À travers le miroir

Pour moi, l’art, notamment contemporain est un miroir tenu à bout de bras par l’artiste, et dans lequel nous nous reflétons, ce qui nous permet en retour de… réfléchir. Une œuvre va autant nous enrichir que nous l’enrichissons. Si il n’y a rien à refléter, et bien… on ne voit rien.

L’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire.

Pierre Soulages

J’ai vu passer récemment deux séries photographiques qui illustrent cela de façon humoristique.

La première, People matching Artworks, est du photographe Stefan Draschan. La seconde est une sorte d’oeuvre collective de gens qui se sont trouvés des jumeaux dans des oeuvres d’art.

Parfois, aussi, c’est le créateur qui ne fait qu’un avec ses créations…

(Source)

Blade Runner 2049

Quel choc, ce Blade Runner 2049…

Par quoi commencer?

D’abord par la critique dithyrambique du NYT qui m’a donné envie de le voir, et de le comparer à celui de 1982, et l’analyse d’une scène du film par Denis Villeneuve.

Ce film est très différent de celui de Ridley Scott, et c’est ma seule critique, il est bien trop lumineux. Pas tant l’ambiance qui reste crépusculaire, mais une fois le film achevé, toutes les cartes de Villeneuve sont abattues. On sait tout, pas besoin de réfléchir bien longtemps, on peut même y discerner une suite, du genre Blade Runner 2049-2, la guerre des Réplicants. Le film de Ridley Scott, lui, reste insondable malgré les années, les multiples visionnages et lectures d’analyses. Pourquoi Gaff fait un origami de licorne en 1982 (une référence au rêve de Deckard qui serait le signe que ce dernier est un Réplicant?)? Personne ne sait. Pourquoi Gaff fait un origami de mouton en 2017? Parce que le roman de Philip K. Dick a pour titre original Do Androids Dream of Electric Sheep? Moins profond, beaucoup moins.

J’ai craché mon venin. Les inventions visuelles de Villeneuve sont époustouflantes, dignes de celles du film de 1982 qui a inspiré par la suite des centaines d’oeuvres, notamment dans la mode. L’hologramme qui partage la vie de l’officier K est époustouflante, ainsi que le dispositif qui permet à Wallace de « voir ». Mais il y en a tellement d’autres: les publicités holographiques, les spinners Peugeot (mouhahaha)…

Le scénario tient la route, ce n’est pas du Besson. On y trouve beaucoup de questionnements subtils sur l’identité, la solitude, la technologie, ce que signifie être parents, l’aliénation, l’avenir d’une terre de plus en plus polluée, les laissés pour compte de la croissance…

Harrison Ford joue et rejoue encore son rôle du vieux-connu-qui-revient-avec-son-sourire-mythique (mais il le fait très bien, je n’aurais pas été étonné qu’il ait prénommé son chien Chewie). Gosling est parfait, les autres aussi.

Les allusions au film de 1982 sont un peu lourdaudes (ça se dit, je viens de vérifier), j’aurais aimé plus de finesse, et aussi que ce film qui a ses propres qualités coupe le cordon ombilical. Mais comme dans la série Star Wars, si 1/3 du film ne rappelle pas les 3 originaux mythiques, on risque de décevoir les fans et de faire moins d’entrées. Devinez quel sera le but du prochain Star Wars? Faire exploser une étoile/station spatiale, bien sûr!

Bref, j’ai adoré, et je pense que je vais le revoir…

Exposition David Hockney

Je suis finalement allé voir l’expo David Hockney au Centre Pompidou. Je connaissais de lui Portrait of an Artist (1972) et A Bigger Splash (1967):

A Bigger Splash 1967 David Hockney born 1937 Purchased 1981 http://www.tate.org.uk/art/work/T03254

Mais comme toujours, une rétrospective permet d’admirer l’évolution du travail d’un artiste sur des décennies, depuis les années 50 pour Hockney. Son oeuvre immense est sans cesse en mouvement.

Je n’aime pas tout, loin de là. Je n’aime pas sa période « fauve » notamment. Ses portraits du début des années 70 sont marquants, par contre.

Mr and Mrs Clark and Percy 1970-1 David Hockney born 1937 Presented by the Friends of the Tate Gallery 1971 http://www.tate.org.uk/art/work/T01269

Mais  je reste sur ma préférence de Portrait of an Artist. J’ai trouvé deux ou trois textes (ici, ici et ici) qui racontent la genèse de cette oeuvre. Parfois, j’ai été déçu de « voir en vrai » une oeuvre, parfois, j’ai été fasciné. Ici, j’ai trouvé l’oeuvre touchante car en tournant autour, et grâce à la lumière rasante des projecteurs j’ai pu remarquer des imperfections des bavures, de nombreux repentirs. C’est tout ce que l’on ne voit pas sur une reproduction. L’harmonie des couleurs et le rendu de la végétation sont éblouissants.

Bon, ce n’est pas ma meilleure expo, celle de Lucian Freud reste pour l’instant hors d’atteinte, mais elle elle m’a permis de découvrir que Hockney n’était pas que le peintre figuratif un peu paresseux que j’imaginais.