Lucian Freud

Lors de la visite de la collection Ishibashi, j’ai discuté de Lucian Freud avec l’ami qui m’accompagnait. Ça m’a donné envie de redécouvrir ce peintre dont j’ai eu la chance de voir l’expo à pompidou en 2010. À l’époque, j’avais beaucoup aimé le Portrait of Baron H. H. Thyssen-Bornemisza et Two Japanese Wrestlers by a Sink.

Pour découvrir ce peintre, je propose de regarder ce fabuleux numéro de Grand’Art de Hector Obalk, avec en fond sonore quelques mesures des Suites pour violoncelle.

Expositions

J’ai profité de mon séjour parisien pour aller voir quatre expositions entre et après mes cours de DIU.

Ma préférée est sans conteste « La peinture américaine des années 1930. the Age of Anxiety » qui se déroule au musée de l’Orangerie jusqu’au 30/01/2017.

Je n’avais pas prévu de la voir, mais la présence aux murs de American Gothics a fait changer mes plans. L’exposition se concentre sur l’effervescence artistique provoquée par la grande crise de 1929. La remise en question totale de la société américaine dans les suites de l’euphorie de la victoire de 1918 et la décennie d’incroyable, inégalitaire et artificielle prospérité qui a suivi a profondément troublé le milieu artistique américain. En quelque sorte, la crise a américanisé l’art du Nouveau Monde qui puisait jusqu’alors son inspiration dans la vieille Europe et Paris en particulier. Certains artistes ont voulu montrer le bout du tunnel, d’autres dénoncer les injustices sociales et raciales. Tout cela est clairement exposé.

grant_wood_-_american_gothic_-_google_art_projectAmerican Gothics. Grant Wood

american-gothicLa sœur et le dentiste de Grant Wood, qui ont servi de modèles (Source)

american-justiceAmerican Justice. Joe Jones

cow-s-skull-with-calico-roses Cow’s Skull with Calico Roses. Georgia o’Keeffe.

Sheeler, Charles

American Landscape. Charles Sheeler

La valeur de cette exposition repose aussi beaucoup sur la qualité des œuvres exposées qui sont rarement ou très rarement présentées en Europe. J’ai pu voir Edward Hopper, Grant Wood, Georgia o’Keeffe, Jackson Pollock, plus de nombreux que je ne connaissais pas avant.

American Gothic ne m’a pas déçu. J’ai passé du temps à admirer tous les détails minutieux de cette icône de l’art américain qui a été détournée des milliers de fois. J’ai aussi beaucoup aimé d’autres œuvres de Grant Wood que je ne connaissais pas du tout en dehors de son chef d’œuvre.

grant_woods_daughters_of_revolutionDaughters of Revolution. Grant Wood.

Les œuvres de Georgia o’Keeffe m’ont moins touché, malgré la relation dans mon esprit avec un épisode de Breaking Bad.

Enfin, pour ne rien gâcher, l’expo permanente du Musée de l’Orangerie est de toute première qualité, notamment la collection Jean Walter et Paul Guillaume. Les Nymphéas, par contre, ne m’ont fait ni chaud ni froid.

Deuxième expo, Guerres secrètes aux Invalides. Rien de fou dans cette expo que j’ai un peu parcouru au pas de course. J’ai repéré quelques documents/objets intéressants.

hitlerLa fiche des renseignements français sur un certain Adolf Hitler, « le Mussolini allemand », qui commençait à faire parler de lui.

homicideVous vous demandiez à quoi ressemblait une « fiche Homo« ? Il y a quelques années, j’ai croisé un vieux patient qui était un tueur chargé d’assurer ces assassinats d’État. Cette fiche m’a fait penser à lui. Il ne m’a rien dit de croustillant, hormis que le sous sol du Bois de Boulogne avait servi de dernière demeure à pas mal de monde…

lawrenceleeLe fabuleux Lee-Enfield de Lawrence d’Arabie, cadeau du Prince Fayçal.

aumonierla lettre d’un aumônier à un agent de la Résistance qui se posait des questions sur la moralité d’un suicide en cas de capture.

Troisième expo, la collection Chtchoukine à La Fondation Louis Vuitton.

Quelle fantastique expo, mais une telle foule que cela en tue tout le plaisir.

img_3940Emporté par la foule…

img_3952L’espagnole au tambourin. Henri Matisse.

Le grand Serguei avait « l’œil » (et les moyens) pour accumuler une telle collection. J’admire ces personnes (autre exemple, Jean Planque) qui sont capables de reconnaître la grandeur d’un peintre ou d’une œuvre. Pourquoi cette toile et pas cette autre… Ça reste le mystère fondamental de l’Art. Sinon, la Fondation Louis Vuitton, bof bof, mais je suis pas très objectif, je ne suis pas un fan de la marque.

Dernière expo, qui est pas mal du tout: l’exposition Picasso-Giacometti au Musée Picasso. Le but de la présentation est de montrer le dialogue entre les deux artistes. J’ai découvert deux choses. La première que Giacometti était un formidable peintre, la seconde que le chien de Giacometti était en fait le lévrier afghan de Picasso. J’ai aussi beaucoup aimé la collection permanente.

img_3998Autoportrait de Giacometti, il avait 20 ans…

img_4001Diego debout dans le salon à Stampa. Alberto Giacometti (à l’âge de 21 ans)

filletteMais difficile de battre la précocité de Picasso qui a peint cette fillette aux pieds nus à l’âge de … 14 ans.

chien levrierLe chien de Giacometti et son modèle…

img_4008Travail préparatoire. Picasso

cannes img_4005 img_4006Quelques beaux Picasso.

Il faut bien dire que Picasso écrase un peu (beaucoup) Giacometti. Certes, il est « chez lui », mais Giacometti que j’aime pourtant beaucoup fait un peu pâle figure en comparaison.

nappe Giacometti griffonnait un peu sur tout, ici une nappe en papier.

Ça m’a rappelé une anecdote (probablement fausse) sur Picasso. L’artiste, alors célèbre, avait fait un bon repas avec des copains tout en griffonnant sur la nappe. Le restaurateur, apportant l’addition propose à Picasso de signer son gribouillis au lieu de payer la note. Picasso aurait répondu: si je signe, ce n’est pas le repas que je paye, mais le restaurant que j’achète…

img_0771Ce cliché de Cartier-Bresson, pris dans l’atelier de Giacometti ne fait pas partie de l’exposition, mais c’est l’une de mes photos préférée. Alberto ne fait plus qu’un avec son art.

J’ai failli aller voir l’expo Cy Twombly pour essayer au-delà de mon indifférence totale, mais la queue devant le Centre Pompidou m’a refroidi (probablement pour l’expo Magritte).

img_4033Ceci n’est pas une queue…

Pour finir, quelques clichés pris ça et là dans Paris.

img_4042triptyqueimg_3985larib montmartre ors pharmacie pigalle sommeil beurre cgt ginko goldenberg

La Disparition

Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification. Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou.

Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu’un glas, plus sourd qu’un tocsin, plus profond qu’un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait. Sur l’abattant du vasistas, un animal au thorax indigo, à l’aiguillon safran, ni un cafard, ni un charançon, mais plutôt un artison, s’avançait, traînant un brin d’alfa. Il s’approcha, voulant l’aplatir d’un coup vif, mais l’animal prit son vol, disparaissant dans la nuit avant qu’il ait pu l’assaillir.

La Disparition-Georges Perec

JR6

JR au Louvre

In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes

Internet a permis à la prédiction de A. Warhol de se réaliser fractalement. J’ai trouvé deux histoires qui tournent pas mal en ce moment, et qui ont apporté la célébrité à leurs protagonistes.

La première est cette maman du Texas, prise d’un fou rire communicatif, lorsqu’elle déballe et joue avec un masque de Chewbacca. La vidéo a été vue 150 millions de fois et a fait l’objet d’un article du NYT. Le succès de cette vidéo tient à l’immense spontanéité du moment, sa bonne humeur communicative, l’absence totale d’artifices et aussi par l’emballement social et médiatique qui l’amplifie.

Facebook et Kohl’s se sont empressés d’accompagner le mouvement en déversant sur la famille une pluie de cadeaux pour cette dernière société. Là, on tombe dans le Disney, et c’est déjà un peu moins spontané…

Je trouve la seconde histoire plus intéressante car elle mêle deux sujets qui m’intéressent, l’art contemporain et… les lunettes. Deux copains visitent le SFMOMA. Ils s’interrogent alors sur la nature de l’art contemporain en découvrant certaines installations qui leurs paraissent moches, triviales, vides de sens, bref un aperçu de la majorité des pièces de la collection permanente du MAC. L’un d’eux place alors ses lunettes au sol…

La blague n’est pas spontanée car j’ai cru comprendre qu’ils avaient apporté et collé au mur un petit bristol, mais la réaction du public est intéressante. Il faut porter des lunettes de vue pour comprendre toute la tragique fragilité contenue dans cette paire posée au sol. Là aussi, l’histoire a fait un beau buzz avec notamment deux articles dans le Guardian (ici et ici) et dans BuzzFeed. La plupart des articles sont ironiques: Ah, les cons, ils ont pris des lunettes au sol pour de l’art… Une installation devient une œuvre d’art lorsqu’elle nous fait réfléchir et nous réfléchit. On pense bien sûr au Ready Made de Duchamp. C’est finalement très individuel, et une œuvre devient un chef d’œuvre lorsque qu’elle fait réfléchir et réfléchit un grand nombre d’individualités. Ces lunettes m’évoquent la fragilité, sont un pied de nez à l’art contemporain, et valident la géniale prédiction de Warhol. Elles méritent à mon sens amplement leur place au SFMOMA.

En écrivant cette note, j’ai découvert une autre œuvre d’art, « Left out » de Maxwell Rushton, remarquable et dramatique celle-là, par l’absence de réaction de la plupart des gens. Une parfaite réflexion de/sur notre société:

(merci à Golem13 de me l’avoir faite découvrir)

Un mystère de moins…

Hier, premier avril, j’ai compris une chose totalement triviale, mais qui n’a cessé de m’intriguer depuis 7 ans. Enfin, j’exagère un peu, c’est quelque chose qui m’avait surpris il y a 7 ans, et que je viens de comprendre grâce à… Google.

Rembobinons la bande.

Il y a 7 ans, le 18 juin 2009 pour être exact, évènement considérable, un groupe français, Phoenix se produisait chez David Letterman:

A la fin de la prestation, Thomas Mars balance son micro à terre (à 3’26). Je me suis longtemps demandé ce que signifiait ce geste: signe de mécontentement, arrogance, fatigue…

Les années passent jusqu’à hier ou Google plante lamentablement un poisson d’avril nommé « Mic Drop ».

Et là, tout c’est éclairé…

Pour en savoir plus: Mic Drop-know your Meme.

Le musée Soulages à Rodez

J’ai tweeté quelques photos sur ma visite du musée Soulages à Rodez, mais j’ai voulu faire une note pour rassembler les photos et un peu parler du musée.

Cela faisait quelques années que je voulais visiter ce musée, mais il faut bien le dire, Rodez est un peu loin de tout et il n’est pas si simple d’y organiser un séjour. Je vous refile le tuyau que l’on m’a donné sur twitter, n’hésitez pas à séjourner à La Ferme de Bourran à Rodez. Le quartier autour est assez peu avenant mais la chambre, l’accueil et le petit-déjeuner furent formidables. En plus c’est à 15-20 minutes du musée, à pied.

Soulages1Le musée, regroupe la plus grande collection au monde d’œuvres de Pierre Soulages, qui a participé à sa création et sa dotation. Le peintre du noir m’a toujours un peu questionné, d’autant plus que les reproductions de ses œuvres, même dans les plus luxueux des catalogues, me semblent totalement non réfléchissantes. Pour moi, l’art, notamment contemporain est un miroir tenu à bout de bras par l’artiste, et dans lequel nous nous reflétons, ce qui nous permet en retour de… réfléchir. Une œuvre va autant nous enrichir que nous l’enrichissons. Si il n’y a rien à refléter, et bien… on ne voit rien.

L’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire.

Pierre Soulages

Reproduire une œuvre de Soulages, notamment en la prenant de face et dans une lumière neutre et diffuse, comme dans tout catalogue ou bouquin d’art, n’a strictement aucun sens. Je me suis donc longtemps demandé si l’œuvre de Soulages était, comme assez souvent en art contemporain (il faut bien le dire) un vaste foutage de gueule habillé de commentaires aussi pompeux que vides de sens, ou méritait tout le bien que l’on en dit.

J’aime beaucoup l’architecture extérieure et intérieure du musée, et surtout le fait que les œuvres balayent toute la carrière ce ce peintre. Nous voyons sa quête artistique, presque année après année. Soulages n’aurait jamais pu travailler pour Desigual, même à ses débuts, mais il a utilisé d’autres couleurs que le noir dans ses œuvres (et oui!). Il a un peu touché à tout: lithographie, eau forte, peinture sur toile, vitraux… La valeur de ses œuvres se mesure aussi sur ces sept décennies de travail. Certes, je peux aussi « faire du Soulages » avec ma cuillère et un reflet de lumière du jour dans un petit pot de crème au chocolat La Laitière, mais aucun travail personnel n’y apporte sa plus-value. Les vitraux de Conques peuvent paraître « banals », mais il a fallu 800 essais à Soulages et son équipe de verriers avant de trouver le bon mélange permettant les subtiles variations de coloration au fil de la journée et des saisons.

Soulages5 Soulages6Soulages3 Soulages7 Soulages11La lumière et ses reflets sont fondamentaux dans les tableaux de la série Outrenoir. Il faut donc « tourner » autour des œuvres pour les voir changer en fonction de l’orientation de la source lumineuse.

Soulages19 Soulages17 Soulages15 Soulages16Soulages4 Soulages8 Soulages9 Soulages10 Soulages18Soulages12 Soulages13Soulages

Le plus surprenant est de voir des zones parfaitement blanches, reflets de lumière, au milieu d’œuvres parfaitement noires par ailleurs.

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Je ne regrette absolument pas ma visite. A partir du 10 juin, le musée va héberger 90 pièces de/sur Picasso, cela devrait être un motif supplémentaire de visiter Rodez ;-).

Pour en savoir plus: le catalogue de l’expo Soulages au Centre Pompidou.