Fixed fortifications are a monument to the stupidity of man

Patton aurait eu ce jugement assez définitif sur les fortifications fixes.  De fait, la Ligne Maginot reste dans la conscience collective française un  colossal monument à la stupidité de  l’état-major et des politiques d’avant-guerre. Pendant que les allemands construisaient des panzers, nous, nous coulions du béton.

La comparaison des actualités de l’époque est toujours extrêmement cruelle pour notre armée. Pas besoin d’un service d’espionnage performant, il suffisait de regarder une seule Deutche Wochenchau diffusée avant guerre en première partie  des films dans les cinémas allemands pour se rendre compte que les choses allaient mal tourner.

Vous savez tous comment cela s’est fini: les allemands, nettement moins stupides que ce qu’on s’imaginait alors ont largement évité la ligne Maginot, ont fait capituler l’armée française en moins d’un mois et demi et se sont fait remettre les clés des ouvrages fortifiés à l’armistice. Les italiens qui étaient obligés de passer par d’étroites passes ont en général été arrêtés par la ligne Maginot qui, on le sait moins, se continuait jusqu’à la Corse. Ils se sont néanmoins aussi fait remettre les clés à l’armistice. Et ce n’est pas tout, à la fin de la guerre, les américains ont du déloger l’armée allemande de nos propres fortifications.

(Le blason de l’ouvrage du Hackenberg avec la fière devise de la ligne Maginot: On ne passe pas ici)

Bref, un échec quasi total. Restent le courage et le dévouement des troupes qui l’ont défendue et un patrimoine architectural militaire qui est très intéressant à visiter. En prévision de la ruée des forces du pacte de Varsovie, l’armée française a en effet méticuleusement entretenu certaines fortifications jusque dans les années 90. Des associations de passionnés ont alors pris le relai. Ce qui fait que les deux ouvrages que j’ai visités avec mes fils (Le Hackenberg et Sainte-Agnès) sont incroyablement bien préservés.

Voici quelques souvenirs de nos visites:

Cette tourelle fonctionne toujours parfaitement bien malgré ses presque 85 ans.

Un détail de l’ouvrage de Michelsberg, non loin du Hackenberg en Moselle.

L’entrée du Hackenberg

Une pièce d’artillerie et son transmetteur d’ordre.

Le petit musée et surtout le secteur sanitaire très sophistiqué du Hackenberg.

Les immenses couloirs du Hackenberg (10 km de galleries). La visite donne droit à une ballade en train électrique (qui servait à l’époque à transporter les munitions) qui est très sympa (mais glaciale: prévoir pulls et manteaux+++).

On passe à Sainte Agnès et sa vue grandiose sur Menton et la frontière italienne. La visite est nettement moins organisée et instructive qu’au Hackenberg, mais on a pu y voir des pièces non ouvertes au public au Hackenberg (comme le PC opérationnel). Prévoyez une lampe de poche et comme d’habitude des vêtements chauds.

Je n’en ai pas parlé, mais en dehors de la partie purement militaire, en elle-même déjà intéressante, on peut voir toutes les installations nécessaires à la vie d’un équipage (1100 au Hackenberg, 350 à Sainte-Agnès): les cuisines, les chambrées, les toilettes, l’épuration d’air, l’usine électrique…

Donc visites très intéressantes, notamment pour les ados…

L’an prochain, c’est décidé, ce sera Koubinka et son fabuleux musée de blindés (à moins que les garçons passent à une autre lubie d’ici là ;-))

Ivre, il a fini son labyrinthe…

Ça m’a pris pas mal de temps, mais finalement, pas tant que cela, mais j’ai terminé mon labyrinthe! L’orientation par rapport aux points cardinaux est la plus exacte possible. J’ai laissé les tracés préliminaires qui m’ont permis de créer une structure finalement très organisée.

J’ai beaucoup utilisé le croquis de Umberto Eco pour que chaque pièce ait son verset de l’Apocalypse. J’ai passé pas mal de temps là dessus car Eco écrit un peu mal et j’ai été obligé de googler de nombreux versets illisibles.

 Je n’avais pas écrit latin depuis le Lycée…

L’entrée du Finis Africae, pas de miroir dans Minecraft, dommage 😉

L’autel du Fons Adae

Ce dernier cliché, et la petite vidéo çi dessus se rapportent à ce passage:

Adso est alors pris d’hallucinations. Les herbes qui charbonnaient étaient probablement du chanvre. La dernière partie de la vidéo représente bien entendu l’entrée dans le Finis Africae, la découverte du deuxième livre de La Poétique d’Aristote et du fanatique Jorge. J’ai volontairement très peu éclairé l’intérieur du labyrinthe pour se rapprocher le plus possible de l’expérience des héros.

Petite ballade autour du Finis Africae, Hic sont Leones…

La vidéo permet bien de voir que le mot LEONES (les lions) est formé par la première lettre de chaque verset.

En faisant des recherches, j’ai trouvé d’autres foufous qui avaient transposé l’univers du Nom de la Rose dans Minecraft. Je suis notamment impressionné par le travail suivant qui a recréé l’ensemble de l’abbaye maudite:

Carryology 3

Cette fois, on va vraiment parler sacoche.

Certains ont remarqué que je n’utilisais pas la sacoche présentée dans Carryology.

De fait la première sacoche était une Original Briefcase de Filson, la seconde une 24h tin briefcase, de la même marque.

J’ai acheté l’une, puis l’autre, pour un tas de raisons toutes moins rationnelles les unes que les autres.
Elles sont à la fois semblable et différentes, et la philosophie de chaque sacoche est assez différente (oui, une sacoche peut avoir une philosophie, tout comme BHL).

La première est en serge de coton hydrofuge de 22 oz/sq yds soit environ 750 g par m². La serge est épaisse, très agréable au toucher. La finition externe est très pointilleuse: doublures de cuir, laiton poli, bandoulière en beau cuir avec une épaulette rembourrée. La finition intérieure est… réduite à son strict minimum. On y trouve des tas de rangements, mais l’intérieur n’est pas doublé. Il n’y a qu’une pochette externe (avec le fameux porte-clés).

La seconde est en serge de coton de 15 oz/sq yds soit environ 510 g par m². Donc en théorie plus légère, mais comme l’intérieur est doublé, on ne sent pas vraiment la différence. La grosse différence tient surtout dans le fait que le coton est totalement étanche car ciré, comme dans l’ancien temps. Filson offre d’ailleurs une boite de cire pour re-cirer le coton en cas de perte d’étanchéité. J’ai regardé des tutoriels sur le net, et le re-cirage s’apparente quasi à du loisir créatif pour quelqu’un qui ne saurait pas occuper ses journées.

Les finitions extérieures sont techniquement parfaites et solides comme le roc (comme tous les produits Filson, paraît-il), mais nettement plus frustres. Peu de cuir, laiton non poli, bandoulière en coton brut.

Par contre, il y a 2 grandes poches avec fermetures éclair, avec à l’intérieur encore des rangements, avec une poche elle aussi fermée par une autre fermeture éclair. Je note aussi l’existence de 2 autres poches « à ciel ouvert » et d’une pochette très pratique pour y mettre rapidement des papiers (avec le fameux porte-clés).

L’intérieur est doublé de partout par un épais tissu protecteur, avec là aussi des tas de rangements. On pourra idéalement y mettre un MacBook (Air pour moi), iPad, livres, vêtements…

La première sacoche est plutôt faite pour la ville et les réunions plus ou moins formelles. La seconde est faite pour se rouler dans la boue sous la pluie (ce que je n’aurais jamais l’idée de faire avec ou sans une sacoche).

Les deux ont des qualités et des défauts. Le mariage cuir/tissu de la première est somptueux. La cire et l’épaisseur moindre de la serge de la seconde rendent son contact moins agréable, presque humide je dirais. La seconde a un intérieur nettement plus fini et protecteur et des poches externes à ne pas savoir quoi en faire.

Aucun regret d’avoir acheté les deux, même s’il m’est impossible de me balader avec les deux en même temps. La qualité de fabrication est bien telle que ce que les utilisateurs de ces produits décrivent sur des forums d’aficionados de la marque. Je suis tombé un jour sur un témoignage d’un type qui dit avoir fait l’Afghanistan comme officier de renseignement. Il a bourlingué avec sa sacoche de partout, l’a jetée à l’eau, a transporté des munitions avec… Vraie ou pas, l’histoire m’a fait sourire et représente bien l’attachement des propriétaires de Filson.

L’Original Briefcase est à 325UD$, la 24h tin Briefcase est à 395US$ sur le site de Filson. Les prix européens conseillés par la marque sont totalement délirants (389€ et 489€). Je vous avais déjà conseillé un site français qui pratique des prix plus raisonnables. Je vous conseille de faire le tour des boutiques en ligne, notamment en Grande Bretagne où la livre est faible (pour l’instant?), et surtout y attendre les promotions qui peuvent atteindre 30-50%.

Carryology 2

J’ai entendu dire IRL et sur la toile que mon premier billet avait inspiré l’achat de sacoches. Je trouve ça plutôt rigolo. Ma carrière de cardiologue blogueur va se finir en celle de blogueur mode. À moi les articles sponsorisés et les produits gratuits en échange d’une note dithyrambique. Bon, c’est trop tard, les blogs, dont le mien, sont moribonds depuis quelques temps déjà. Il faudrait que je nourrisse mon compte Instagram pour parler de réadaptation ou de biostatistiques (on ne peut pas, n’importe quel texte de plus de 1 ligne sans hashtag rebute tout lecteur maintenant)…

Tout cela me fait penser que je n’ai plus le temps et/ou le punch et/ou la liberté d’écrire sur ce blog. Parfois les trois à la fois. Pourtant il y aurait des choses à dire, en cardio, en médecine, sur la toile…

Même sur Fillon.

J’ai failli écrire une note sur lui un soir où l’énormité de la situation que nous vivions avait dépassé mon absence quasi totale d’idéologie politique. Et c’était il y a très très très longtemps à l’aune de la folle succession des scandales fillonnesques (c’était la semaine dernière). Très curieusement, son comportement a fédéré les gens avec qui je discute. En général, avant une élection de cette importance, les gens sont assez arc-boutés sur leurs opinions et il n’est pas très simple d’initier sereinement une conversation politique, chez le coiffeur, ou parfois en fin de consultation quand le plus important a déjà été dit… Là, « on » en parle sereinement et la consternation est générale, quel que soit le bord politique de l’autre. On ne dit plus pour qui on vote (ceci étant fait après moult -adjectif invariable, je viens de vérifier- approches prudentes), mais on demande plutôt à l’autre pour qui il va voter, comme un conseil. Ce qui est totalement fou. J’ai l’impression que personne ne sait pour qui voter. Nous en sommes même au delà du « pour le moins pire ». Si, comme je l’espère très fort, Fillon se fait éjecter dès le premier tour, notre démocratie en sortira meilleure, car les votes auront clairement envoyé un signal fort aux politiques: nous ne tolérons plus les magouilles. Dans le cas inverse, et bien, nous aurons les hommes politiques que nous méritons et nous n’aurons plus le droit de nous plaindre. Indépendamment de cela je suis horrifié de constater que si toutes ces affaires n’étaient pas sorties, j’aurais très vraisemblablement voté pour un candidat dont j’ignorais tout des liens avec la droite catho, la manif pour tous… Pas bien, il va falloir qu’un jour je m’intéresse un peu plus à la vie politique de notre pays.

Bon, cette note part en roue libre, mais ce n’est pas plus mal. En la commençant, je comptais parler sacoche, et j’écris sur Fillon. Il en a reçue une en cadeau? De qui? Joaquín Guzmán? Pour vous éviter de chercher qui c’est, son article Wikipedia est .

Dernier aparté -nom masculin, je viens aussi de vérifier- avant de parler un peu du sujet de la note, ça fait un bien fou d’écrire. La discipline obligeant à se structurer et à synthétiser un sujet avant d’écrire (ce qu’ironiquement je ne fais pas du tout en ce moment car je ne sais pas de quoi je vais parler ensuite) me manque énormément. La note sur le sel dans les aliments est typique de ce j’aime faire, et la dernière avant elle date… de Mathusalem.

Bon, j’ai donc acheté une sacoche Filson, très américaine, mais ce que vous ne savez pas…

Et Trump?

Pour me détendre entre deux scandales Fillon, je lis avec avidité les torrents d’articles publiés par le NYT et le WaPo. Leur prédiction de la victoire de Hillary m’a évidemment beaucoup déçu. Je me suis alors rendu compte que ces deux monuments du journalisme mondial qui relèguent notre Monde au niveau de La Provence (supplément week-end) ne voyaient que par/pour une toute petite communauté d’américains. Ils n’ont rien vu venir des aspirations d’une bonne partie de leurs concitoyens. Même si Trump n’a pas gagné en nombre absolu de votes, j’ai été très déçu de leur manque de clairvoyance. Alors bien sûr, mortifiés comme ils l’ont été, ils tapent maintenant comme des sourds sur Trump et son administration. Et en face, la cible est facile tant ces derniers paraissent être clownesques et/ou incompétents. La critique politique est facile, et les humoristes en font des tonnes (je vous conseille la série de sketchs de  Melissa McCarthy sur Sean Spicer), mais que cette folie est triste pour cette si grande nation… Je vous suggère de lire/relire 1984 de Orwell. En effet, les conférences de Sean Spicer sont en grande partie en Novlangue (maintenant, ça s’appelle les alternative Facts ou la Post-truth). Trump vient de subir un échec historique devant le Sénat en  tentant de réformer le Patient Protection and Affordable Care Act. Tant mieux pour les plus démunis, mais que va encore sortir ce clown? Je ne serai pas surpris que les séries US en cours de tournage, et les futures ne délaissent leur habituel immense respect de la fonction présidentielle pour une peinture acide, cruelle, ridicule de cette dernière. Je ne vois pas Jethro Gibbs risquer sa vie pour Trump dans la prochaine saison.

Pardon de l’interruption d’écriture (que vous n’auriez pas remarqué si je ne vous l’avais pas dit), mais je viens de réserver un billet pour aller voir l’expo Vermeer. Merci à @edouriez de m’y avoir fait récemment penser.

Revenons à nos moutons.

Donc ce que vous ne savez pas, c’est que…

Bon, l’heure a tourné, je dois préparer à dîner pour mes fils. Je terminerai cette note une prochaine fois (ou pas).

Batrachotoxine et indiens Emberà (rediffusion du 30/11/2008)

Hier, j’ai regardé en pointillé un reportage sur les indiens Sakuddei qui vivent sur une île recouverte d’une forêt primaire au large de l’île de Sumatra.

Je ne suis pas un ethnologue dans l’âme, et le reportage n’a commencé à m’intéresser que lorsqu’il s’est intéressé à la fabrication des fléchettes empoisonnées pour sarbacanes.

Depuis tout petit, l’utilisation de poison, le plus souvent un alcaloïde végétal, pour la chasse, m’a toujours fasciné.

Le plus connu de ces poisons est le curare que nos amis anesthésistes utilisent larga manu.

J’ai donc un peu surfé sur la toile et je suis tombé sur un poison encore plus fascinant que le curare, la batrachotoxine.

Il s’agit encore d’un alcaloïde, mais animal toutefois. L’étiologie nous indique de quel animal il s’agit : βάτραχος, batrachos, batracien, grenouille.

Pour être plus exact, des grenouilles de la famille des dendrobatidae et notamment les phyllobates.

Je ne connais pas grand-chose dans les grenouilles, mais ce sont celles qui ont des couleurs vives qui « préviennent » les autres animaux de leur extrême dangerosité.

capture-decran-2017-01-01-09-56-22Dendrobates azureus.

Wikipedia précise même que cette stratégie d’annoncer la couleur, en somme répond du joli nom d’aposématisme.

Ces charmantes bestioles n’habitent pas du tout à Sumatra, mais dans la région frontalière entre le Panama et la Colombie.

La plus toxique d’entre elles a été nommée Phyllobates terribilis, et elle n’a été décrite qu’en 1978. Les indiens Emberà, qui habitent justement le coin utilisent son poison pour chasser.

capture-decran-2017-01-01-09-57-07Phyllobates terribilis.

Ils manipulent sans le savoir un des produits naturels les plus toxiques au monde. La dose létale estimée chez l’humain est de 1 à 2 microg/Kg.

Cet alcaloïde est neurotoxique et cardiotoxique.

Ils frottent leurs fléchettes contre le dos des grenouilles, là où se trouvent les glandes qui secrètent le poison. Contrairement à d’autres tribus voisines qui utilisent d’autres grenouilles que la P. terribilis, la létalité de sa toxine est telle que les Emberà n’ont pas besoin de la « torturer » pour lui faire fabriquer plus de substance. Ils les manipulent avec précaution, à travers des feuilles coupées, pour éviter de les toucher.

capture-decran-2017-01-01-09-57-21Un indien frotte sa fléchette sur le dos d’une P. terribilis en évitant tout contact direct. Source: Myers et coll.

Myers raconte qu’un chien est mort après avoir joué avec des gants usagés ayant servi à la manipulation d’amphibiens.

Par contre, une phyllobate ou une dendrobate née et élevée en captivité ne va pas sécréter de toxine. Le mystère n’a été partiellement dévoilé qu’en 2004, ou l’on a découvert que ces grenouilles concentraient la batrachotoxine à partir d’un coléoptère de la famille des Melyridae dont elles se nourrissent, et qu’elles ne trouvent bien entendu qu’en pleine jungle.

Comme la toile est grande, j’ai trouvé un lien qui mène directement à la publication princeps sur l’utilisation de la toxine de notre gentil batracien. J’ai sauté allègrement sur les premières pages de cet article qui en compte 72 pour lire les deux dernières parties qui se lisent très bien : « Utilization of Frogs for Dart Poisoning » et « Blowgun and Dart Fabrication ». J’y ai découvert des notions qui paraissent incroyables pour quelqu’un vivant dans notre société industrialisée ou l’immédiateté est devenue une fin en soi.

La fabrication de la sarbacane, de son carquois et des fléchettes prend environ 12 jours. La sarbacane, qui peut paraitre un objet frustre est en fait l’aboutissement d’un processus de façonnage et d’assemblage incroyablement complexe, avec notamment la confection d’une colle ou d’une résine qui va la rendre imperméable.

capture-decran-2017-01-01-09-57-37Les fibres végétales fixée à l’arrière de la fléchette servent à optimiser la poussée de l’air. Source: Myers et coll.

Ils sont forts ces indiens, c’est ce que je me suis dit. Mais bon, à côté de biochimistes intuitifs brillants, on trouve aussi des bras cassés de la pire espèce.

Vous pourrez en juger en lisant la composition de cette autre poison utilisé dans un tribu des Andes : sève d’arbre, serpents, fourmis, araignées, sang menstruel et testicules humain macérés. Miamm, santé ! L’utilisation de fléchettes empoisonnées contre d’autres hommes, au cours des guerres tribales est rare, voire mal vue. Cela explique pourquoi les chroniqueurs espagnols ne mentionnent qu’à peine leur utilisation guerrière. Mais les Emberà semblent moins choqués par cette utilisation. Myers relate ainsi un fait-divers de 1977 au cours duquel un homme frappé par une fléchette s’est écroulé mort, après une course de quelques centaines de mètres.

Voilà, c’était ma petite contribution pour le centenaire de Claude Lévi-Strauss, dont je n’ai encore rien lu.

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Myers C.W., Daly J.W., Malkin B.: A dangerously toxic new frog (Phyllobate) used by Emberá Indians of Western Colombia, with discussion of blowgun fabrication and dart poisoning. Bulletin American Museum Nat History, New York, 1978; 161: Article 2, 311-64.

Liens intéressants sur la toile :

La thèse de Benjamin Guillon, un vétérinaire, sur les dendrobatidae.

BATRACHOTOXIN…or, just touch me and you’re dead.

The True Poison-Dart Frog: The Golden Poison Frog Phyllobates terribilis. (lien mort)

John P. Dumbacher et coll. Melyrid beetles (Choresine): A putative source for the batrachotoxin alkaloids found in poison-dart frogs and toxic passerine birds. PNAS November 9, 2004 vol. 101 no. 45 15857-15860.

JOHN W. DALY. The chemistry of poisons in amphibian skin. Proc. Natl. Acad. Sci. USA. Vol. 92, pp. 9-13, January 1995

Dart Poison Frogs and Their Toxins. (papier intéressant, car le promoteur en est… une école de santé militaire tchèque. J’espère que l’on est encore copains avec eux !)

La mayonnaise ne prend plus

Je suis tombé sur une autre histoire croquignolesque venue tout droit de la Silicon Valley.

Cette fois, contrairement au scandale Theranos, la vie des gens n’est pas en danger (seulement leur amour propre), nous pouvons donc rire de bon cœur à la farce.

Il était une fois, un jeune et brillant entrepreneur qui-en-voulait, Josh Tetrick  et qui-voulait-changer-le-monde-en-le-rendant-meilleur. Bref, comme Bernadette Soubirous et l’inventeur de la gélule qui prend la température corporelle, il a eu, comme on dit gentiment, une vision.

Sa vision était donc de rendre le monde meilleur en se passant de protéines animales, autrement dit sa religion était le végétalisme.

Loin de se contenter de manger des légumes, il crée sa start-up, Hampton Creek, pour commercialiser des produits sans protéines animales et sans gluten en 2011 et se nomme dans la foulée CEO.

Petit aparté, dans la e-santé franco-française, même si on s’appelle Régis Toutpetivier (les marseillais comprendront), que sa start-up n’emploie que 0.47 ETP, et qu’on a inventé le iDoigts (non encore commercialisé), il est de bon ton de se parer du titre tellement Silicon Valley de CEO. Sinon on est un blaireau. Vous ne me croyez pas?

Si en plus, on est founder, on touche à l’extase masturbatoire.

Those truly inspirational wisdoms come from our CEO and Founder, Régis Toutpetivier.

grange-blanche-ceo

Revenons à notre laine (pas de protéines animales, on a dit).

(on me dit dans l’oreillette que la laine, c’est de la kératine, une protéine, et du suint. Bon OK. Disons alors que c’est de la laine dé-protéinée, sans gluten et sans cholestérol)

Josh Tetrick emprunte 500000 dollars et commence à fabriquer et commercialiser de la mayonnaise sans soja, sans produit laitier, sans œuf, sans lactose, sans cholestérol, sans OGM et sans gluten (je n’invente rien).

Comme dans la Silicon Valley, tout être humain qui se respecte un tant soit peu est à la fois CEO and Founder, et végétalien/allergique au gluten (Elizabeth Holmes ne se nourrit que d’un breuvage vert, habillée d’un pull à col roulé), notre entrepreneur développe sa start-up de manière exponentielle.

celiac(Source)

Son pitch est rodé.

Sa start-up va rendre le monde meilleur en:

  • diminuant la consommation d’eau et les émissions de CO2
  • améliorant la condition animale en faisant disparaître l’élevage
  • améliorant la santé des consommateurs en leur proposant des produits composés de rien de nocif
  • luttant avec courage contre les gros méchants de l’industrie alimentaire (comme pour lui donner raison, ces idiots de Unilever lui ont fait un procès ridicule sur le droit d’utiliser le terme mayo/mayonnaise)
  • promouvant les végétaux non-OGM
  • et enfin, surtout, en le rendant plus cool

Les ventes grimpent, l’argent des investisseurs (les fameux VC) afflue, et sa société est admirée par des gens tous plus cools les uns que les autres:

Un chef très connu prédit  même en 2013 que Josh Tetrick sera Prix Nobel:

Mark my words, HCF founder Josh Tetrick will win a Nobel Prize one day. You heard it here first.

Les articles dithyrambiques pleuvent (une très fine analyse de la cécité constitutionnelle de la presse « tech » et des professionnels de la profession est donnée par cet article de Vanity Fair).

En plus de célébrités en vue, de chefs très connus, Josh peut compter sur une base de fans inconditionnels qui font la promotion de ses produits sur les réseaux sociaux, dans les commentaires des magasins en ligne, et dans la vraie vie en faisant goûter sa mayo aux clients des supermarchés. Il nomme ces fans des Creekers.

Tout va tellement bien pour Josh, que malgré son jeune âge (5 ans), Hampton Creek, est en passe d’accéder au statut enviable d’unicorn (ou licorne pour les blaireaux qui parlent encore français dans le milieu).

Et puis…

Quelqu’un s’est mis à réfléchir par lui même et à creuser l’histoire. Un peu comme John Carreyrou pour Theranos, des journalistes de Bloomberg ont commencé à se poser des questions. En réfléchissant, on trouve, et ils en ont trouvé des vertes et des pas mûres… L’article de Bloomberg est excellent, je l’ai largement paraphrasé.

Pour faire court, Hampton Creek aurait (une enquête du FBI est en cours) demandé à ses Creekers d’acheter à son compte et en toute discrétion des centaines de pots de mayo en supermarché pour gonfler les ventes et ainsi mieux attirer l’argent des investisseurs.

Ces achats, retrouvés sur les livres de compte de la start-up auraient représenté près de 1.4 millions de dollars sur 5 mois en 2014 alors que les ventes de mayo, sur la même période furent de… 1.9 millions de dollars (!).

Les Creekers, tous dévoués à la « cause », ont acheté des kilos de mayo et ont commencé à la stocker après avoir inondé leurs amis, voisins, organismes caritatifs, hôpitaux…

La photo suivante, prise par un Creeker à son domicile, et tirée de l’article de Bloomberg est tout simplement grandiose:

mayo-tableAu début, Hampton Creek leur a présenté ces achats comme des contrôles qualité, puis comme des achats cachés au profit d’un service de restauration souhaitant rester discret…

Autant vous dire que les Creekers, après avoir lu l’article de Bloomberg sont assez remontés…

Ce sont devenus des verts, verts de rage.

Theranos, hampton Creek, un peu la même histoire…

Certains plaisantins se sont faits un plaisir de mêler les deux:

Notre Monde est un peu fou, non?