Du grand n’importe quoi (bis)

Tiens, j’avais loupé le CR de la Commission du 16/12/2011…

Le débat sur la publicité d’un médicament qui s’appelle le Strefen® est assez passionnant.

C’est un AINS, le Flurbiprofène.

Comme l’indique la BCB, chaque pastille contient 2.5 g de sucre. Avec une posologie maximale de 5 pastilles quotidiennes, ça commence à en faire du sucre… Cet AINS n’est pas soumis à prescription médicale et n’est pas remboursable.

Le laboratoire qui le commercialise a décidé d’en faire la promotion via des aides de visite et un support internet pour des groupes de patients bien particuliers:

« A qui conseiller Strefen ?
– Enfant de plus de 12 ans
– Adulte
– Femmes enceintes jusqu’à leur 5ème mois de grossesse
Strefen doit être réservé aux situations où l’antibiothérapie n’est pas indiquée. »

Evidemment, le souci, les professionnels de santé l’auront vu rapidement, c’est la femme enceinte…

Femme enceinte et AINS, parfois un cas de conscience pour les praticiens, beaucoup moins, semble-t-il pour le service commercial du labo.

Je vous laisse déguster les arguments des deux parties, notamment ceux de la firme: ça se passe entre les pages 4 et 8.  

Du grand n’importe quoi…

Je suis tombé sur un compte-rendu intéressant de la Commission de contrôle de la publicité et de la diffusion des recommandations sur le bon usage des médicaments de l’Afssaps.

Rien de très croustillant, mais ce dossier (page 8 du CR de la Commission du 11/01/12) montre l’importance et la sophistication croissantes des publicités pour des produits de santé sur internet:

1822G11 Film Internet

Monsieur NGUYEN, évaluateur à la direction de l’évaluation de la publicité et des produits cosmétiques et biocides de l’Afssaps, ne pouvant assister ni aux délibérations, ni au vote, en raison d’un conflit d’intérêt important (lien durable avec le laboratoire), a quitté la séance pendant la procédure d’évaluation de ce dossier et le vote.

Aucune situation de conflit d’intérêt important susceptible de faire obstacle à la participation des membres de la commission aux débats et à la délibération n’a été identifiée ni déclarée sur ce dossier.

Cette publicité est en faveur d’une spécialité utilisée dans le traitement local de courte durée en cas de traumatismes bénins douloureux : foulures, entorses ou contusions par exemple résultant de la pratique sportive.

Cette publicité est composée d’un film Internet et d’une seconde partie dans laquelle la personne visionnant le film pourra choisir le scénario d’un film dont celui-ci, puis scanner son visage pour être acteur du film qu’il aura choisi.

Le laboratoire précise par ailleurs que la publicité sera accessible depuis un bandeau d’appel hébergé sur un site Internet et montrant la première partie du film intitulé ‘‘vélo’’ avant la chute du personnage et terminant par la question ‘‘va-t-il tomber ‘ oui / non’’. Que l’internaute clique sur oui ou non, il est redirigé vers une plateforme de visualisation où l’internaute visionnera la vidéo ‘‘vélo’’ en entier. A la fin de la vidéo, des pictogrammes correspondant à différents scenarii apparaissent, parmi lesquels celui de cette publicité, chacun faisant l’objet d’une demande de visa GP. L’internaute a la possibilité de choisir un des scenarii puis de scanner son visage depuis une webcam ou de charger une photographie depuis son ordinateur pour être acteur du scenario qu’il aura choisi, sans pouvoir le modifier, puis de visionner le résultat obtenu avec le scenario choisi.

Il est également précisé que l’utilisateur peut sélectionner une photographie déjà disponible dans son ordinateur, et qu’une possibilité de partage individualisé est offerte à l’internaute via l’envoi d’un mail à un ami, par l’intermédiaire d’un icône ‘‘enveloppe’’. Ce mail contiendra un lien vers la vidéo personnalisée, visible uniquement par le destinataire du mail.

Or, ce procédé consistant à intégrer un visage non contrôlable dans une publicité pour un médicament ne permet d’une part pas de satisfaire à l’article L 5122-8 du code de la santé publique qui dispose que la publicité auprès du public pour un médicament est soumise à autorisation préalable de l’Afssaps, et est d’autre part susceptible de constituer une caution si le visage de quelqu’un de connu était utilisé. Ainsi, il est proposé à la commission de refuser cette publicité sur le motif de non respect de l’article L 5122-8 précédemment cité.

AVIS DE LA COMMISSION :

Un membre de la commission estime que ce principe est choquant. La représentante de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité souligne qu’il ne sera pas possible de contrôler que l’internaute a plus de 15 ans.

Un membre de la commission estime qu’il est dérangeant que ce principe utilise le public pour diffuser une communication promotionnelle.

A l’issue des délibérations, il est procédé à un vote à main levée dont les résultats sur 21 votants sont :

– 0 voix en faveur de l’octroi d’un visa à cette publicité

– 19 voix en faveur de refuser l’octroi d’un visa à cette publicité

– 2 abstentions.

Ça se veut être viral, c’est surtout du grand n’importe quoi.

J’ai hâte de lire dans la procédure contradictoire les arguments de la firme 😉

Plus poétique, page 9, on parle d’Yves Montand… 

Publicité pour produits de santé et médias sociaux

Vous savez que je suis un fan des comptes-rendus de la commission de contrôle de la publicité de l’Afssaps. On y trouve souvent quelques perles, mais aussi des mises au point intéressantes.

Le compte-rendu de la commission du 08/07/2011 amorce un débat contradictoire sur une publicité pour un produit anti-poux qui pourrait avoir Facebook comme support. Ca commence page 11. Pour les flemmards du clic, en voici le texte intégral:

0994G11 Support : page Facebook
Aucune situation de conflit d’intérêt important susceptible de faire obstacle à la participation des membres de la commission aux débats et à la délibération n’a été identifiée ni déclarée sur ce dossier.

Cette publicité en faveur d’une gamme de spécialités indiquées dans le traitement des poux et des lentes du cuir chevelu (poux de tête) est une page promotionnelle créée sur le site Facebook.

Le groupe de travail souligne que ce nouveau support publicitaire soulève différentes problématiques :

1) La fonctionnalité « partager » est un lien qui permet l’intégration en l’état de la page promotionnelle sur la page Facebook personnelle de l’internaute qui le souhaite ou sur la page Facebook personnelle d’un ami si celui-ci l’a autorisé ; la fonctionnalité « partager » permet également la transmission à un ami de la page promotionnelle au sein d’un message privé. Or, s’il n’est pas possible de modifier l’élément transmis lui-même, il est d’une part possible de lui accoler un contenu libre dans le message privé, et d’autre part possible de lui accoler un commentaire lors de sa publication sur une page Facebook personnelle ; dans le cas d’une publication sur une page Facebook personnelle, l’ensemble (page promotionnelle + commentaires) sera visible par le réseau social de la personne concernée, réseau social qui pourra à son tour rédiger un commentaire accolé à cette publication, approuver la page promotionnelle en appuyant sur un bouton « j’aime » ou intégrer à son tour la publication sur sa page Facebook personnelle pour la partager avec son propre réseau social.

Or, le contenu de ces commentaires n’étant pas contrôlable, il est par conséquent susceptible de contrevenir aux dispositions du code de la santé publique relatives à la publicité grand public.

Il est ainsi rappelé qu’à la suite de la séance de la commission du 11 mai dernier, une application pour
téléphone i-phone intitulée « [marque ombrelle] i-Pollen » a été refusée, dans la mesure où la plateforme commerciale Apple-store laisse aux internautes la possibilité de donner leur avis sur les différentes applications s’y trouvant ou encore d’envoyer des messages électroniques à leurs contacts pour leur recommander des applications, ces avis et messages n’étant pas maîtrisables.

2) La fonctionnalité affichant le nombre de « personnes aiment ça » pourrait constituer une attestation de guérison ce qui serait contraire à l’article R. 5122-4 du code de la santé publique.

3) Par la fonctionnalité « événements de vos amis », des événements auxquels participent les amis de la page promotionnelle peuvent être évoqués ; la fonctionnalité « vous connaissez peut-être » présente des amis pouvant être communs ; or, ces deux fonctions pourraient mettre en avant des personnes connues ou des professionnels de santé et contrevenir ainsi à l’article R. 5122-4 6°) du code de la santé publique qui stipule qu’une publicité pour un médicament auprès du public ne peut comporter aucun élément qui se référerait à une recommandation émanant de scientifiques, de professionnels de santé ou de personnes qui, bien que n’étant ni des scientifiques ni des professionnels de santé, peuvent, par leur notoriété, inciter à la consommation du médicament concerné.

Ainsi il est proposé à la commission de refuser ce nouveau support.

AVIS DE LA COMMISSION :

Un membre de la commission demande s’il serait réalisable de bloquer les différentes possibilités jugées problématiques par le groupe de travail.

L’Afssaps précise que ces différentes possibilités font partie des fonctionnalités inhérentes à Facebook, et qu’il n’est techniquement pas envisageable pour le laboratoire de les limiter. Plusieurs membres de la commission estiment que ce support publicitaire n’est pas acceptable.

A l’issue des délibérations, il est procédé à un vote à main levée dont les résultats sur 21 votants sont :

– 18 voix en faveur de refuser l’octroi d’un visa à cette publicité

– 3 abstentions.

A suivre, car fort intéressant, et les enjeux sont énormes…

La conjuration des imbéciles

Ne vous focalisez pas sur le titre qui n’a qu’un lointain rapport avec la note, mais j’aime beaucoup ce titre d’un roman que je n’ai pas encore lu.

Depuis l’affaire du Médiator, dans un louable effort de transparence, l’Afssaps a décidé de filmer les séances de la Commission d’AMM et de les diffuser en différé sur son site.

Par exemple, les vidéos de la séance du 28/04/11 sont visibles ici. Un verbatim de chaque commission, hors données confidentielles sera aussi publié, et c’est très bien.

Revenons sur les vidéos.

A quoi ça sert?

En terme de transparence, strictement à rien, mais ça satisfait les imbéciles, et de ce point de vue, l’objectif est rempli.

En effet, les vidéos présentées ne sont que des extraits, diffusés après montage, donc aucune valeur en terme de transparence.

Quand la FDA décide de montrer ses débats, elle les diffuse en direct. Par ailleurs, ceux qui tiennent la caméra ne font pas un long plan séquence avec en second plan le chariot des viennoiseries, jus d’orange bon marché et jus de chaussettes…

Mais bon, la démarche montre une volonté d’ouverture qu’il ne faudrait surtout pas tuer dans l’œuf.

Maintenant, d’un point de vue purement technique, pour le professionnel de santé intéressé par les médicaments, ces débats sont un régal et c’est dommage d’avoir attendu le scandale du Médiator pour les rendre publics. Chacun apporte sa pierre au débat en fonction de ses compétences. C’est bien entendu encore plus passionnant si vous avez participé à l’élaboration du dossier en amont.

Si vous avez regardé ces vidéos, vous vous êtes rendu compte que l’on parlait beaucoup de l’Europe, de l’EMA et du CHMP. Cette « mondialisation » miniature a suscité beaucoup de critiques. C’est vrai que devoir passer un dossier « devant l’Europe » prend du temps, retarde les décisions et oblige à faire des concessions. Mais ces débats avec des pays ayant des cultures pharmacologiques différentes apportent souvent un plus, obligent à être meilleurs et finalement représentent une espèce de sagesse des foules. J’ai vu aussi passer des critiques sur les « petits pays » qui auraient des compétences moindres, voire seraient suspects d’avoir une plus grande collusion avec l’industrie. Mais en pratique, les firmes qui choisissent les pays rapporteurs optent toujours pour les mêmes: France, Allemagne, Suède, j’ai aussi vu passer récemment les Pays-Bas. De fait, ce sont les meilleurs au niveau européen.

Bref, ces vidéos qui n’apportent rien en terme de transparence restent incontournables pour quiconque s’intéresse au médicament.

Vous avez reçu un SMS, il faut vacciner le gosse…

et mémé contre le tétanos!

En lisant un compte-rendu de la commission chargée du contrôle de la publicité de l’Afssaps (oui, je suis un grand fou et j’aime les expériences extrêmes), je suis tombé sur la discussion suivante (je n’ai copié que ce qui m’intéressait, le produit en question est un vaccin anti-pneumocoque, page 8):

Cette publicité présente notamment un système de SMS visant à prévenir les parents de la date du rappel de la vaccination par le vaccin promu. L’inscription au service nécessite ainsi l’enregistrement via le site internet consacré à ce vaccin du prénom de l’enfant, de sa date de naissance et d’un numéro de téléphone portable, afin de recevoir 3 SMS aux âges de 9, 12 et 13 mois.

Il est rappelé à la commission que des projets visant à améliorer l’observance liée aux rappels des vaccins via l’envoi de SMS ont reçu un avis défavorable de l’Afssaps en 2006 et 2007, considérant notamment que :

-les visites systématiques des premiers mois pouvaient pallier le risque de non observance des rappels de la petite enfance,

-le mode de remplissage par les parents pouvait être source d’erreur et rendre le support par SMS peu fiable, ce qui augmenterait le risque d’oubli d’un rappel,

-le mode de remplissage nécessitait un ordinateur et un téléphone portable, ce qui pouvait s’avérer non adapté à certaines familles susceptibles d’être concernées par ce problème d’observance,

-ce système pouvait induire une déresponsabilisation des parents qui, attendant les SMS, ne seraient plus attentifs au suivi des informations figurant dans le carnet de santé et ne s’occuperaient pas de gérer les rendez-vous chez le médecin,

-concernant les données recueillies, il n’y avait aucune garantie de la confidentialité et de la non-exploitation de celles-ci,

-enfin, d’une manière générale, ces systèmes ne donnaient pas l’assurance de favoriser l’observance des rappels.

Ainsi, le projet évoqué aujourd’hui soulève-t-il les mêmes problématiques que celles soulevées précédemment.

En outre, certaines pièces nécessaires à l’examen du projet de publicité n’ont pas été versées au dossier de demande de visa, telles que le contenu des SMS, la chartre de confidentialité, et aucun avis n’a été demandé à la commission nationale de l’informatique et des libertés pour la gestion des données recueillies.

Aussi, le groupe de travail propose-t-il de supprimer de cette publicité l’intégralité des références au système de rappel par SMS.

Si l’on fait abstraction des considérations administratives (chartre, avis CNIL…), je trouve que l’avis est un peu sévère.

Pourquoi pas des rappels électroniques planifiés?

Enfin, d’un autre côté, je ne fais pas beaucoup de vaccins, je suis probablement pas le plus apte à juger…

Ceux qui en font en pensent quoi?

Mince mais pas zen

Je suis certain que les chroniques de la Commission vous manquaient depuis la dernière note sur le Gardasil®

Un compte-rendu vient juste d’être publié, le 9 novembre, pour être précis.

Ici, la Commission ne s’est pas intéressée aux médicaments, mais aux « Objets, appareils et méthodes ».

Page 3, une méthode vantée par un institut est sur la sellette.

Cet institut utilise un appareil à infra-rouge, commercialisé par une société qui était déjà passée devant la commission en 2008. L’épaisseur de l’argumentation scientifique apportée par la société avait alors de quoi impressionner la Commission:

Le dossier justificatif fourni par Neuf Energie concernant notamment l’appareil GMP 4.14 comprenait :

– des études dans des domaines non concernés par les allégations relevées dans la mise en demeure,

– des posters en espagnol résumant des études dont les résultats ne sont pas interprétables (résultats illisibles, nombre de sujets inclus non précisé ou très faible, pas d’analyse statistique etc…),

– des études sur l’animal ou in vitro,

– une liste de références bibliographiques (références d’ouvrage, compte-rendu de congrès, études dont aucune ne concerne l’appareil GMP 4.14)

C’est dommage, car les publicités de l’institut utilisant cette petite merveille de technologie avaient de quoi faire rêver le chaland:

Sur l’annonce presse :

– « détoxifie [le corps] »

– « Une séance permet de consommer jusqu’à 800 calories »

– « Les ondes produisent une accélération métabolique intense (…) tout en éliminant les toxines, les acides gras grâce à une meilleure circulation sanguine »

– « élimination des toxines grâce à une meilleure circulation sanguine »

– « Moins de toxines »

Sur le site internet :

– « La circulation du sang est activée, le drainage des toxines et la fonte des graisses s’effectuent (entre 800 et 1000 calories brûlées par séance(…)) »

– « déstocker les graisses, éliminer les toxines »

– « douleurs articulaires »

– « lutter contre (…) le stockage des graisses et l’accumulation des toxines »

– « brûler les graisses. Sans faire d’effort, vous parvenez à des résultats identiques à ceux qui nécessitent une grande dépense physique »

Ben oui, ben non:

A l’issue des délibérations, il est procédé à un vote à main levée, au terme duquel la Commission se prononce à l’unanimité des membres présents (15 votants) en faveur d’une interdiction de l’ensemble des termes précités.

Depuis, l’institut est allé détoxifier ailleurs:

Photobucket

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Compte-rendu de la Commission de contrôle de la publicité en faveur des objets, appareils et méthodes présentés comme bénéfiques pour la santé (09/11/2010).

Presse médicale et support promotionnel (2)

J’l’écris, j’l’écris pas…

J’avais déjà écrit une note sur ce sujet en septembre dernier, mais la lecture des comptes-rendus de la Commission de Contrôle de la publicité et de la diffusion des recommandations sur le bon usage des médicaments de l’Afssaps est toujours aussi excellentissime et informative.

En plus, vous allez voir, on retrouve les ingrédients typiques des sitcoms: mêmes protagonistes, comique de situation, comique de répétition, réparties qui fusent et qui font mouche.

On retrouve donc notre commission aux dates du 19 mai 2010 et 23 juin 2010, avec sur la sellette, un supplément de….de….. Impact Médecine!

Décidément, quelle popularité!

Je vous avais dit, les mêmes, avec de nouveaux gags.

Petit changement de casting, à la place de Novartis, dont l’éthique est notoire, on retrouve nos amis de Sanofi Pasteur MSD.

Même problème que la dernière fois, donc. Doit-on qualifier le supplément spécial congrès Papillomavirus et vaccination HPV : les nouvelles données de publicité vantant le Gardasil®?

L’Afssaps pense que oui:

Par conséquent, de par sa présentation axée sur le seul vaccin GARDASIL, non représentative de l’ordre du jour de ce congrès qui couvrait de nombreux domaines de recherche sur les Papillomavirus (vaccins prophylactiques, vaccins thérapeutiques, données épidémiologiques liées aux infections à HPV, thérapeutiques expérimentales, biologie moléculaire…), le développement d’informations uniquement favorables à ce vaccin et le soutien financier du laboratoire exploitant cette spécialité, ce document vise bien à promouvoir le vaccin GARDASIL. En ce sens, ce document répond à la définition de la publicité telle que mentionnée à l’article L.5122-1 du code de la santé publique « On entend par publicité pour les médicaments à usage humain toute forme d’information, y compris le démarchage, de prospection ou d’incitation qui vise à promouvoir la prescription, la délivrance, la vente ou la consommation de ces médicaments ». Or, ce document n’a pas été déposé auprès de l’Afssaps, ce qui ne respecte pas les dispositions de l’article L.5122-9 du code de la santé publique qui stipule « la publicité pour les médicaments auprès des professionnels de santé habilités à prescrire ou à dispenser des médicaments ou à les utiliser dans l’exercice de leur art doit faire l’objet dans les huit jours suivants leur diffusion d’un dépôt auprès de l’Afssaps ». De plus, les mentions légales sont absentes, ce qui n’est pas conforme à l’article R.5122-8 du code de la santé relatif aux mentions obligatoires.

Par ailleurs, l’agence reproche à ce supplément de contenir plein d’allégations scientifiquement tendancieuses  ou hors AMM.

Petit florilège:

Le premier paragraphe, intitulé « une efficacité qui se maintient sur le long terme », met en exergue un maintien de l’efficacité à long terme, sur la base d’une étude réalisée avec un vaccin monovalent HPV 16 au cours du temps après 8,5 ans de suivi en moyenne. Or, d’une part, ces données concernent un autre vaccin que GARDASIL et ne peuvent être étendues à celui-ci, contrairement à ce qu’affirme le double titre de la page et d’autre part, les seules données d’efficacité validées dans l’autorisation de mise sur le marché de GARDASIL se limitent à une durée maximale d’évaluation de l’efficacité de 4,5 ans. Des études de suivi à long terme sont en cours. Aussi, cette présentation n’est pas objective.


Des chiffres non référencés faisant état de nombres de jeunes filles à vacciner pour éviter 1 cas de cancer invasif, de CIN2/3 et de condylome génital sont présentés dans cette rubrique. Or, en l’état actuel des données, il n’y a pas d’étude démontrant un effet préventif de la vaccination sur la survenue des cancers, le délai entre l’infection et l’apparition d’un cancer invasif étant estimé à 15 à 25 ans. L’AMM de GARDASIL précise à cet égard que les néoplasies intra-épithéliales (CIN) de grade 2/3 (dysplasies modérées à sévères) et les adénocarcinomes in situ (AIS) ont été utilisés comme marqueurs de substitution du cancer du col de l’utérus. L’avis de la commission de la transparence en date du 18 avril 2007 précise d’ailleurs dans la rubrique ASMR que l’effet préventif de GARDASIL sur la survenue des cancers du col de l’utérus n’est pas démontré actuellement. De même, l’avis du Comité technique des vaccinations (CTV) et du Haut conseil de santé publique (HCSP) du 9 mars 2007 relatif à ce vaccin, mentionne que « l’impact du vaccin sur l’incidence et la mortalité du cancer du col utérin ne deviendra apparent qu’à long terme, dans 15 à 25 ans ». S’agissant des chiffres concernant les cas évités de CIN2/3 et de condylomes, ils ne sont pas associés à une durée de suivi et ne sont pas validés par l’AMM de GARDASIL. Ainsi, ce document présente des données non validées par l’AMM de GARDASIL.

La ligne de défense d’Impact Médecine et de la firme laisse un peu de côté la justification de ces allégations (pouvaient-ils faire autrement?) pour se focaliser sur la qualification de ce document:

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD (SPMSD) explique ses pratiques et procédures quand il est sollicité pour soutenir financièrement des numéros spéciaux congrès édités par des revues médicales et estime que ses pratiques sont conformes aux recommandations de l’Afssaps en vigueur. Selon SPMSD, ces documents n’entrent pas dans le champ de la publicité, et dès lors, ils ne sont pas soumis à la validation du pharmacien responsable, ne font pas l’objet d’un dépôt a posteriori à l’Afssaps au titre de la publicité et leur utilisation est proscrite en promotion. Après avoir rappelé les recommandations de l’Afssaps « réunions et congrès », SPMSD considère que le numéro spécial congrès d’Impact médecine est conforme en tous points aux recommandations qui encadrent la réalisation de comptes rendus de congrès, soulignant entre autres points, le fait que le document n’a jamais été utilisé en promotion et n’a pas fait l’objet d’une diffusion répétée par le journal.

Le directeur de publication Impact médecine, convié par la firme, explique que les abonnés de cet hebdomadaire sont principalement des médecins généralistes, que ce journal couvre des congrès internationaux pour informer ses lecteurs de l’actualité de la médecine et des avancées de la recherche, dans le respect des recommandations de l’Afssaps. L’ « international Papillomavirus Conference » est le plus important congrès mondial sur le HPV. Il précise que les sources proviennent intégralement de présentations effectuées lors du congrès principal et non de manifestations annexes et que le numéro spécial congrès faisait partie intégrante de la publication qu’il accompagne dans un même envoi. Le directeur de publication explique qu’il a utilisé le nom de GARDASIL parce qu’il est connu et reconnu comme le nom du vaccin HPV. Il a d’ailleurs fait l’objet d’une recommandation préférentielle des autorités de santé. Enfin, le directeur conclut qu’il a sollicité le soutien financier du laboratoire Sanofi Pasteur MSD, et qu’il l’a signalé pour les lecteurs en 1ère page du compte rendu.

Ok, les gars, on résume les arguments pour voir si on a tout bon.

C’est un supplément financé par SPMSD, qui fait la synthèse d’un congrès scientifique international sur le HPV afin d’informer le corps médical, et c’est un hasard complet et incroyable si ce supplément parle exclusivement de manière dithyrambique et imaginative du Gardasil®, commercialisé par SPMSD, et pas du vaccin de la concurrence. Ce n’est donc pas un supplément à caractère promotionnel.

Ceci est un reportage sur les dernières avancées techniques issues des laboratoires de recherche en terme de sécurité passive automobile:

Le fait que Seat ait financé cette enquête journalistique est un hasard complet et incroyable. Ce n’est donc pas une publicité (même si on peut y voir un acteur qui tourne souvent des pubs).

Ça passe à votre avis?

Pour le Gardasil®, ça n’a pas passé:

Un membre de la commission souligne que le manque d’objectivité de ce document sous bannière GARDASIL est l’élément clé conduisant à le qualifier de promotionnel. Il s’étonne par ailleurs que le process de validation par le laboratoire ne prévoie pas de travailler sur un document formaté. La représentante du directeur général de l’Afssaps souligne que la présentation de ce document, intitulé «« Efficacité de la vaccination quadrivalente par GARDASIL. De nouvelles données qui confirment l’efficacité et l’intérêt de la vaccination quadrivalente par GARDASIL », de même que son contenu uniquement consacré à GARDASIL, s’apparente plus à un publi-rédactionnel qu’à un compte-rendu de congrès dans la mesure où, par ailleurs, ce congrès se déroulait sur sept jours au cours desquels plus de 150 communications ont été réalisées, parmi lesquelles ont été extraites une dizaine de communications sur GARDASIL. De plus, elle souligne que l’argument selon lequel les études mises en avant sont celles de l’AMM, comme spécifié par le laboratoire n’est pas un argument opérant dans le contexte d’un compte-rendu de congrès. Un représentant de la presse ajoute que ce numéro, se limitant à trois pages, ne ressemble pas à un spécial congrès, de telles éditions spéciales étant en général plus étoffées. Un membre de la commission souligne que le titre consacré à GARDASIL s’étale sur deux pages. Suite à l’argumentaire de la firme, dont la commission a pris acte, il est procédé à un vote à main levée dont les résultats, sur 21 votants, sont les suivants :
– 18 voix en faveur d’une interdiction,
– 3 voix en faveur d’une mise en demeure,
– 0 abstention.

Quelle est la moralité de tout ça? Il n’y en a aucune. Comme souvent, il existe un hiatus énorme entre ce que voudraient nous faire croire certaines firmes et certains titres de la presse médicale française. Ils voudraient nous faire croire en leur professionnalisme, en leur honnêteté scientifique, en leur éthique, en la robustesse de leur processus de validation… Alors qu’ils se font gronder comme des chenapans attardés qui nient alors qu’ils ont les mains encore couvertes de confiture. Ce serait tellement drôle si cette presse ne représentait pas une partie non négligeable de l’information médicale.

Je vous rappelle que selon un texte tiré des Carnets de Santé:

Une étude publiée par les Cahiers de sociologie et de démographie médicale montre une nouvelle fois que la presse médicale est un élément essentiel de la formation continue des médecins (FMC) : elle est citée par 84 % d’entre eux comme moyen de FMC, devant la participation à un congrès médical (73 %), la lecture de manuels (72 %), l’internet (66 %) et les séances de FMC organisées par les associations professionnelles (51 %). On notera au passage que la formation par groupes de pairs, fortement encouragée par la HAS, n’est citée que par 19 % des généralistes et 25 % des spécialistes. En moyenne, les médecins consacrent 2,9 heures par semaine à la lecture d’une publication médicale (2,6 pour les généralistes, 3,2 pour les médecins exerçant en centres de santé). Ce temps de lecture a diminué durant les trente dernières années (4,3 heures en 1977).

Cependant, un sondage téléphonique réalisé pour la revue Pharmaceutiques (à destination des acteurs de l’industrie pharmaceutique) en janvier 2009 montre qu’en ce qui concerne l’information sur les médicaments, c’est la visite médicale qui est plébiscitée, la presse médicale venant loin derrière (elle n’est citée que par 20 % des 188 médecins interrogés). Les séances de FMC organisées par les laboratoires seraient plus appréciées que les séances associatives (79,2 % versus 73,3 %), ce qui est en complète dissonance avec les données de l’étude précédente (59-47 % versus 37-34 %). Autre curiosité : alors que les recommandations de la HAS (Haute autorité de santé) sont fréquemment accusées d’être difficiles à lire, 94 % des sondés les déclarent « très compréhensibles » ou « compréhensibles ».

 

Dans ce même compte-rendu (page 8), on trouve aussi une audition intéressante de Servier (qui pour le coup passerait presque pour une firme de calvinistes obsessionnels et rigoristes) pour une publicité sur un traitement de l’ostéoporose.

Je vais vous raconter une histoire amusante sur cette commission. En 2008, je suis tombé par hasard sur un appel à candidature comme expert externe auprès de l’Afssaps. A l’époque, comme maintenant, je m’intéressais beaucoup à la communication des firmes pharmaceutiques. Je voulais donc postuler auprès de cette commission de contrôle de la publicité. Mais comme je suis d’un naturel timide et pas du tout sûr de moi (je sais, ça ne se voit pas dans ce blog, c’est une illusion totale), j’ai demandé conseil à un agrégé que j’apprécie énormément et qui travaille toujours pour l’Afssaps. Il m’a dit que c’était une bonne idée, et que je pouvais présenter ma candidature, car l’agence cherche en général des experts externes cliniciens, pas forcément agrégés, pas forcément auteurs d’articles pour le NEJM (je n’ai jamais rien publié). Mais il a rajouté que cette commission était très chiante, et m’a déconseillé de postuler, ce que j’ai fait.

Et bien, avec le recul, cette commission est tout sauf chiante. Les débats sont intéressants et elle sert de garde-fou afin de canaliser les débordements imaginatifs des commerciaux des firmes pharmaceutiques. Quand on voit les dossiers qui passent devant elle, imaginez si elle n’existait pas….

Malgré cela, je ne regrette pas de ne pas avoir postulé, car si par le plus grand des hasards j’avais été pris, je n’aurais pas pu vous relater ses chroniques.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Commission de Contrôle de la publicité et de la diffusion des recommandations sur le bon usage des médicaments. Réunion du 23 juin 2010.

 

Edition du 31/10/10: rajout du paragraphe Quelle est la moralité?… et la référence aux Carnets de Santé. Quelques modifications ça et là.