Encore une histoire de Ghostwriting

Cela faisait bien longtemps, et ça me manquait presque…

Pour ceux qui ne connaissent pas, j’avais participé à la rédaction de cet article pour le FORMINDEP sur ce sujet.

J’ai découvert cette histoire en lisant cette note de l’excellent Pharmalot.

Je ne vais pas pas paraphraser ce texte, mais il semble bien que la prestigieuse revue Circulation ait publié en 2002 cet article sur la rosiglitazone, rédigé non pas par les auteurs indiqués en début de papier, mais par des employés d’une agence de communication liée au laboratoire pharmaceutique.

Évidemment, le papier était favorable au produit, et l’AHA qui publie Circulation n’y a vu que du feu. Jusqu’à récemment même, elle s’est drapée dans sa dignité indignée. En fait jusqu’à ce courrier du sénateur Grassley:

At the time (of the July report), it was unclear if the emails about ghostwriting concerned the article that appeared in Circulation, or if they were discussing a separate manuscript. Regardless, my staff has consulted with GSK, and the company confirmed that the manuscript which appeared in Circulation was written for GSK by a medical education company.

Marketing-based Medicine

L’excellent Daniel Carlat fait allusion dans une note à un article tout à fait passionnant publié dans Bioethical Inquiry.

En plus, l’article est accessible  à tous car hébergé sur cette page.

Ce papier dresse un panorama assez complet des pratiques commerciales des firmes pharmaceutiques afin « d’optimiser » leurs ventes:

  • Rétention d’information
  • Manipulation des résultats des essais cliniques
  • Mise en avant les « Leaders d’Opinion » (KOL)


Son intérêt réside surtout dans la multitude de documents internes aux firmes, documents rendus publics au cours de procès se déroulant aux États-Unis qui illustrent chacune de ses pratiques.

Un des documents les plus étonnant est ce message électronique émanant d’un cadre d’AstraZeneca:

Photobucket

L’auteur s’interroge sur la poursuite de la pratique usuelle, à l’époque (1999…), qui consistait à « enterrer » les études négatives et à supprimer des données défavorables.


Ghostwriting?

Si vous ne savez pas encore ce que c’est, je vous suggère d’aller jeter un coup d’œil ici et ici.

Sinon, depuis quelques mois (depuis les affaires Merck et Wyeth, notamment), la prise de conscience de l’existence de ce qui n’est ni plus ni moins qu’une fraude organisée de façon « industrielle » et méthodique par les firmes pharmaceutiques a littéralement explosé dans le monde de l’édition scientifique médicale.

Tout le monde en parle tout le temps, et jure la main sur le cœur que plus jamais, plus jamais…

Mais les vieilles habitudes ont la vie dure, comme semble le montrer cette note du très bon The Carlat Psychiatry Blog.

Daniel Carlat reproduit un message électronique daté de ce mois, délicat chef d’œuvre composé d’un entrelacs de sous-entendus, qu’un confrère psychiatre a reçu de Blue Spark, une officine de communication qui travaille ici pour Sanofi-Aventis.

Je vous en conseille vivement la lecture, de même que les commentaires qui vont avec.

Par ailleurs, Daniel Carlat a consacré très récemment une autre note à ce problème.

Ghostwriting encore, encore et encore…

J’en ai déjà parlé très abondamment, il suffit de taper ce mot dans le moteur de recherche des deux « Grange Blanche », l’ancien et le récent pour le constater.

Mais je vous fournis ces deux liens qui reprennent un peu l’histoire de la mise à jour de cette pratique scientifique frauduleuse, et surtout sa prise de conscience aux Etat-Unis.

Medical Editors Push for Ghostwriting Crackdown. The New York Times. By Natasha Singer and Duff Wilson. Published: September 18, 2009.

Medical Journal Ghostwriting: Time to Do Something?. The WSJ’s Health Blog.By Shirley S. Wang. September 18, 2009.

Ghostwriting…

J’en ai déjà parlé au moins une demi-douzaine de fois, mais la prise de conscience de ce phénomène s’étend aux États-Unis.

En ce moment, après Merck, ce sont les laboratoires GSK et surtout Wyeth qui sont sur la sellette aux États-Unis.

Le NYT a publié deux articles récents (cf infra), et le Health Blog du Wall Street Journal m’a fait connaître le bel acronyme de ce qu’était le programme « maison » de GSK: CASPER!

Les articles du NYT décrivent très bien le mécanisme du ghostwriting, notamment grâce à des copies de documents obtenus au cours de procès en cours.

Un laboratoire pharmaceutique « commande » à une officine spécialisée un article, par exemple une revue de la littérature, voire carrément un article scientifique.

L’officine rédige un brouillon et le soumet à l’approbation du laboratoire.

Une fois approuvé, l’article est soumis à un auteur, si possible prestigieux, afin qu’il y appose sa signature.

L’article signé est proposé à une revue, là aussi si possible prestigieuse.

La revue publie l’article, probablement rassurée, voire attirée par sa signature.

Ensuite, le service commercial a beau jeu d’inonder les médecins de fac-similés d’articles ventant les bienfaits de la molécule en question.

Dans cette histoire, le plus délicat est de savoir ce que fait exactement le signataire de l’article. Se contente-t-il de signer, ou participe-t-il vraiment à son élaboration? En général, et c’est le cas dans l’article du NYT, les auteurs se défendent en disant que leur apport à l’élaboration du texte s’est fait au cours de réunions, par exemple téléphoniques, et donc que leur travail n’est pas « visible » sur les documents internes des différents intervenants.

Mais il est très facile de comparer le brouillon écrit par l’officine et le papier final publié pour se faire une idée de qui a réellement fait quoi.

Les auteurs du  Health Blog précisent que l’industrie pharmaceutique a publié de nouvelles recommandations qui bannissent de tels agissements.

J’espère que ce ne sont pas des vœux pieux.

Malgré la litanie de scandales que j’égrène dans ces lignes depuis un peu plus de quatre ans et demi, je m’étonne encore une fois de plus du fossé qui sépare la réalité, de l’image profondément humaniste que l’industrie se façonne auprès des patients et des médecins.

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Medical Papers by Ghostwriters Pushed Therapy. By Natasha Singer. The New York Times. Published: August 5, 2009

Senator Moves to Block Medical Ghostwriting. By Natasha Singer.The New York Times. Published: August 19, 2009

Encore et encore…

Le NYT révèle ce matin une autre histoire de « Ghostwriting ».

Ce n’est pas la première affaire de ce type, ni la dernière.

Mais c’est simplement pour vous rappeler que les services commerciaux de l’industrie pharmaceutique pallient finalement assez souvent aux insuffisances des molécules sorties de leurs départements « Recherche et Développement ».

En toute convivialité, et toujours pour le bien de l’humanité, bien sûr.


Il faut faire confiance à l’industrie pharmaceutique.

L’industrie pharmaceutique nous veut du bien.

Il faut faire confiance à l’industrie pharmaceutique.

L’industrie pharmaceutique nous veut du bien.

Il faut faire confiance à l’industrie pharmaceutique.

L’industrie pharmaceutique nous veut du bien…


Photobucket©The Disney Company


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Medical Papers by Ghostwriters Pushed Therapy. The New York Times. By Natasha Singer. Published: August 5, 2009

Coup de torchon

Je comptais prendre quelques vacances pour ce blog, durant les 3 jours de cette fin de semaine du premier mai, mais l’actualité médicale est brûlante en ce moment.

Mais comme je n’ai pas non plus envie de commenter très longuement, je vais vous donner quelques clés pour que vous fassiez le travail à ma place.

Aux États-Unis, les articles traitant des relations entre les médecins et l’industrie pharmaceutique se multiplient. A chaque fois, la question des conflits d’intérêts se pose de façon plus ou moins aiguë.

Peut-on avoir un esprit impartial lorsqu’une partie de ses revenus (parfois, les sommes en jeu sont considérables) est assurée par l’industrie pharmaceutique ?

La question se pose lorsque le médecin est en face de son patient, en tête à tête, mais aussi lorsqu’il siège à une commission d’évaluation des médicaments, ou lorsqu’il fait un « topo » à ses pairs ou à des étudiants.

Je voudrais vous soumettre ces quelques articles que j’ai glanés ça et là, et dont j’ai déjà parlé pour certains:

  • Shelley Wood. Peeling the onion: Is more conflict of interest disclosure getting us closer to the truth?. theheart.org. [HeartWire > Features]; Apr 24, 2009. Accessed at http://www.theheart.org/article/963203.do on May 1, 2009.

  • Encore une histoire de ghostwritting, et encore pour le Vioxx, décrite en détail dans cet article: Lisa Nainggolan. Fresh questions raised about prominent cardiologist’s role in « ghostwritten » 2001 meta-analysis of Vioxx trials. theheart.org. [Clinical Conditions > Acute Coronary Syndromes > Acute coronary syndromes]; Apr 30, 2009. Accessed at http://www.theheart.org/article/965721.do on May 1, 2009.

Et en France ?

En apparence, toujours aucun problème.

Comme en 1986, le nuage radioactif s’est arrêté aux pieds des guérites de nos braves douaniers.

Le Formindep secoue le cocotier tant qu’il peut.

Mais je crois surtout que l’heure d’une quelconque introspection n’est pas encore venue.

Le décalage avec ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique n’en est que plus frappant.


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Hasard du calendrier, ce remarquable article a été publié très récemment, le 24 mars, pour être exact. Ce papier m’a rappelé une intervention, du même auteur, dans une autre revue scientifique de haut niveau en fin d’année dernière. (Je remercie celui d’entre-vous qui m’a signalé ces deux articles, il se reconnaîtra).


Mise en avant des dernières molécules, suspicion vis à vis des génériques. Cela ne vous rappelle rien ?

Je me suis demandé ce que Prescrire disait de cette molécule qui semble tant attendue:

Photobucket

La revue date de décembre 2007. J’ai donc essayé de voir ce qui s’est passé depuis.

Une revue de la Cochrane Library, plus récente, d’octobre 2008 ne débordait pas non plus d’enthousiasme.


J’ai donc fait une recherche bibliographique sur Pubmed pour retrouver quelle grande étude publiée entre cette date et maintenant pouvait justifier un tel engouement.

J’ai essayé de supprimer tous les articles qui n’étaient pas expérimentaux de la masse des papiers publiés depuis le premier décembre 2007, soient au total 143 articles avec l’équation de recherche suivante: (« 2007/12/01″[Publication Date] : « 3000 »[Publication Date]) AND (aliskiren). J’en ai donc finalement obtenu 22 ( (« 2007/12/01″[Publication Date] : « 3000 »[Publication Date]) AND (aliskiren) Limits: Clinical Trial, Meta-Analysis, Randomized Controlled Trial, Clinical Trial, Phase II, Clinical Trial, Phase III, Comparative Study, Controlled Clinical Trial, Multicenter Study, Validation Studies)

Bon, ils ne m’ont pas fait rêver (eux non plus), même pas les deux papiers de Circulation, ni celui du NEJM, mais tout cela est une question d’opinion.

Bien évidemment, il est tout à fait possible que j’ai loupé un papier important, dans ce cas, merci de me le faire savoir.

A l’issue de cette recherche, je ne retrouve aucun papier qui étudie la morbi-mortalité c’est à dire qui montre que ce produit diminue la mortalité ou diminue, je cite un « ..moment où elles [les artères] se bouchent. Moment très ­critique car à l’origine d’une crise aiguë : l’infarctus, l’accident vasculaire cérébral, ou l’insuffisance rénale… ».

Certes, diminuer la tension artérielle est bénéfique, et cette molécule ne semble pas extraordinaire de ce point de vue (image du monde), mais j’aurais quand même bien aimé qu’elle ait montré un bénéfice clinique tangible avant d’être ainsi mise en avant, promue, si j’ose dire, par un si grand monsieur de la cardiologie française.


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Enfin, je vous conseille vivement (cela ne concerne que les abonnés, malheureusement) de lire l’article du dernier Prescrire dont voici l’éditoral: De nombreuses pratiques anticoncurrentielles des firmes pharmaceutiques en Europe. Rev Prescrire 2009;29 (307): 385-388.