Paris-Tokyo

Ce matin, j’ai retweeté un lien vers un thread très intéressant sur la précision de la technologie Spring Drive développée par Seiko qui m’attire de plus en plus au fil du temps. Ma prochaine montre sera peut-être équipée d’un Spring Drive, on verra… La SBGY003 me tente vraiment mais son prix est hors de portée pour moi…

Je me suis demandé si ma SLA033 se tenait toujours aussi bien, malgré le fait que je ne la ménage pas: boulot, dodo et vélo… Elle commence à être pas mal rayée, elle vit avec moi…

En utilisant l’applicationToolWatch, j’obtiens donc une précision moyenne (ici sur sept jours) de +0,6 seconde par jour, ce qui est excellent. C’est très largement dans les tolérances du COSC, du Superlative Chronometer de Rolex et du METAS de Omega.

Petite remarque, ces certifications permettent à l’acheteur de savoir qu’il achète une montre (suisse) « précise », mais ce qui compte, c’est la « précision » au quotidien… De ce point de vue, la Seiko me convient parfaitement bien (nos amis helvètes ont du souci à se faire…).

Deuxième petite remarque, le terme « précision » est trompeur, car il englobe faussement dans l’esprit de la plupart des gens deux notions très différentes: la fidélité (Precision) et l’exactitude (Accuracy) (Cf. p 21 et 22 de ce document et l’article de Wikipedia dont est tiré le graphique qui suit):

Mais je m’égare…

Une montre solide, précise, sans chichi, ni artifice et dont on n’a pas à se soucier dans sa vie quotidienne, est typiquement une Tool Watch, une montre outil.

Que peut-on faire avec une plongeuse quand, comme moi, on ne plonge pas?

Lire l’heure et la date, OK, facile.

On peut aussi surveiller la cuisson du riz/des pâtes selon 2 méthodes différentes (incroyable): en mode chronographe ou compte à rebours.

En mode chrono:

Je place le marqueur principal de la lunette (la tête de flèche) au moment où je balance le riz/les pâtes dans l’eau bouillante, et j’égoutte à 11 minutes (14h35 ici) pour une cuisson ferme/al dente.

En mode compte à rebours:

Je place le marqueur principal quand je souhaite égoutter mon riz/mes pâtes. Facile.

Mais on peut aussi surveiller un second fuseau horaire.

C’est plus tordu, mais ça marche bien. Admettons que je souhaite connaître à tout moment de la journée l’heure de Tokyo (+8h) et que je ne possède ni téléphone, ni montre GMT.

Il est 14h29 à Paris.

Première chose à faire, je déplace mon marqueur principal de +8h dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ( pour New-York, 6h, je déplace le marqueur principal de 6h dans le sens des aiguilles d’une montre):

Ensuite, il faut faire un petit effort d’imagination: on associe les marqueurs principaux de la lunette à un horaire, comme cela:

Le marqueur 50 représente 10h (ou 22h), le marqueur 55, 11h (ou 23h)…

Dans notre exemple, l’heure de Paris est 14h29. et l’heure à Tokyo est de 10h29, ou plutôt 22h29 puis qu’il y a 8h de plus.

Petit quiz, j’ai réglé la lunette pour donner l’heure de Cupertino (-9h). l’heure de Paris est 16h37.

Il est 7h37 à Cupertino (le marqueur 40 correspond à 7/19h. Bien sûr, c’est bien plus simple avec un iPhone…

Chawan (suite)

Boire du thé dans un chaman ancien, ça se mérite…

Les premiers temps, quand je versais du thé chaud, s’élevait une odeur de terre/pierre assez prononcée. Pas désagréable, mais prononcée quand même.

Je me suis demandé si ça faisait partie de l’expérience: thé vert et odeur de la terre du Japon, mystique millénaire…

Puis comme toujours, j’ai retrouvé que ce sujet quand même particulièrement pointu avait donné lieu à des tutoriels, et même des débats dans l’immensité du web:

https://chano-yu.com/how-to-maintain-tea-bowls/

https://www.quora.com/Does-clay-ever-go-bad-What-if-it-smells-a-little

https://community.ceramicartsdaily.org/topic/14935-native-clay-odd-smell/

J’ai suivi les conseils: utilisation quasi quotidienne, nettoyage à l’eau claire, puis séchage minutieux et l’odeur de terre/pierre s’estompe progressivement. Elle est même devenue harmonieuse avec l’odeur un peu herbeuse du Sensha.

Un bel exemple de chadamari ou puits à thé qui retient bien les miettes de thé quand on arrive en fin de bol.

Chawan

Depuis quelques temps, je cherchais un bol japonais pour boire le thé.

J’ai bien à la maison et au travail un mug orange Finlandek fonctionnellement parfait, mais il me manquait quelque chose, un petit supplément d’âme, peut-être…

Après quelques recherches j’ai découvert le terme de chawan,  qui désigne un bol servant à préparer et à boire du thé. J’ai été attiré d’emblée par les chawan noirs et plus particulièrement par une technique de cuisson qui se nomme raku.

Evidemment, ce qui frappe en premier est le caractère grossier, asymétrique, bancal, inhomogène des  bols à thé japonais, qui s’oppose violemment à l’esthétique occidentale qui recherche plutôt la symétrie, l’homogénéité, l’efficacité.

Puis j’ai creusé, et plus j’ai creusé, et plus j’ai découvert que ces bols, sous des dehors rustiques et grossiers, étaient subtilement sophistiqués, comme souvent avec l’art japonais, bien au-delà de notre perception occidentale. Notre sophistication est cognitive, la japonaise est sensorielle, voire sensuelle.

Tout d’abord, il existe des tas de formes de bols. Ensuite, les japonais ont créé une anatomie du bol fruit apparent de milliers d’années d’observation et de contemplation (j’espère qu’ils ont quand même pris le temps de boire leur sencha entre deux). La lèvre (kuchi zukuri) de certains bols n’est pas lisse comme chez nous, et forme de douces collines. Les bols raku  peuvent avoir cinq collines (gogaku, de go, cinq et gaku montagne).

Ce bol ( un goki-gata, sauf erreur) originaire de Kyoto n’est pas un raku, mais on aperçoit les collines. C’est un plaisir de les parcourir du bout de l’index.

L’intérieur du bol à thé peut comporter des méplats, des arrêtes, qui semblent être là par hasard. Et non…

La flèche pleine délimite deux zones: le chasen en dessous, dans cet exemple il est vernis, et le chakin au dessus. Un chasen est aussi un petit fouet de bambou utilisé lors de la cérémonie du thé pour battre la poudre de thé (matcha). On comprend mieux le vernis qui protège la poterie. Le chakin est le linge utilisé pour sécher le bol. Vous imaginez bien le petit mouvement circulaire réalisé avec le tissu entre le pouce et l’index.

La flèche pointillée délimite le chasen et le chadamari qui est un petit puits de thé. Ce puits a pour fonction de recueillir les résidus de thé et éviter que nous les avalions en fin de bol. J’ai testé, ça marche bien. Vous pouvez aussi méditer en faisant tourner ces résidus dans le chadamari

Ces bols représentent un exemple typique du Wasi-Sabi.

Et c’est là que ça devient encore plus fort. Je ne vais pas paraphraser Wikipédia, et je ne suis pas très fort en méditation, mais la pensée wasi-sabi me va bien.

Le wabi-sabi relie deux principes : wabi (solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie…) et sabi (l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes, la patine des objets, le goût pour les choses vieillies, pour la salissure, etc.). Le wabi fait référence à la plénitude et la modestie que l’on peut éprouver face aux phénomènes naturels, et le sabi, la sensation face aux choses dans lesquelles on peut déceler le travail du temps ou des hommes.

J’aime bien mon bol, il vieillira avec moi et se couvrira de cicatrices. J’ai toujours aimé les objets qui ont vécu. La perfection est inhumaine. Suprême pragmatisme des japonais, si par hasard je le brise, ce ne sera pas un malheur, plutôt un bonheur, car je pourrais le transformer en objet kintsugi, symbole de résilience. L’échec, la maladie, la senescence et la mort font partie de la vie.

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Pour en savoir plus:

http://flyeschool.com/content/japanese-tea-bowl-parts (un excellent site+++)

https://www.sazentea.com/en/blog/lexicon/welcome-to-the-world-of-raku-tea-bowls.html (surtout centré sur le raku)

https://www.nippon.com/en/views/b02318/the-deep-stillness-of-a-raku-tea-bowl.html

https://www.nippon.com/fr/people/e00111/

https://raku-yaki.or.jp/e/index.html

Captain Willard Redux

Deux suggestions de fond musical à écouter tout en lisant cette note.

Bien sûr:

Mais j’ai une petite préférence pour celle-ci qui allie tradition et modernité, concept tellement japonais:

Bonne lecture!

Je reprends la plume pour faire une petite revue, surtout pour donner mes premières impressions, sur une montre. Il s’agit d’une Seiko, la SLA033 ou SLA033J1 qui est une ré-édition d’une montre de plongée des années 70, la 6105.

La 6105 est surtout connue pour son apparition au poignet du personnage principal du film « Apocalypse Now », le Captain Willard, joué magistralement par Martin Sheen, d’où son surnom parmi les collectionneurs, la « Willard ».

(source)

La 6105 n’a pas été choisie par hasard par les accessoiristes du film de Coppola car il s’agissait d’une montre quasi indestructible et relativement peu onéreuse, qui a joui d’une grande popularité parmi les GI partis au Viet-Nam. Ce site propose pour les curieux une revue très détaillée sur les montres utilisées lors de cette guerre. Vous pouvez donc imaginer la nostalgie qui entoure cette montre sur les forums spécialisés.

Cette montre est aussi connue au Japon pour avoir accompagné l’explorateur Naomi Uemura dans son périple au Pôle Nord.

La caractéristique principale de la 6105 est sa forme de son boitier qui évoque une carapace de tortue ou un coussin. Les multiples variations produites plus récemment par Seiko ont donc logiquement porté le surnom affectueux de « Turtle« . Autre caractéristique, la position de la couronne qui se situe au niveau de la marque de 4h au lieu de l’habituelle position à 3h.

Pendant très longtemps, Seiko est resté largement en dessous de mon radar qui comme pour beaucoup d’amateurs de montres restait braqué vers la Suisse, voire l’Allemagne. J’ai appris à apprécier cette marque, capable de produire des montres et des mouvements à quasiment tous les prix (de 100€ à 6000€), de tous types (quartz solaire ou non, spring-drive, Kinetic, automatique, manuel…) et pour tous les goûts.

(la montre du fils aîné et la mienne)

Le seul point commun de cette gamme immense est, il me semble,  un rapport qualité-prix imbattable. Si vous recherchez des montre d’exception, Seiko possède deux filiales,  Credor et Grand Seiko, mais là, on entre dans un autre monde. Quoique, depuis quelques années, les prix les plus élevés de Seiko tendent à se rapprocher des prix les plus bas de Grand Seiko. Seiko utilise sur ses modèles haut de gamme des techniques traditionnellement réservées à Grand Seiko, par exemple le polissage Zaratsu qui permet au métal d’avoir des reflets indemnes de distorsion.

(source)

En avril-mai dernier, j’ai entendu parler de la SLA033, une ré-édition de la 6105 que Seiko s’apprêtait à mettre en vente en juillet. Lors des 2 années précédentes, Seiko a sorti avec apparemment beaucoup de succès la SLA017 et la SLA025, ré-éditions de deux modèles des années 60. L’actuelle tendance lourde de l’industrie horlogère, qui suit finalement l’industrie cinématographique, est de ressortir ses anciens succès. On sacrifie donc la créativité sur l’autel de la sécurisation des revenus. Malgré tout, j’ai adoré son aspect très années 70 avec sa forme asymétrique (souvenez-vous des écrans TV sur les tapisseries…) et ses aiguilles en bâton. J’ai aussi beaucoup aimé le travail de Seiko qui tout en respectant l’aspect de la 6105 a modernisé l’ensemble de la montre en utilisant un mouvement et des matériaux modernes de grande qualité.

La SLA033 est par ailleurs assemblée dans l’atelier Shizuku-Ishi, habituellement dédié à la fabrication des Grand Seiko. J’ai donc, après une longue période de réflexion et de recherche, décidé l’achat d’une SLA033, qui malheureusement n’est produite qu’à 2500, soit une goutte d’eau par rapport aux chiffres de production de Seiko. Autrement dit, assez peu de chance qu’un exemplaire atteigne la vitrine d’un revendeur Seiko (Seiko-Aix devait en recevoir 5, et j’ai été le dernier à placer ma commande).

Je l’ai au poignet depuis hier et je ne suis pas du tout déçu. J’adore son look très 1970 (certains vont détester, et je comprends parfaitement), et sa qualité de fabrication. Le travail du boitier est fabuleux avec une alternance harmonieuse de courbes concaves et convexes, de surfaces polies et brossées. Les aiguilles des heures et minutes ont 3 facettes afin d’améliorer leur visibilité, l’aiguille des secondes est très originale avec son extrémité en forme de feu de circulation. Ah oui, quand même, toutes les revues remarquent avec des tremolos dans les lignes que la lunette bénéficie d’un polissage zaratsu. Ce n’est vraiment qu’un argument commercial, car la surface circulaire polie est tellement faible qu’on ne peut y voir un quelconque reflet sans distorsion.

Son poids de 131,5 g et sa hauteur de 13 mm la rendent très agréable à porter (bien plus que la Sea-Dweller 16600 qui est déjà imposante sur mon poignet). Enorme surprise, mais tous les gens qui l’ont essayée le confirment, son diamètre pourtant très impressionnant de 45 mm  ne pose absolument aucun problème. Cette plongeuse est parfaitement portable, même sous une chemise. On la remarque, certes, mais portée, elle sait se faire remarquablement discrète. C’était pourtant ma grande crainte, car je m’étais fixé comme limite un diamètre maximal de 42mm (taille de la Speedmaster « classique »). Malgré la canicule, le bracelet en silicone est très agréable. Je n’ai pas encore testé la précision, mais le calibre 8L35 qui la fait vivre a plutôt bonne réputation.

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Pour en savoir plus, quelques liens utiles:

La revue de Deployant.

La revue (et la comparaison avec la 6105)de l’excellent Fratello Magazine.

La revue de Hodinkee.

Une note très sympa de passion Horlogère sur les « Turtle »