Captain Willard Redux

Deux suggestions de fond musical à écouter tout en lisant cette note.

Bien sûr:

Mais j’ai une petite préférence pour celle-ci qui allie tradition et modernité, concept tellement japonais:

Bonne lecture!

Je reprends la plume pour faire une petite revue, surtout pour donner mes premières impressions, sur une montre. Il s’agit d’une Seiko, la SLA033 ou SLA033J1 qui est une ré-édition d’une montre de plongée des années 70, la 6105.

La 6105 est surtout connue pour son apparition au poignet du personnage principal du film « Apocalypse Now », le Captain Willard, joué magistralement par Martin Sheen, d’où son surnom parmi les collectionneurs, la « Willard ».

(source)

La 6105 n’a pas été choisie par hasard par les accessoiristes du film de Coppola car il s’agissait d’une montre quasi indestructible et relativement peu onéreuse, qui a joui d’une grande popularité parmi les GI partis au Viet-Nam. Ce site propose pour les curieux une revue très détaillée sur les montres utilisées lors de cette guerre. Vous pouvez donc imaginer la nostalgie qui entoure cette montre sur les forums spécialisés.

Cette montre est aussi connue au Japon pour avoir accompagné l’explorateur Naomi Uemura dans son périple au Pôle Nord.

La caractéristique principale de la 6105 est sa forme de son boitier qui évoque une carapace de tortue ou un coussin. Les multiples variations produites plus récemment par Seiko ont donc logiquement porté le surnom affectueux de « Turtle« . Autre caractéristique, la position de la couronne qui se situe au niveau de la marque de 4h au lieu de l’habituelle position à 3h.

Pendant très longtemps, Seiko est resté largement en dessous de mon radar qui comme pour beaucoup d’amateurs de montres restait braqué vers la Suisse, voire l’Allemagne. J’ai appris à apprécier cette marque, capable de produire des montres et des mouvements à quasiment tous les prix (de 100€ à 6000€), de tous types (quartz solaire ou non, spring-drive, Kinetic, automatique, manuel…) et pour tous les goûts.

(la montre du fils aîné et la mienne)

Le seul point commun de cette gamme immense est, il me semble,  un rapport qualité-prix imbattable. Si vous recherchez des montre d’exception, Seiko possède deux filiales,  Credor et Grand Seiko, mais là, on entre dans un autre monde. Quoique, depuis quelques années, les prix les plus élevés de Seiko tendent à se rapprocher des prix les plus bas de Grand Seiko. Seiko utilise sur ses modèles haut de gamme des techniques traditionnellement réservées à Grand Seiko, par exemple le polissage Zaratsu qui permet au métal d’avoir des reflets indemnes de distorsion.

(source)

En avril-mai dernier, j’ai entendu parler de la SLA033, une ré-édition de la 6105 que Seiko s’apprêtait à mettre en vente en juillet. Lors des 2 années précédentes, Seiko a sorti avec apparemment beaucoup de succès la SLA017 et la SLA025, ré-éditions de deux modèles des années 60. L’actuelle tendance lourde de l’industrie horlogère, qui suit finalement l’industrie cinématographique, est de ressortir ses anciens succès. On sacrifie donc la créativité sur l’autel de la sécurisation des revenus. Malgré tout, j’ai adoré son aspect très années 70 avec sa forme asymétrique (souvenez-vous des écrans TV sur les tapisseries…) et ses aiguilles en bâton. J’ai aussi beaucoup aimé le travail de Seiko qui tout en respectant l’aspect de la 6105 a modernisé l’ensemble de la montre en utilisant un mouvement et des matériaux modernes de grande qualité.

La SLA033 est par ailleurs assemblée dans l’atelier Shizuku-Ishi, habituellement dédié à la fabrication des Grand Seiko. J’ai donc, après une longue période de réflexion et de recherche, décidé l’achat d’une SLA033, qui malheureusement n’est produite qu’à 2500, soit une goutte d’eau par rapport aux chiffres de production de Seiko. Autrement dit, assez peu de chance qu’un exemplaire atteigne la vitrine d’un revendeur Seiko (Seiko-Aix devait en recevoir 5, et j’ai été le dernier à placer ma commande).

Je l’ai au poignet depuis hier et je ne suis pas du tout déçu. J’adore son look très 1970 (certains vont détester, et je comprends parfaitement), et sa qualité de fabrication. Le travail du boitier est fabuleux avec une alternance harmonieuse de courbes concaves et convexes, de surfaces polies et brossées. Les aiguilles des heures et minutes ont 3 facettes afin d’améliorer leur visibilité, l’aiguille des secondes est très originale avec son extrémité en forme de feu de circulation. Ah oui, quand même, toutes les revues remarquent avec des tremolos dans les lignes que la lunette bénéficie d’un polissage zaratsu. Ce n’est vraiment qu’un argument commercial, car la surface circulaire polie est tellement faible qu’on ne peut y voir un quelconque reflet sans distorsion.

Son poids de 131,5 g et sa hauteur de 13 mm la rendent très agréable à porter (bien plus que la Sea-Dweller 16600 qui est déjà imposante sur mon poignet). Enorme surprise, mais tous les gens qui l’ont essayée le confirment, son diamètre pourtant très impressionnant de 45 mm  ne pose absolument aucun problème. Cette plongeuse est parfaitement portable, même sous une chemise. On la remarque, certes, mais portée, elle sait se faire remarquablement discrète. C’était pourtant ma grande crainte, car je m’étais fixé comme limite un diamètre maximal de 42mm (taille de la Speedmaster « classique »). Malgré la canicule, le bracelet en silicone est très agréable. Je n’ai pas encore testé la précision, mais le calibre 8L35 qui la fait vivre a plutôt bonne réputation.

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Pour en savoir plus, quelques liens utiles:

La revue de Deployant.

La revue (et la comparaison avec la 6105)de l’excellent Fratello Magazine.

La revue de Hodinkee.

Une note très sympa de passion Horlogère sur les « Turtle »

Le Relay

Juste avant mon train de retour, je suis allé faire un tour au Relay de la Gare de Lyon pour jauger le dernier Goncourt, L’ordre du jour de Éric Vuillard.

Il faut savoir que j’ai toujours eu un peu de mal avec les Goncourt, j’en ai commencé beaucoup, et fini bien peu. J’ai un peu de mal avec les phrases sophistiquées qui ne disent rien, hormis leur propre gloire. La masturbation linguistique, spécialité bien française, très peu pour moi.

Il y avait un monde fou dans ce Relay. J’ai navigué entre les gens agglutinés devant les magazines d’auto/moto, photo, porno gay, style masculin, magazines féminins, people, enfants, pour chercher de mes yeux myopes contractés un bandeau rouge dans la petite section ouvrages sans images. Il y avait bien le Renaudot 2017, de trompeur bandeaux rouges annonçant le dernier bouquin d’un auteur qui n’a aucune chance de gagner le moindre prix, et même curieusement, le Goncourt 2016, mais pas L’ordre du jour. Au cours de ma recherche, toujours slalomant entre les gens, ma vision périphérique remarque un homme un peu plus âgé que moi; ça devient de plus en plus rare au fil des années, je me retrouve de plus en plus souvent devant des patients plus jeunes que moi, ne vous inquiétez pas, je vais retrouver le fil du récit dans ma prochaine phrase qui sera plus courte que celle-ci. Cet homme cherche aussi quelque chose, et j’ai le sentiment instantané et inébranlable que c’est le même bandeau rouge que moi. Il s’approche d’une vendeuse à la couleur de cheveux improbable, qui déballe un carton, juste avant moi et demande… le Goncourt 2017. La vendeuse lui dit qu’il a de la chance car il ne lui en reste que 2 en réserve. Je lève un doigt timide et lui demande le second exemplaire. Petit échange de sourires avec l’homme.

Et là, je suis bien ennuyé, car ce Goncourt, je voulais seulement le feuilleter, pas forcément l’acheter. Mais primo je ne pouvais décemment pas le reposer sous l’oeil de la vendeuse qui a marché 640 cm de plus pour aller me le chercher et secundo, la façon dont s’est déroulé mon achat m’a paru être un signe sur le mur qu’il fallait que je le lise.

Je n’ai donc pas pu faire Mene, Mene, Tekel u-Pharsin (lire de droite à gauche, précise Wikipedia).

Bref, je l’ai acheté, et je l’ai lu en 3h05, la durée du trajet du 16h15.

Pour le coût (c’est fait exprès), c’était un Gon-court.

J’ai bien aimé, mais c’était tellement court  (160 pages, format Actes-Sud) que je suis resté sur ma faim. 

L’auteur raconte 3 histoires qui n’ont pas vraiment de rapport les unes avec les autres, hormis évidemment leur contexte historique: la réunion des industriels venus déposer leurs offrandes aux pieds d’Hitler en 1934, l’Anschluss et le dernier repas de von Ribbentrop en tant qu’ambassadeur d’Allemagne en Grande-Bretagne.

Les récits sont enlevés, pointilleux et caustiques. L’auteur s’est évertué à glisser dans chaque chapitre un mot rare qu’il fallut à chaque fois vérifier sur Google (imposte, apophtegme…). Comme quoi, il devait quand même un peu penser au Goncourt en l’écrivant… Autre indice qu’il devait penser à un prix littéraire, il a choisi comme thème le nazisme, ici son ascension.

Hormis cette collection de mots rares, souvent utilisés sans réelle utilité, j’ai trouvé la langue plutôt fluide. Sauf, que, quand j’en ai fait la lecture à voix haute, je l’ai trouvée beaucoup plus sophistiquée qu’au premier abord. Lire un texte à voix haute permet de déconnecter le mode « aide à la lecture » du cerveau qui est activé par défaut quand on lit pour soi.

Voici 4 pages (2,5% du bouquin), qui j’espère, vous donneront envie de le lire.

Lost in Translation (2)

Je viens d’assister à ma troisième rencontre linguistique franco-anglaise (Cf note précédente), et c’est toujours aussi sympa.

L’ami belge était absent, et il m’a un peu manqué. En fait, à la deuxième rencontre, je lui ai demandé de me parler en anglais d’astrolo-psychologie, de ses choix anti-médecine traditionnelle… Comme il est parfaitement bilingue, c’est toujours aussi bizarre, mais au moins, j’écoute et je parle anglais. En fait, j’ai rapidement appris à ouvrir mes chakras (mouhahahaha) et faire abstraction du fond de la conversation pour me concentrer sur la forme. En effet, comme nous nous présentons tous en début de soirée, j’attire assez systématiquement les gens adeptes de régimes plus ou moins bizarres et de médecines parallèles, voire franchement perpendiculaires. Après un premier temps de recul (marre d’entendre des âneries, et de parler médecine après une semaine de 5×11-12h de travail), je suis passé au-delà (si j’ose dire), et les conversations sont finalement très agréables. J’ai appris des tas de choses sur le régime cétogène dans le cancer (ne me posez pas de question, je n’ai pas d’avis dessus), les régimes veggies/vegan/low-carb, la prédiction des SCA par l’astrologie…

Hier, c’était un peu plus scientifique. J’avais à ma gauche une ingénieure française qui travaille dans le pétrole aux Pays-Bas, et devant moi une spécialiste des risques en milieu industriel et nucléaire. Nous avons parlé bioéthique et fin de vie.

L’amie brésilienne, prof de yoga (et vous l’aurez deviné, veggie, almost vegan) va retourner chez elle aux US pour l’hiver. Je suis un peu triste, car elle était plutôt sympa. Son road-trip sur les chemins de Compostelle était excellent. J’ai aussi appris des tas de choses sur les space-cakes (pour rassurer mes proches, je ne compte pas en consommer). 

Finalement, contrairement à ce que je pensais, ce groupe n’a pas d’habitués réguliers. Les gens se connaissent, font même des sorties dans d’autres groupes Meetup (j’y reviendrai), mais viennent très irrégulièrement aux réunions.

Cela me fait irrésistiblement penser à la chanson « San Francisco ».

Un autre arrivera
Pour nous dire des nouvelles
D’un qui reviendra dans un an ou deux

Finalement, la culture internet, par son absence de frontières et sa quasi absence de barrières sociales (on peut en discuter, mais le vouvoiement est atypique sur la toile) permet des rencontres IRL à l’identique, « globales ». Et ça me convient parfaitement car cela me change des interactions très hautement protocolaires/protocolisées de ma vie professionnelle.

Ces discussions me font aussi beaucoup penser au Twitter « d’avant », quand il n’y avait pas agressivité. Chacun vient et respecte l’autre. Il ya des grandes gueules et des gens +/- étranges (comme sur Twitter), mais pour l’instant, les échanges se déroulent sereinement. Cela vient aussi probablement du fait que les convives viennent d’horizons très divers, de façon presque aléatoire, je ne retrouve notamment pas de communautarisme « professionnel » (pros de santé vs patients…). Presque, car on retrouve à table environ 50% de français et 50% d’expatriés, avec le plus souvent , ce qui est attendu, une grande ouverture vers l’international (et vers l’autre), et un niveau élevé d’éducation.

Comme je l’ai déjà dit, les conversations se font en anglais ou en français, avec comme seule règle que deux deux personnes ayant la même langue maternelle ne peuvent pas parler avec cet idiome. Certains français sont assez pénibles avec cette règle, ils n’ont pas tort, mais parfois ils interrompent un peu sèchement une conversation pour la faire respecter. En général, en fin de soirée, la fatigue aidant, on parle français pour nos amis expatriés désireux de pratiquer notre langue.

Nous appartenons presque tous à plusieurs groupes Meetup. Meetup est un site et une application permettant de trouver autour de soi des gens ayant les mêmes centres d’intérêt afin de se rencontrer. Première constatation, Aix est beaucoup plus riche que Marseille en terme de nombre de groupes et de diversité, et cela, malgré une population bien moindre. Pas grave, j’aime beaucoup Aix. Seconde constatation, il y a beaucoup de groupes polyglottes, ça tombe bien aussi. Je me suis inscrit  à plusieurs. J’ai quand même testé un repas chez de parfaits inconnus (avec des convives inconnus), malheureusement, c’est tombé à l’eau (ce n’est que partie remise). Comme dans la gnole des Tonton Flingueurs, il n’y a pas que de la pomme dans Meetup, il y a quand même des groupes étranges, voire franchement pas nets:

Halloween, mais en vrai…


???(on dirait un néologisme de Ségolène)


Sans commentaire…

Le Da Vinci Code, mais en vrai.


Mais que vient faire ce groupe d’innocents cyclistes dans cette liste? Ceux qui connaissent Marseille savent qu’il faut être fada pour faire du vélo dans la ville…

 

Dédicace spéciale aux pharmaciens de Twitter  😉

Lost in Translation

Depuis des années, mon niveau d’anglais me désespère.

Je lis assez facilement le NYT (je m’y suis abonné quand Trump est arrivé au pouvoir), et je comprends une conversation simple (ou le journal TV). Mais je suis quasi incapable de parler, et encore moins de lire de la littérature en anglais (je parle de la vraie littérature, pas des articles dans les revues médicales qui sont écrits en anglais de cuisine). Je me suis aussi dit que ma vie non-professionnelle était désertique et qu’il fallait que je me bouge un peu pour sortir de ma caverne, ma zone de confort, comme on dit dans les magazines branchés.

Je me suis donc inscrit à une rencontre polyglotte qui a régulièrement lieu dans un café sur Aix. Cela n’a pas été si simple. Déjà, aller au devant de gens représente un gros effort pour moi, mais en plus en anglais… Bref, une fois le bouton « je m’inscris » appuyé, le plus difficile était fait.

Je suis arrivé sur Aix 2h en avance, afin de revoir la superbe collection Planque à La Chapelle des Pénitents Blancs, et visiter l’expo « Cézanne at Home » au Musée Granet.

Sympa, la déco de la chambre à coucher de Jean Planque, non? Devinez qui agonise dans ce marbre?

Vous avez 1 an pour aller voir ce Cézanne, après, il regagnera la Collection Pearlman.

Après, je me suis rendu à l’heure dite dans un café bien connu de Aix. J’ai rencontré un astro-psychologue belge très sympa mais un peu  étrange. À un moment, j’ai quand même cherché la caméra invisible. Anti-vaccin, anti médicament, il a prédit la date de son second accident coronaire (je n’ai vraiment pas de chance…), ce qui lui a permis d’envoyer à l’avance tout son dossier médical au médecin qui allait le prendre en charge (pratique, mieux que le DMP). Il aime la France car elle s’inscrit dans un triangle maçonnique fait de signes d’air (probablement approximatif, j’ai décroché au bout de quelques temps), l’Amérique va s’effondrer en 2022 et l’Europe 13 ans après, et j’oubliais, ce sont les laboratoires pharmaceutiques qui empoisonnent sciemment les médicaments pour encore plus s’enrichir (notamment les statines, vous l’aurez deviné…). Le pire est que nous parlions (plutôt il parlait) en français… Le reste de la soirée a été une discussion très sympa, en anglais avec 2 français (ça, c’est surréaliste, aussi), 1 brésilienne, 1 irlandaise et 1 japonaise.

Bref, ça m’a bien plu, je me suis inscrit à la prochaine rencontre.

Je suis certain que vous ne me croyez pas pour l’astropsycho belge… Heureusement, il m’a donné sa carte: