas de petites habitudes ou rituels difficiles à suivre consciencieusement en voyage.

1En effet, pas question de le poser par terre ou même hors de vue. Au restaurant, par exemple, je le pose à plat sur une chaise, sinon entre mes mollets, reposant sur mes chaussures, ou entre le dossier et mon dos. Je dois toujours penser à ne pas le faire frotter contre une surface rugueuse quand je marche, je mets mes clefs et tout objet agressif dans des trousses… Bref, parfois, l’étiquette à la cour de mon cartable est un peu difficile à suivre.

2Ce sac à dépêches reste une merveille, un chef d’oeuvre intemporel, qui ne cesse de me plaire, malgré une utilisation continue depuis 4 ans et quelques servitudes quotidiennes. Avec l’âge, il a pris de l’embonpoint, comme moi, mais lui, il a vieilli magnifiquement.

Revenons à ma recherche du sac parfait pour mon utilisation.

Je me suis mis en quête d’un sac secondaire pouvant transporter sans inconvénient un ordinateur portable et mes affaires, solide, et peu exigeant. Enfin, ce n’est pas le plus important, si possible pas trop moche.

3J’aurais pu prendre n’importe quelle sacoche en nylon, mais je préfère largement les matières naturelles. J’avais aussi envie de sortir des sentiers battus en évitant les grandes marques. Et puis, qu’est-ce qui est plus excitant qu’une chasse à l’objet parfait? 

8 9(Le rabas à pression est très pratique lorsque l’on ne veut pas fermer constamment son sac avec la (très) grosse fermeture éclair.)

Après quelques clics, je suis tombé sur un fabricant comme Bleu de chauffe. J’ai été séduit par le « Fabriqué en France », mais l’artificialité de la marque et son absence d’histoire m’ont un peu rebuté. Je suis peut-être passé à côté de quelques chose, car les quelques revues sur leurs produits sont plutôt positives. Je cherchais un objet utile, avec si possible une légitimité et une histoire qui font que cet objet soit plus qu’un simple assemblage de matériaux. Or, pour toutes les marques, la fausse patine se voit rapidement et on ne peut pas s’inventer une histoire centenaire du jour au lendemain. Je me suis un peu plus arrêté sur Ruitertassen, puis sur Delvaux mais je ne cherchais pas un nouveau cartable.

Puis après quelques recherches supplémentaires, j’ai trouvé une marque américaine, Filson qui est encensée par tous ses utilisateurs qui forment même une petite communauté d’afficionados. Il s’échangent notamment leurs clichés de sacs qui restent superbes au bout de 20 ans d’utilisation qu’on imagine intense (ici 5 ans, et son propriétaire l’a ciré).

1472244346768(Celui-ci a 20 ans d’âge. Tous les américains qui parlent de leur Filson ont une larme à l’œil en précisant qu’ils sont fabriqués aux EU. Trump a su toucher juste.)

Filson existe depuis 1897, la société fournissait les mineurs des différentes ruées vers l’or, et s’est taillée une solide réputation dans la confection d’objets résistants, pratiques et rustiques. Tous leurs objets sont garantis à vie, et Filson possède un département réparation qui est tout à fait la négation de l’obsolescence programmée. (ici et ici)

filson-restoration(Les sacs hors d’âge, restaurés par Filson sont vendus le double du prix du neuf sur Ebay…)

Ils se sont beaucoup développés ces dernières années, grâce à la terrible mode Hipster, qui impose aux urbains de porter une barbe et de s’habiller en bucherons canadiens chasseurs d’ours, en plein cœur du Marais (uhuhu) ou de Wall Street. Ce développement a néanmoins un intérêt, c’est de pouvoir dorénavant acheter leurs articles sans avoir à aller à Londres, ou aux US.

7 10(Ce sac accueille largement un MacBook Air et ses accessoires. Le nombre de poches et de compartiments est largement suffisant pour mon utilisation)

En France, deux distributeurs dominent les recherches Google: WannAcess et RoyalCheese. Pour aller voir des sacs Filson « en vrai », j’ai fait un saut chez RoyalCheese. La qualité des sacs dépasse largement ce que laisse imaginer les photos que j’avais vues sur la toile.

4Mais comme je ne voulais pas acheter un sac au prix du Marais, j’ai poursuivi mes recherches jusqu’à tomber sur la boutique en ligne de Franck Mourareau de Pyrene Bushcraft. C’est de toute évidence un passionné de nature  (d’Outdoor pour ceux qui ne sont pas des badgers), de contact très sympathique et pro, accessible aux questions, et pour ne rien gâcher, ses prix sont très raisonnables.

5(Le petit plus, un porte-clés intégré dans une poche extérieure, très pratique quand on utilise souvent ses clés)

6(Serge de coton très résistante et hydrofuge, développée par Filson)

Il est possible de commander des articles absents de son site à condition qu’ils soient présents sur le catalogue Filson Europe, qu’ils soient payés d’avance, et enfin les retours ne sont pas acceptés.

Comme son Original Briefcase me convenait parfaitement, je l’ai commandé et reçu sans souci 2 jours ouvrés plus tard. Donc service parfait.

Ce cartable Filson est aussi américain que mon sac à dépêches est français. Ils représentent chacun dans leur genre un certain aboutissement de la carryologie. Le premier est rustique, pratique, pragmatique, construit pour durer, une Jeep en somme, le second est somptueusement discret (et discrètement somptueux).

J’espère que cette petite revue vous a été utile et vous donnera envie de découvrir les produits Filson.

Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant, j’ai payé intégralement mon sac au prix indiqué, et je n’ai aucune autre relation avec Filson ou les entreprises commerciales citées dans cette note.

 

Batrachotoxine et indiens Emberà (rediffusion du 30/11/2008)

Hier, j’ai regardé en pointillé un reportage sur les indiens Sakuddei qui vivent sur une île recouverte d’une forêt primaire au large de l’île de Sumatra.

Je ne suis pas un ethnologue dans l’âme, et le reportage n’a commencé à m’intéresser que lorsqu’il s’est intéressé à la fabrication des fléchettes empoisonnées pour sarbacanes.

Depuis tout petit, l’utilisation de poison, le plus souvent un alcaloïde végétal, pour la chasse, m’a toujours fasciné.

Le plus connu de ces poisons est le curare que nos amis anesthésistes utilisent larga manu.

J’ai donc un peu surfé sur la toile et je suis tombé sur un poison encore plus fascinant que le curare, la batrachotoxine.

Il s’agit encore d’un alcaloïde, mais animal toutefois. L’étiologie nous indique de quel animal il s’agit : βάτραχος, batrachos, batracien, grenouille.

Pour être plus exact, des grenouilles de la famille des dendrobatidae et notamment les phyllobates.

Je ne connais pas grand-chose dans les grenouilles, mais ce sont celles qui ont des couleurs vives qui « préviennent » les autres animaux de leur extrême dangerosité.

capture-decran-2017-01-01-09-56-22Dendrobates azureus.

Wikipedia précise même que cette stratégie d’annoncer la couleur, en somme répond du joli nom d’aposématisme.

Ces charmantes bestioles n’habitent pas du tout à Sumatra, mais dans la région frontalière entre le Panama et la Colombie.

La plus toxique d’entre elles a été nommée Phyllobates terribilis, et elle n’a été décrite qu’en 1978. Les indiens Emberà, qui habitent justement le coin utilisent son poison pour chasser.

capture-decran-2017-01-01-09-57-07Phyllobates terribilis.

Ils manipulent sans le savoir un des produits naturels les plus toxiques au monde. La dose létale estimée chez l’humain est de 1 à 2 microg/Kg.

Cet alcaloïde est neurotoxique et cardiotoxique.

Ils frottent leurs fléchettes contre le dos des grenouilles, là où se trouvent les glandes qui secrètent le poison. Contrairement à d’autres tribus voisines qui utilisent d’autres grenouilles que la P. terribilis, la létalité de sa toxine est telle que les Emberà n’ont pas besoin de la « torturer » pour lui faire fabriquer plus de substance. Ils les manipulent avec précaution, à travers des feuilles coupées, pour éviter de les toucher.

capture-decran-2017-01-01-09-57-21Un indien frotte sa fléchette sur le dos d’une P. terribilis en évitant tout contact direct. Source: Myers et coll.

Myers raconte qu’un chien est mort après avoir joué avec des gants usagés ayant servi à la manipulation d’amphibiens.

Par contre, une phyllobate ou une dendrobate née et élevée en captivité ne va pas sécréter de toxine. Le mystère n’a été partiellement dévoilé qu’en 2004, ou l’on a découvert que ces grenouilles concentraient la batrachotoxine à partir d’un coléoptère de la famille des Melyridae dont elles se nourrissent, et qu’elles ne trouvent bien entendu qu’en pleine jungle.

Comme la toile est grande, j’ai trouvé un lien qui mène directement à la publication princeps sur l’utilisation de la toxine de notre gentil batracien. J’ai sauté allègrement sur les premières pages de cet article qui en compte 72 pour lire les deux dernières parties qui se lisent très bien : « Utilization of Frogs for Dart Poisoning » et « Blowgun and Dart Fabrication ». J’y ai découvert des notions qui paraissent incroyables pour quelqu’un vivant dans notre société industrialisée ou l’immédiateté est devenue une fin en soi.

La fabrication de la sarbacane, de son carquois et des fléchettes prend environ 12 jours. La sarbacane, qui peut paraitre un objet frustre est en fait l’aboutissement d’un processus de façonnage et d’assemblage incroyablement complexe, avec notamment la confection d’une colle ou d’une résine qui va la rendre imperméable.

capture-decran-2017-01-01-09-57-37Les fibres végétales fixée à l’arrière de la fléchette servent à optimiser la poussée de l’air. Source: Myers et coll.

Ils sont forts ces indiens, c’est ce que je me suis dit. Mais bon, à côté de biochimistes intuitifs brillants, on trouve aussi des bras cassés de la pire espèce.

Vous pourrez en juger en lisant la composition de cette autre poison utilisé dans un tribu des Andes : sève d’arbre, serpents, fourmis, araignées, sang menstruel et testicules humain macérés. Miamm, santé ! L’utilisation de fléchettes empoisonnées contre d’autres hommes, au cours des guerres tribales est rare, voire mal vue. Cela explique pourquoi les chroniqueurs espagnols ne mentionnent qu’à peine leur utilisation guerrière. Mais les Emberà semblent moins choqués par cette utilisation. Myers relate ainsi un fait-divers de 1977 au cours duquel un homme frappé par une fléchette s’est écroulé mort, après une course de quelques centaines de mètres.

Voilà, c’était ma petite contribution pour le centenaire de Claude Lévi-Strauss, dont je n’ai encore rien lu.

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Myers C.W., Daly J.W., Malkin B.: A dangerously toxic new frog (Phyllobate) used by Emberá Indians of Western Colombia, with discussion of blowgun fabrication and dart poisoning. Bulletin American Museum Nat History, New York, 1978; 161: Article 2, 311-64.

Liens intéressants sur la toile :

La thèse de Benjamin Guillon, un vétérinaire, sur les dendrobatidae.

BATRACHOTOXIN…or, just touch me and you’re dead.

The True Poison-Dart Frog: The Golden Poison Frog Phyllobates terribilis. (lien mort)

John P. Dumbacher et coll. Melyrid beetles (Choresine): A putative source for the batrachotoxin alkaloids found in poison-dart frogs and toxic passerine birds. PNAS November 9, 2004 vol. 101 no. 45 15857-15860.

JOHN W. DALY. The chemistry of poisons in amphibian skin. Proc. Natl. Acad. Sci. USA. Vol. 92, pp. 9-13, January 1995

Dart Poison Frogs and Their Toxins. (papier intéressant, car le promoteur en est… une école de santé militaire tchèque. J’espère que l’on est encore copains avec eux !)

Expositions

J’ai profité de mon séjour parisien pour aller voir quatre expositions entre et après mes cours de DIU.

Ma préférée est sans conteste « La peinture américaine des années 1930. the Age of Anxiety » qui se déroule au musée de l’Orangerie jusqu’au 30/01/2017.

Je n’avais pas prévu de la voir, mais la présence aux murs de American Gothics a fait changer mes plans. L’exposition se concentre sur l’effervescence artistique provoquée par la grande crise de 1929. La remise en question totale de la société américaine dans les suites de l’euphorie de la victoire de 1918 et la décennie d’incroyable, inégalitaire et artificielle prospérité qui a suivi a profondément troublé le milieu artistique américain. En quelque sorte, la crise a américanisé l’art du Nouveau Monde qui puisait jusqu’alors son inspiration dans la vieille Europe et Paris en particulier. Certains artistes ont voulu montrer le bout du tunnel, d’autres dénoncer les injustices sociales et raciales. Tout cela est clairement exposé.

grant_wood_-_american_gothic_-_google_art_projectAmerican Gothics. Grant Wood

american-gothicLa sœur et le dentiste de Grant Wood, qui ont servi de modèles (Source)

american-justiceAmerican Justice. Joe Jones

cow-s-skull-with-calico-roses Cow’s Skull with Calico Roses. Georgia o’Keeffe.

Sheeler, Charles

American Landscape. Charles Sheeler

La valeur de cette exposition repose aussi beaucoup sur la qualité des œuvres exposées qui sont rarement ou très rarement présentées en Europe. J’ai pu voir Edward Hopper, Grant Wood, Georgia o’Keeffe, Jackson Pollock, plus de nombreux que je ne connaissais pas avant.

American Gothic ne m’a pas déçu. J’ai passé du temps à admirer tous les détails minutieux de cette icône de l’art américain qui a été détournée des milliers de fois. J’ai aussi beaucoup aimé d’autres œuvres de Grant Wood que je ne connaissais pas du tout en dehors de son chef d’œuvre.

grant_woods_daughters_of_revolutionDaughters of Revolution. Grant Wood.

Les œuvres de Georgia o’Keeffe m’ont moins touché, malgré la relation dans mon esprit avec un épisode de Breaking Bad.

Enfin, pour ne rien gâcher, l’expo permanente du Musée de l’Orangerie est de toute première qualité, notamment la collection Jean Walter et Paul Guillaume. Les Nymphéas, par contre, ne m’ont fait ni chaud ni froid.

Deuxième expo, Guerres secrètes aux Invalides. Rien de fou dans cette expo que j’ai un peu parcouru au pas de course. J’ai repéré quelques documents/objets intéressants.

hitlerLa fiche des renseignements français sur un certain Adolf Hitler, « le Mussolini allemand », qui commençait à faire parler de lui.

homicideVous vous demandiez à quoi ressemblait une « fiche Homo« ? Il y a quelques années, j’ai croisé un vieux patient qui était un tueur chargé d’assurer ces assassinats d’État. Cette fiche m’a fait penser à lui. Il ne m’a rien dit de croustillant, hormis que le sous sol du Bois de Boulogne avait servi de dernière demeure à pas mal de monde…

lawrenceleeLe fabuleux Lee-Enfield de Lawrence d’Arabie, cadeau du Prince Fayçal.

aumonierla lettre d’un aumônier à un agent de la Résistance qui se posait des questions sur la moralité d’un suicide en cas de capture.

Troisième expo, la collection Chtchoukine à La Fondation Louis Vuitton.

Quelle fantastique expo, mais une telle foule que cela en tue tout le plaisir.

img_3940Emporté par la foule…

img_3952L’espagnole au tambourin. Henri Matisse.

Le grand Serguei avait « l’œil » (et les moyens) pour accumuler une telle collection. J’admire ces personnes (autre exemple, Jean Planque) qui sont capables de reconnaître la grandeur d’un peintre ou d’une œuvre. Pourquoi cette toile et pas cette autre… Ça reste le mystère fondamental de l’Art. Sinon, la Fondation Louis Vuitton, bof bof, mais je suis pas très objectif, je ne suis pas un fan de la marque.

Dernière expo, qui est pas mal du tout: l’exposition Picasso-Giacometti au Musée Picasso. Le but de la présentation est de montrer le dialogue entre les deux artistes. J’ai découvert deux choses. La première que Giacometti était un formidable peintre, la seconde que le chien de Giacometti était en fait le lévrier afghan de Picasso. J’ai aussi beaucoup aimé la collection permanente.

img_3998Autoportrait de Giacometti, il avait 20 ans…

img_4001Diego debout dans le salon à Stampa. Alberto Giacometti (à l’âge de 21 ans)

filletteMais difficile de battre la précocité de Picasso qui a peint cette fillette aux pieds nus à l’âge de … 14 ans.

chien levrierLe chien de Giacometti et son modèle…

img_4008Travail préparatoire. Picasso

cannes img_4005 img_4006Quelques beaux Picasso.

Il faut bien dire que Picasso écrase un peu (beaucoup) Giacometti. Certes, il est « chez lui », mais Giacometti que j’aime pourtant beaucoup fait un peu pâle figure en comparaison.

nappe Giacometti griffonnait un peu sur tout, ici une nappe en papier.

Ça m’a rappelé une anecdote (probablement fausse) sur Picasso. L’artiste, alors célèbre, avait fait un bon repas avec des copains tout en griffonnant sur la nappe. Le restaurateur, apportant l’addition propose à Picasso de signer son gribouillis au lieu de payer la note. Picasso aurait répondu: si je signe, ce n’est pas le repas que je paye, mais le restaurant que j’achète…

img_0771Ce cliché de Cartier-Bresson, pris dans l’atelier de Giacometti ne fait pas partie de l’exposition, mais c’est l’une de mes photos préférée. Alberto ne fait plus qu’un avec son art.

J’ai failli aller voir l’expo Cy Twombly pour essayer au-delà de mon indifférence totale, mais la queue devant le Centre Pompidou m’a refroidi (probablement pour l’expo Magritte).

img_4033Ceci n’est pas une queue…

Pour finir, quelques clichés pris ça et là dans Paris.

img_4042triptyqueimg_3985larib montmartre ors pharmacie pigalle sommeil beurre cgt ginko goldenberg

Le testament de William S.

J’ai acheté hier le dernier tome des aventures de Black et Mortimer, « Le testament de William S. » pour passer le temps dans le train.

Je ne suis pas un fan de BD, mais j’ai lu toutes les aventures de B&M quand j’étais ado. Depuis la mort de Edgar P Jacobs, je n’ai plus rien lu, plus par manque de temps que par idolâtrie de l’auteur.

Pour résumer, j’ai plutôt passé un agréable moment. Mais il faut impérativement déconnecter son analyseur et sa mémoire, sinon rapidement, tout un tas d’erreurs ou de défauts scénaristiques sautent aux yeux, comme si les auteurs avaient voulu sortir cet album dans la précipitation, sans le relire.

Je ne sais pas grand-chose d’EP Jacobs, hormis qu’il était d’un réalisme méticuleux,  il a donc du se retourner plusieurs fois dans sa tombe en parcourant le travail de ses héritiers.

D’abord les anachronismes. L’action se passe fin août 1958, la date qui est importante dans l’histoire est bien précisée.

dateUn personnage fait des photocopies à la maison. Je me suis demandé si on pouvait déjà faire des photocopies à la maison en 1958. En fait non, le premier photocopieur « commercial » est sorti en 1959. il s’agissait du Xerox 914, et il pesait près de 300 kg. Nous sommes donc très loin de la mignonne petite photocopieuse du Marquis.

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Au début de l’histoire apparaît le personnage de Peggy Newgold, milliardaire amatrice d’art contemporain vivant dans un palais à Venise. Cette femme est directement inspirée de Peggy Guggenheim dont on peut toujours admirer la fabuleuse collection à Venise.

img_4059Au début de l’album, elle porte une robe très caractéristique de Yves Saint Laurent, qui dénote par rapport aux robes de soirées bien fadasses des autres invitées. Cette création est directement liée au monde le l’art que les deux Peggy affectionnent tant, puisque inspirée par les œuvres de Piet Mondrian.

mondrianyslLe choix de cette robe est donc particulièrement bien vu. Le problème est qu’elle date de la collection 1965, 7 ans après cette fameuse soirée chez le Marquis.

Ce matin, en lisant un peu sur ce qui se disait sur cet album, je suis tombé sur un autre anachronisme:

tower-bridgeLe problème est que Tower Bridge a été construit entre 1886 et 1894…

Après les anachronismes,  l’entorse à bascule:

img_4057Le scénario présente des défauts et des incohérences.

Je suis un peu du même avis que d’autres commentateurs sur l’inutilité totale d’Olrik qui passe tout l’album à téléguider d’une cellule de prison un Sharkey toujours aussi stupide.

Ce qui m’a quand même le plus marqué est difficile à raconter sans vous dévoiler l’histoire.

Donc, si vous ne voulez pas en savoir plus, arrêtez-vous là!

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Durant tout l’album, le professeur et la pétillante Elizabeth cherchent avec frénésie (il y a un gros enjeu et un compte à rebours serré) une preuve de l’existence réelle de Shakespeare. Pour cela, ils doivent résoudre 3 énigmes. Finalement, ils  échouent à obtenir cette preuve, non pas par faute de temps, mais car jugée non recevable. Le problème est qu’ils mettent la main sur cette fameuse preuve dès le début de la chasse au trésor, avec la première énigme:

preuveElizabeth le dit elle-même, la réponse est là.

Dommage donc que toutes ces erreurs et approximations gâchent la lecture d’un album qui est assez agréable par ailleurs. Le trait paraît maladroit parfois, mais quelques vignettes sont bien construites et surtout le rythme général de l’histoire est bien enlevé.

Pour finir, un petit easter egg.

Avez-vous trouvé le capitaine Haddock dans l’album?

(moi, je ne l’avais pas vu)

 

Louxor, j’adore

Hier, un excellent déjeuner musical place Joseph Rau m’a conduit, de retour à la maison à parcourir les standards de la variété française dite « à texte » sur Youtube.

place-rau(pas de souci, je n’ai pris la sale habitude mettre des © de partout, mais je testais une nouvelle application photographique)

Trois heures plus tard, après avoir couvert les années 60-70 britanniques et américaines, j’ai découvert Philippe Katerine.

Juste avant, quand même, j’ai appris l’existence de Marly-Gomont (je dois être le dernier):

Je ne connaissais Philippe Katerine que par Louxor, j’adore:

Mais en fait, j’ai découvert un artiste complet qui joue sans cesse sur sa crédibilité. Il a même déstabilisé les chroniqueurs pourtant blasés de ONPC:

Il lui faut une émission totalement déjantée et quelque verres dans le nez pour perdre un peu pied:

Parfois, on regarde bouche bée, immobile, ne sachant pas comment prendre ce que l’on voit, qui est de prime abord d’une stupidité abyssale.

Après, un petit doute s’installe, est-ce qu’il n’y aurait pas autre chose? Est-ce que la production de Philippe Katerine ne serait pas comme un miroir?

Pour moi, l’art, notamment contemporain est un miroir tenu à bout de bras par l’artiste, et dans lequel nous nous reflétons, ce qui nous permet en retour de… réfléchir. Une œuvre va autant nous enrichir que nous l’enrichissons. Si il n’y a rien à refléter, et bien… on ne voit rien.

L’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire.

Pierre Soulages

Philippe Katerine, c’est un peu comme de l’art contemporain… Réflexion profonde ou immense foutage de gueule, tout ne dépend que de celui qui se regarde dans le miroir.

art-contemporain

(Crédit inconnu)

J’ai enfin retenu de Katerine cette citation qui est finalement une réflexion sur la mort et le fait que les objets nous survivent.

vaisselle

« Ah ! j’adorerais être une assiette. Ça fait partie d’une vie, on la remplit de nourriture, et puis après elle est lavée, essuyée … On s’occupe tout le temps d’une assiette. On n’est jamais seule quand on est une assiette. Et puis on va passer le pain pour saucer … Pour une assiette, ça doit être dément. Sensualité max. »

P. Katerine.

Quoique…