Du grand n’importe quoi (bis)

Tiens, j’avais loupé le CR de la Commission du 16/12/2011…

Le débat sur la publicité d’un médicament qui s’appelle le Strefen® est assez passionnant.

C’est un AINS, le Flurbiprofène.

Comme l’indique la BCB, chaque pastille contient 2.5 g de sucre. Avec une posologie maximale de 5 pastilles quotidiennes, ça commence à en faire du sucre… Cet AINS n’est pas soumis à prescription médicale et n’est pas remboursable.

Le laboratoire qui le commercialise a décidé d’en faire la promotion via des aides de visite et un support internet pour des groupes de patients bien particuliers:

« A qui conseiller Strefen ?
– Enfant de plus de 12 ans
– Adulte
– Femmes enceintes jusqu’à leur 5ème mois de grossesse
Strefen doit être réservé aux situations où l’antibiothérapie n’est pas indiquée. »

Evidemment, le souci, les professionnels de santé l’auront vu rapidement, c’est la femme enceinte…

Femme enceinte et AINS, parfois un cas de conscience pour les praticiens, beaucoup moins, semble-t-il pour le service commercial du labo.

Je vous laisse déguster les arguments des deux parties, notamment ceux de la firme: ça se passe entre les pages 4 et 8.  

Du grand n’importe quoi…

Je suis tombé sur un compte-rendu intéressant de la Commission de contrôle de la publicité et de la diffusion des recommandations sur le bon usage des médicaments de l’Afssaps.

Rien de très croustillant, mais ce dossier (page 8 du CR de la Commission du 11/01/12) montre l’importance et la sophistication croissantes des publicités pour des produits de santé sur internet:

1822G11 Film Internet

Monsieur NGUYEN, évaluateur à la direction de l’évaluation de la publicité et des produits cosmétiques et biocides de l’Afssaps, ne pouvant assister ni aux délibérations, ni au vote, en raison d’un conflit d’intérêt important (lien durable avec le laboratoire), a quitté la séance pendant la procédure d’évaluation de ce dossier et le vote.

Aucune situation de conflit d’intérêt important susceptible de faire obstacle à la participation des membres de la commission aux débats et à la délibération n’a été identifiée ni déclarée sur ce dossier.

Cette publicité est en faveur d’une spécialité utilisée dans le traitement local de courte durée en cas de traumatismes bénins douloureux : foulures, entorses ou contusions par exemple résultant de la pratique sportive.

Cette publicité est composée d’un film Internet et d’une seconde partie dans laquelle la personne visionnant le film pourra choisir le scénario d’un film dont celui-ci, puis scanner son visage pour être acteur du film qu’il aura choisi.

Le laboratoire précise par ailleurs que la publicité sera accessible depuis un bandeau d’appel hébergé sur un site Internet et montrant la première partie du film intitulé ‘‘vélo’’ avant la chute du personnage et terminant par la question ‘‘va-t-il tomber ‘ oui / non’’. Que l’internaute clique sur oui ou non, il est redirigé vers une plateforme de visualisation où l’internaute visionnera la vidéo ‘‘vélo’’ en entier. A la fin de la vidéo, des pictogrammes correspondant à différents scenarii apparaissent, parmi lesquels celui de cette publicité, chacun faisant l’objet d’une demande de visa GP. L’internaute a la possibilité de choisir un des scenarii puis de scanner son visage depuis une webcam ou de charger une photographie depuis son ordinateur pour être acteur du scenario qu’il aura choisi, sans pouvoir le modifier, puis de visionner le résultat obtenu avec le scenario choisi.

Il est également précisé que l’utilisateur peut sélectionner une photographie déjà disponible dans son ordinateur, et qu’une possibilité de partage individualisé est offerte à l’internaute via l’envoi d’un mail à un ami, par l’intermédiaire d’un icône ‘‘enveloppe’’. Ce mail contiendra un lien vers la vidéo personnalisée, visible uniquement par le destinataire du mail.

Or, ce procédé consistant à intégrer un visage non contrôlable dans une publicité pour un médicament ne permet d’une part pas de satisfaire à l’article L 5122-8 du code de la santé publique qui dispose que la publicité auprès du public pour un médicament est soumise à autorisation préalable de l’Afssaps, et est d’autre part susceptible de constituer une caution si le visage de quelqu’un de connu était utilisé. Ainsi, il est proposé à la commission de refuser cette publicité sur le motif de non respect de l’article L 5122-8 précédemment cité.

AVIS DE LA COMMISSION :

Un membre de la commission estime que ce principe est choquant. La représentante de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité souligne qu’il ne sera pas possible de contrôler que l’internaute a plus de 15 ans.

Un membre de la commission estime qu’il est dérangeant que ce principe utilise le public pour diffuser une communication promotionnelle.

A l’issue des délibérations, il est procédé à un vote à main levée dont les résultats sur 21 votants sont :

– 0 voix en faveur de l’octroi d’un visa à cette publicité

– 19 voix en faveur de refuser l’octroi d’un visa à cette publicité

– 2 abstentions.

Ça se veut être viral, c’est surtout du grand n’importe quoi.

J’ai hâte de lire dans la procédure contradictoire les arguments de la firme 😉

Plus poétique, page 9, on parle d’Yves Montand… 

Publicité pour produits de santé et médias sociaux

Vous savez que je suis un fan des comptes-rendus de la commission de contrôle de la publicité de l’Afssaps. On y trouve souvent quelques perles, mais aussi des mises au point intéressantes.

Le compte-rendu de la commission du 08/07/2011 amorce un débat contradictoire sur une publicité pour un produit anti-poux qui pourrait avoir Facebook comme support. Ca commence page 11. Pour les flemmards du clic, en voici le texte intégral:

0994G11 Support : page Facebook
Aucune situation de conflit d’intérêt important susceptible de faire obstacle à la participation des membres de la commission aux débats et à la délibération n’a été identifiée ni déclarée sur ce dossier.

Cette publicité en faveur d’une gamme de spécialités indiquées dans le traitement des poux et des lentes du cuir chevelu (poux de tête) est une page promotionnelle créée sur le site Facebook.

Le groupe de travail souligne que ce nouveau support publicitaire soulève différentes problématiques :

1) La fonctionnalité « partager » est un lien qui permet l’intégration en l’état de la page promotionnelle sur la page Facebook personnelle de l’internaute qui le souhaite ou sur la page Facebook personnelle d’un ami si celui-ci l’a autorisé ; la fonctionnalité « partager » permet également la transmission à un ami de la page promotionnelle au sein d’un message privé. Or, s’il n’est pas possible de modifier l’élément transmis lui-même, il est d’une part possible de lui accoler un contenu libre dans le message privé, et d’autre part possible de lui accoler un commentaire lors de sa publication sur une page Facebook personnelle ; dans le cas d’une publication sur une page Facebook personnelle, l’ensemble (page promotionnelle + commentaires) sera visible par le réseau social de la personne concernée, réseau social qui pourra à son tour rédiger un commentaire accolé à cette publication, approuver la page promotionnelle en appuyant sur un bouton « j’aime » ou intégrer à son tour la publication sur sa page Facebook personnelle pour la partager avec son propre réseau social.

Or, le contenu de ces commentaires n’étant pas contrôlable, il est par conséquent susceptible de contrevenir aux dispositions du code de la santé publique relatives à la publicité grand public.

Il est ainsi rappelé qu’à la suite de la séance de la commission du 11 mai dernier, une application pour
téléphone i-phone intitulée « [marque ombrelle] i-Pollen » a été refusée, dans la mesure où la plateforme commerciale Apple-store laisse aux internautes la possibilité de donner leur avis sur les différentes applications s’y trouvant ou encore d’envoyer des messages électroniques à leurs contacts pour leur recommander des applications, ces avis et messages n’étant pas maîtrisables.

2) La fonctionnalité affichant le nombre de « personnes aiment ça » pourrait constituer une attestation de guérison ce qui serait contraire à l’article R. 5122-4 du code de la santé publique.

3) Par la fonctionnalité « événements de vos amis », des événements auxquels participent les amis de la page promotionnelle peuvent être évoqués ; la fonctionnalité « vous connaissez peut-être » présente des amis pouvant être communs ; or, ces deux fonctions pourraient mettre en avant des personnes connues ou des professionnels de santé et contrevenir ainsi à l’article R. 5122-4 6°) du code de la santé publique qui stipule qu’une publicité pour un médicament auprès du public ne peut comporter aucun élément qui se référerait à une recommandation émanant de scientifiques, de professionnels de santé ou de personnes qui, bien que n’étant ni des scientifiques ni des professionnels de santé, peuvent, par leur notoriété, inciter à la consommation du médicament concerné.

Ainsi il est proposé à la commission de refuser ce nouveau support.

AVIS DE LA COMMISSION :

Un membre de la commission demande s’il serait réalisable de bloquer les différentes possibilités jugées problématiques par le groupe de travail.

L’Afssaps précise que ces différentes possibilités font partie des fonctionnalités inhérentes à Facebook, et qu’il n’est techniquement pas envisageable pour le laboratoire de les limiter. Plusieurs membres de la commission estiment que ce support publicitaire n’est pas acceptable.

A l’issue des délibérations, il est procédé à un vote à main levée dont les résultats sur 21 votants sont :

– 18 voix en faveur de refuser l’octroi d’un visa à cette publicité

– 3 abstentions.

A suivre, car fort intéressant, et les enjeux sont énormes…

La conjuration des imbéciles

Ne vous focalisez pas sur le titre qui n’a qu’un lointain rapport avec la note, mais j’aime beaucoup ce titre d’un roman que je n’ai pas encore lu.

Depuis l’affaire du Médiator, dans un louable effort de transparence, l’Afssaps a décidé de filmer les séances de la Commission d’AMM et de les diffuser en différé sur son site.

Par exemple, les vidéos de la séance du 28/04/11 sont visibles ici. Un verbatim de chaque commission, hors données confidentielles sera aussi publié, et c’est très bien.

Revenons sur les vidéos.

A quoi ça sert?

En terme de transparence, strictement à rien, mais ça satisfait les imbéciles, et de ce point de vue, l’objectif est rempli.

En effet, les vidéos présentées ne sont que des extraits, diffusés après montage, donc aucune valeur en terme de transparence.

Quand la FDA décide de montrer ses débats, elle les diffuse en direct. Par ailleurs, ceux qui tiennent la caméra ne font pas un long plan séquence avec en second plan le chariot des viennoiseries, jus d’orange bon marché et jus de chaussettes…

Mais bon, la démarche montre une volonté d’ouverture qu’il ne faudrait surtout pas tuer dans l’œuf.

Maintenant, d’un point de vue purement technique, pour le professionnel de santé intéressé par les médicaments, ces débats sont un régal et c’est dommage d’avoir attendu le scandale du Médiator pour les rendre publics. Chacun apporte sa pierre au débat en fonction de ses compétences. C’est bien entendu encore plus passionnant si vous avez participé à l’élaboration du dossier en amont.

Si vous avez regardé ces vidéos, vous vous êtes rendu compte que l’on parlait beaucoup de l’Europe, de l’EMA et du CHMP. Cette « mondialisation » miniature a suscité beaucoup de critiques. C’est vrai que devoir passer un dossier « devant l’Europe » prend du temps, retarde les décisions et oblige à faire des concessions. Mais ces débats avec des pays ayant des cultures pharmacologiques différentes apportent souvent un plus, obligent à être meilleurs et finalement représentent une espèce de sagesse des foules. J’ai vu aussi passer des critiques sur les « petits pays » qui auraient des compétences moindres, voire seraient suspects d’avoir une plus grande collusion avec l’industrie. Mais en pratique, les firmes qui choisissent les pays rapporteurs optent toujours pour les mêmes: France, Allemagne, Suède, j’ai aussi vu passer récemment les Pays-Bas. De fait, ce sont les meilleurs au niveau européen.

Bref, ces vidéos qui n’apportent rien en terme de transparence restent incontournables pour quiconque s’intéresse au médicament.