Theranos, la meilleure des tragédies grecques?

Je suis depuis quelques semaines l’incroyable tragédie grecque que représente la chute vertigineuse de Theranos et de sa fondatrice, Elisabeth Holmes.

Je pense tragédie grecque à cause du nom (un mot valise formé à partir de Therapy et Diagnosis), et de la chute des protagonistes. Mais aussi et surtout à cause de l’exposition des multiples forces et sentiments humains, que ce drame a permis de mettre à jour, comme le fait une tragédie classique ou un tremblement de terre pour les invisibles puissances telluriques.

Elisabeth Holmes est une brillante jeune femme qui quitte Stanford à l’âge de 19 ans pour créer Theranos, un laboratoire d’analyses médicales. Elle dépose des brevets pour un analyseur, « Edison », capable de réaliser des dizaines d’analyses biologiques sur quelques gouttes de sang, évitant ainsi la classique prise de sang, pour un prix défiant toute concurrence.

Surfant sur le miroir aux alouettes de l’ #empowerment, et du #ownyourhealth, Elisabeth Holmes  lève des capitaux, signe des partenariats avec des chaines de supermarchés, fait la une des médias économiques et technologiques et Theranos, un peu moins de mille employés, atteint la stupéfiante valeur de 9 milliards de dollars après 12 ans d’existence.

HOElizabeth-Holmes1elizabeth-holmesPour vous donner une idée de cette démesure, Quest Diagnostics, un géant américain de l’analyse médicale, créé en 1967, en pèse 4, avec ses 43000 employés.

Puis un journaliste, John Carreyrou (le fils de Gérard, 2 Pulitzer à son actif, @JohnCarreyrou), s’interroge sur la technologie Edison, et devant la fin de non recevoir de Theranos, commence à réfléchir et creuser. Il va écrire une série d’articles dans le WSJ qui vont lever le voile sur la supercherie Theranos. Edison n’est pas fiable, les tests sont souvent effectués sur des appareils classiques mal calibrés par du personnel non diplômé. Après des mois de déni, Théranos fini par avouer des anomalies responsables de résultats erronés et rétracte 2 ans de tests.

Capture d'écran 2016-05-22 19.44.00La société est maintenant au centre de plusieurs enquêtes des régulateurs fédéraux, et Elisabeth Holmes est menacée de 2 ans d’interdiction d’exercice. Chaque semaine apporte son lot de révélations.

(Pour les non anglophones, une excellente émission de BFMTV avec John Carreyrou ici).

Quels sont les puissances telluriques (restons dans la tragédie grecque) qui ont permis une imposture d’une telle ampleur?

Je pense que la première est l’absence de régulation a priori de la part des autorités sanitaires américaines (a posteriori, elles ont la main lourde). Cette absence de régulation permet à l’esprit d’entreprise des meilleurs de s’épanouir, et de réaliser des choses merveilleuses, mais en contre-partie, cet esprit Far-West permet aussi aux personnes mal-intentionnées/mal-préparées de gonfler leur baudruche avec juste un peu de bagout. Une Elisabeth Holmes n’aurait probablement pas pu voir le jour chez nous. Elle aurait émigré, usée par notre lourdeur administrative tatillonne, ou serait devenue PH mi-temps dans un CHG.

La seconde est l’effet cannabique qu’a la biotechnologie sur les journalistes/commentateurs. Je l’ai déjà dit, mais il suffit d’écrire #biotech #Innovation #eSante #BigData #OpenData #hcsmeufr #hcsmeu #mSante #DigitalHealth #Biotech #DonnéesBiométriques #santéconnectée #FrenchTech #DisruptiveTechnology #QuantifiedSelf à la fin d’un dossier de presse de n’importe quel machin inutile (avec les hashtags, c’est important) pour que tout le monde arrête de réfléchir et trouve cela merveilleux. Bien entendu, les PR font très bien leur boulot en fournissant des articles clés-en-main ou des entretiens « exclusifs » avec les concepteurs afin d’éviter au journaliste de perdre du temps à se poser des questions et écrire.

La troisième, qui concerne aussi les journalistes, est merveilleusement décortiquée dans cet article de Vanity Fair. Réfléchir, poser les bonnes questions, soyons fous, oser critiquer, revient pour un journaliste à se faire barrer des listes d’invités dans les évènements technologiques et ou se faire interdire d’entretien avec des décideurs. Autrement dit, c’est un suicide professionnel. A quoi sert un journaliste qui n’a accès à aucune information?

Imaginons un journaliste « de base » qui bosse pour un éditeur qui vit grâce aux pages de pubs/partenariat avec une industrie, qu’elle qu’elle soit. Pourquoi à la fois perdre du temps, se couper de l’information et se fâcher avec les annonceurs? Ctrl+C/Ctrl+V est son ami.

La quatrième, purement biostatistique est analysée dans cet article du blog FiveThirtyEight. Une fois pour toute, croire que l’on est mieux soigné en multipliant les analyses ou bilans est selon les cas un signe d’ignorance, de stupidité ou de cupidité.

La cinquième, qui m’intéresse finalement peu est purement financière. Cette start-up n’a atteint cette valeur que par un phénomène purement spéculatif. Des gens ont pensé faire une bonne affaire, mirage amplifié à chaque levée de fond, pour atteindre finalement un point où la valeur de l’entreprise est totalement déconnectée de celle de ses actifs.

La sixième tient dans la personnalité de Elisabeth Holmes. Cette (très, je suis fan) intelligente et belle femme a su calquer son attitude, et même son apparence physique sur Steve Jobs: goût du secret, habits et environnement minimalistes/zens. Le site web de Theranos, je vous le conseille, est une merveille de sobriété, même si ils abusent quand même un peu trop du Halo Eyes Lighting Effect… Allez le voir, avant que tout s’effondre, tant il est déconnecté de la tempête qui agite la société. Difficile de faire plus dissocié de la réalité. Le goût du secret a ses limites en sciences, dont l’échange d’informations est normalement le souffle vital (petit aparté, je vous conseille la lecture de ce fabuleux article de Olivier Ertzscheid). John P. A. Ioannidis a fait part de son expérience avec la culture du secret de Theranos et en tire d’intéressantes conclusions.

Comment résumer en deux mots une tragédie grecque aussi complexe que Theranos?

Comme toujours, ne laissez pas les autres réfléchir pour vous, soyez curieux, soyez indépendants, demandez à voir les données…

Les hommes se trompent en ce qu’ils se croient libres et cette opinion consiste en cela seul qu’ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes qui les déterminent.

Quelle est la durée de vie d’un lien d’intérêt?

Je me suis récemment demandé quelle était la durée de vie d’un lien d’intérêt.

Prenons un exemple.

Á partir de quand un médecin, qui a été orateur pour un labo commercialisant un anti-diabétique peut ne plus mentionner ce lien d’intérêt dans un article où il intervient pour commenter un essai thérapeutique financé par ce même labo?

Un mois? Six mois? Un an? Un an et demi? Deux ans?

Je n’ai pas trouvé de réponse dans les textes de loi.

Je me suis donc tourné vers les formulaires de dpi de l’ANSM/HAS et de l’ICMJE.

Pour l’ANSM/HAS, les choses sont claires:

Rédaction d’articles et interventions dans des congrès, conférences, colloques, réunions publiques diverses ou formations organisés ou soutenus financièrement par des entreprises ou organismes privés entrant dans le champ de compétence de l’ANSM

– Actuellement et au cours des 5 années précédentes

– Les interventions sont à déclarer dans la mesure où les frais de déplacement/hébergement sont pris en charge et/ou rémunérées. S’il n’y a pas de prise en charge, ni rémunération, elles sont exclues de la déclaration

Pour l’ICMJE, les choses sont claires aussi:

Report all sources of revenue paid (or promised to be paid) directly to you or your institution on your behalf over the 36 months prior to
submission of the work. This should include all monies from sources with relevance to the submitted work, not just monies from the
entity that sponsored the research. Please note that your interactions with the work’s sponsor that are outside the submitted work
should also be listed here. If there is any question, it is usually better to disclose a relationship than not to do so.

Le délai à observer pour qu’un lien d’intérêt ne soit plus significatif est donc de 5 ans pour l’ANSM/HAS et de 36 mois pour l’ICMJE.

Ce serait bien que les choses soient aussi claires dans les dpi publiées dans la presse médicale.

Encore une histoire d’agoniste des récepteurs GLP-1.

J’ai déjà parlé de ces merveilleuses molécules neutres dans les notes suivantes:

Puis j’ai un peu laissé tombé jusqu’à ce tweet de Medscape France qui m’a excité au plus haut point:

Le texte de l’article m’a laissé un peu perplexe, notamment ce paragraphe:

Capture d'écran 2016-05-04 17.11.11J’ai mis un peu de temps à comprendre (je ne suis que cardio), mais en fait, je présume que le semaglutide (la molécule étudiée dans SUSTAIN-6) doit significativement diminuer l’HbA1c, par rapport au placebo, ce qui est plutôt bien (et attendu) pour un traitement anti-diabétique.

D’accord. Donc si on diminue le « risque cardio-vasculaire », on doit diminuer le nombre d’évènements cardio-vasculaires? Et bien non, car pour ce critère, le semaglutide n’est « que » non-inférieur au placebo. Nous sommes donc encore dans le cas d’un médicament anti-diabétique qui n’améliore qu’un critère intermédiaire, sans améliorer la morbi-mortalité cardio-vasculaire, ce qui est fort dommage pour les patients, vous en conviendrez. Le suivi est de 2 ans, quand même.

Au bout de 2 ans de traitement, aucune amélioration de la morbi-mortalité n’est discernable entre placebo et semaglutide.

Notez bien le subtil mais notable changement de sémantique. On ne dit plus « amélioration du HbA1c », mais « réduction du risque cardio-vasculaire ». Car ce dernier concept est très proche à l’oreille de « réduction des événements cardio-vasculaires », déclencheur logique d’une prescription. Vous verrez en fin de note que ce glissement sémantique a totalement mystifié une journaliste.

Mais revenons à l’article de Medscape France, qui est en partie traduit de l’article de Medscape US (l’auteure US est créditée):

Capture d'écran 2016-05-04 18.08.39qui lui même reprend une partie du communiqué de presse de Novo-Nordisk:

Capture d'écran 2016-05-04 17.11.46Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous, il s’agit d’un énième article de presse qui se contente de reprendre un communiqué de presse sans ajouter beaucoup de plus-value. Mais cela met un peu à mal les ambitions affichées de Medscape:

Capture d'écran 2016-05-04 17.10.27Oui, me direz-vous, mais l’article français comporte aussi une fine analyse d’un éminent endocrinologue français.

Rigueur et équilibre, donc.

L’analyse de l’endocrinologue est néanmoins un peu curieuse:

  • premier paragraphe: pas de changement de stratégie actuelle, car pas de bénéfice clinique observé.(\0/)
  • second paragraphe: rappel des recos HAS (\0/),
  • puis troisième paragraphe: l’auteur précise que les médecins ne suivent pas les recos HAS tout en donnant une CAT qui conseille la prescription de molécules n’ayant pas forcement démontré de bénéfice clinique… (???)

Capture d'écran 2016-05-04 19.58.55Rigueur et équilibre?

La mise en exergue d’une de ses phrases, pleine de bon sens en elle-même, dans cet article qui attribue des bienfaits cardiovasculaires au semaglutide me paraît assez orientée:

Capture d'écran 2016-05-04 18.24.58L’auteur ne déclare aucun conflit d’intérêts, ce qui est bien:

Capture d'écran 2016-05-04 18.17.56Rigueur et équilibre, donc.

Néanmoins, assez curieusement, dans cet article de Medscape US du 04/06/2015, il déclarait quand même un lien d’intérêt avec Novo-Nordisk:

Capture d'écran 2016-05-04 17.48.44Cet article est la traduction d’une vidéo postée sur Medscape France le 22/05/2015, où la déclaration publique d’intérêts n’est pas la même:

Capture d'écran 2016-05-04 18.22.37Pourtant dans un article publié dans l’European heart Journal en août 2015 (doi: 10.1093/eurheartj/ehv347), il décrit en effet un lien avec Novo Nordisk:

Capture d'écran 2016-05-04 20.02.41Rigueur et équilibre?

Mais ces arguties ne sont rien par rapport au magnifique texte de science-fiction de European Pharmaceutical Review:

Capture d'écran 2016-05-04 17.10.50Le texte est un copié-collé du communiqué du labo mais le titre est grandiose car bien sûr totalement trompeur.

Capture d'écran 2016-05-04 18.43.55L’auteure est tombée dans le piège sémantique que le communiqué de presse du labo lui a tendu.

Risque cardio-vasculaire≠événement cardio-vasculaire.

Morale de cette note: soyez rigoureux et équilibrés quand vous lisez un texte, d’autant plus qu’il ne l’est pas.

Erreur de délivrance à la suite d’une prescription en DC

Une patiente, entrée en réadaptation dans les suites d’un infarctus du myocarde sort de la clinique avec sa prescription.

La clinique utilise un LAP et comme la prescription en DC (dénomination commune) est obligatoire depuis janvier 2015, l’ordonnance sort telle quelle:

ordoLa patiente m’appelle en fin de matinée et s’étonne d’un des produits qu’on lui a délivrés.

La conversation était assez drôle puisque nous avions tous les deux du mal à prononcer les DC en question

-Dr, on m’a donné Acetylsalicysteine toux grasse, c’est bon?

-?? Répétez? Acide Acetylsalicysteine??

-Acetylcystéique toux grasse!

-…

Cela m’a rappelé ce sketch des inconus:

Ce qui est moins drôle est que l’erreur aurait pu avoir de fâcheuses conséquences car après quelques circonvolutions linguales, j’ai compris qu’on lui avait délivré de la n-acetylcystéine indiquée en effet dans la toux grasse à la place de son Kardégic® 160 (Acide Acetylsalicylique ou Acétylsalicylate de LD-Lysine).

J’ai raconté brièvement cette histoire sur Twitter et j’ai déclenché une tempête dans un verre d’eau. Mon but n’était pas de stigmatiser le pharmacien, sûrement pas, mais de raconter une erreur médicamenteuse qui me paraît intéressante.

Les professionnels, et les patients retiennent clairement mieux les noms commerciaux que les DC, qui parfois sont un peu touffues en radicaux hydroxy -machin.

Donc vigilance accrue…

Je me suis aussi dit que cette gentille dame a probablement bénéficié de son éducation thérapeutique sur la maladie coronaire dont un des thèmes principaux est l’appropriation du traitement par le patient.

Un mystère de moins…

Hier, premier avril, j’ai compris une chose totalement triviale, mais qui n’a cessé de m’intriguer depuis 7 ans. Enfin, j’exagère un peu, c’est quelque chose qui m’avait surpris il y a 7 ans, et que je viens de comprendre grâce à… Google.

Rembobinons la bande.

Il y a 7 ans, le 18 juin 2009 pour être exact, évènement considérable, un groupe français, Phoenix se produisait chez David Letterman:

A la fin de la prestation, Thomas Mars balance son micro à terre (à 3’26). Je me suis longtemps demandé ce que signifiait ce geste: signe de mécontentement, arrogance, fatigue…

Les années passent jusqu’à hier ou Google plante lamentablement un poisson d’avril nommé « Mic Drop ».

Et là, tout c’est éclairé…

Pour en savoir plus: Mic Drop-know your Meme.

Le musée Soulages à Rodez

J’ai tweeté quelques photos sur ma visite du musée Soulages à Rodez, mais j’ai voulu faire une note pour rassembler les photos et un peu parler du musée.

Cela faisait quelques années que je voulais visiter ce musée, mais il faut bien le dire, Rodez est un peu loin de tout et il n’est pas si simple d’y organiser un séjour. Je vous refile le tuyau que l’on m’a donné sur twitter, n’hésitez pas à séjourner à La Ferme de Bourran à Rodez. Le quartier autour est assez peu avenant mais la chambre, l’accueil et le petit-déjeuner furent formidables. En plus c’est à 15-20 minutes du musée, à pied.

Soulages1Le musée, regroupe la plus grande collection au monde d’œuvres de Pierre Soulages, qui a participé à sa création et sa dotation. Le peintre du noir m’a toujours un peu questionné, d’autant plus que les reproductions de ses œuvres, même dans les plus luxueux des catalogues, me semblent totalement non réfléchissantes. Pour moi, l’art, notamment contemporain est un miroir tenu à bout de bras par l’artiste, et dans lequel nous nous reflétons, ce qui nous permet en retour de… réfléchir. Une œuvre va autant nous enrichir que nous l’enrichissons. Si il n’y a rien à refléter, et bien… on ne voit rien.

L’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire.

Pierre Soulages

Reproduire une œuvre de Soulages, notamment en la prenant de face et dans une lumière neutre et diffuse, comme dans tout catalogue ou bouquin d’art, n’a strictement aucun sens. Je me suis donc longtemps demandé si l’œuvre de Soulages était, comme assez souvent en art contemporain (il faut bien le dire) un vaste foutage de gueule habillé de commentaires aussi pompeux que vides de sens, ou méritait tout le bien que l’on en dit.

J’aime beaucoup l’architecture extérieure et intérieure du musée, et surtout le fait que les œuvres balayent toute la carrière ce ce peintre. Nous voyons sa quête artistique, presque année après année. Soulages n’aurait jamais pu travailler pour Desigual, même à ses débuts, mais il a utilisé d’autres couleurs que le noir dans ses œuvres (et oui!). Il a un peu touché à tout: lithographie, eau forte, peinture sur toile, vitraux… La valeur de ses œuvres se mesure aussi sur ces sept décennies de travail. Certes, je peux aussi « faire du Soulages » avec ma cuillère et un reflet de lumière du jour dans un petit pot de crème au chocolat La Laitière, mais aucun travail personnel n’y apporte sa plus-value. Les vitraux de Conques peuvent paraître « banals », mais il a fallu 800 essais à Soulages et son équipe de verriers avant de trouver le bon mélange permettant les subtiles variations de coloration au fil de la journée et des saisons.

Soulages5 Soulages6Soulages3 Soulages7 Soulages11La lumière et ses reflets sont fondamentaux dans les tableaux de la série Outrenoir. Il faut donc « tourner » autour des œuvres pour les voir changer en fonction de l’orientation de la source lumineuse.

Soulages19 Soulages17 Soulages15 Soulages16Soulages4 Soulages8 Soulages9 Soulages10 Soulages18Soulages12 Soulages13Soulages

Le plus surprenant est de voir des zones parfaitement blanches, reflets de lumière, au milieu d’œuvres parfaitement noires par ailleurs.

Soulages2

Je ne regrette absolument pas ma visite. A partir du 10 juin, le musée va héberger 90 pièces de/sur Picasso, cela devrait être un motif supplémentaire de visiter Rodez😉.

Pour en savoir plus: le catalogue de l’expo Soulages au Centre Pompidou.

Le rêve récurrent

J’arrive dans la salle d’examen en sueurs, après avoir longtemps cherché le bon bâtiment, la bonne porte puis mon numéro de table. Je n’ai pas révisé une bonne partie du programme, mais ce n’est pas tant cela qui m’inquiète. Est-ce que, presque comme à chaque fois, l’énoncé sera en allemand? Ou est-ce qu’il y aura des maths? Miracle, non, ce sont des QCM de médecine en français auxquels je réponds un peu au hasard (Je culpabilise car j’aurais peut-être dû bosser au lieu de… quoi? Je ne sais même plus). Après les QCM, enfin les dossiers! Et ils sont en allemand! Réveil angoissé.

J’ai passé mon internat il y a 19 ans (!!!) et je rêve encore plusieurs fois par mois que je le repasse et le loupe. Mon alambic onirique me distille à chaque fois frustration, angoisse, et culpabilité à 90% vol.

Le temps passe et érode les souvenirs que je peux avoir de cette année de préparation d’internat. Mais je me souviens encore du moment exact où j’ai décidé de m’y mettre (au bord d’une piscine, l’été d’avant), que je chronométrais mes pauses, que je vivais la nuit, que peu de jours avant l’épreuve mes paupières avaient bien trémulé 10 minutes après le bol de café de trop, que j’ai failli me tuer sous une pluie torrentielle en descendant l’A7 pour passer les épreuves de la zone sud. Ce fut aussi l’année de la disparition de mon père, peu avant les épreuves.

lettreinternatJe me souviens encore du film qui passait à la TV la veille de l’épreuve à Montpellier: « L’année Juliette » avec Lucchini en anesthésiste. Je m’étais alors dit qu’il en avait de la chance, lui, d’avoir eu son internat… Je me souviens aussi bien sûr de Samira.

Je me souviens de tout cela, sans pour autant l’associer à un chemin de croix traumatisant. Enfin, mon travail fait mon bonheur, alors pourquoi Canal-Rêves rediffuse sans cesse depuis 19 ans cette épreuve, dans tous les sens du terme?

PIG.

Point d’Interrogation Général.