Accident de personne

« Accident de personne » est un euphémisme utilisé par les agents SNCF pour parler des collisions, le plus souvent mortelles entre un train en marche et une personne. Il s’agit souvent d’un suicide. On parle habituellement, à raison, du/de la suicidé(e), de ses motifs, de ses proches si il/elle en avait…

(Source)

Mais on ne parle jamais du mécanicien qui était dans la motrice, jamais.

À la fin d’une carrière, presque tous les mécaniciens ont eu un accident de personne. J’en ai croisé un qui en était à son quatrième. Certaines lignes, voire tronçons de lignes, sont plus à risque.

J’en ai rencontré un qui m’a marqué.

Il a à peu près mon âge, il paraît un peu abattu. En le faisant allonger, je lui demande quand il a eu son accident de personne: « vingt-deux jours et deux heures ». Il a vu un homme sortir brusquement des broussailles, se mettre au milieu de la voie,rentrer la tête dans les épaules, la tourner pour ne pas voir, puis le choc sourd et la vibration.

Ils étaient deux dans l’habitacle. Son collègue est allé voir ce qui restait du corps, lui est allé faire le relevé des dégâts sur l’avant de sa motrice. « Il y en avait partout ».

Depuis vingt-deux jours et deux heures, quand il ferme les yeux le soir, il revoit l’homme qui rentre la tête dans les épaules.

Visite de la Fondation Carmignac

Un article du journal Le Monde m’a appris que l’homme d’affaires Édouard Carmignac avait ouvert au public une splendide collection d’art dans sa propriété de Porquerolles.

(Portrait d’ Édouard Carmignac par Basquiat)

Coupler plage, ballade sous les eucalyptus et art contemporain m’a semblé être une bonne idée.

J’ai donc réservé une visite guidée sur le site de la Fondation Carmignac . Je ne sais pas quelle sera l’affluence du site cet été, mais la Fondation limite le nombre de visiteurs à 50 par demi-heure afin d’optimiser la découverte des œuvres, donc à mon avis, il n’est pas inutile de réserver.

L’accueil est très atypique, puisqu’il se fait littéralement au bord du chemin. Nous sommes accueillis avec une boisson rafraîchissante (eau citronnée avec une pointe de menthe) et le personnel est très agréable. La visite des jardins est rendue un peu chaotique car de larges espaces sont encore chantier et les œuvres ne sont pas particulièrement mises en valeur.

Nous nous sommes retrouvés un moment au milieu des engins de chantier au bout d’un chemin. Avec le temps, j’imagine que tout sera balisé, aplani et rendu net.

Le bâtiment de la Fondation est une magnifique propriété à la fois imposante et discrète. Les espaces d’exposition sont superbes, et le fameux bassin qui sert de puits de lumière est une réussite esthétique. Le prix à payer pour ce puits de lumière est la chaleur un peu pesante qui règne dans la pièce à l’aplomb.

Autant en finir tout de suite, tout était très bien, sauf la guide qui était vraiment pas top. On aurait dit qu’elle venait juste de lire les articles de Wikipédia sur Lichtenstein, Basquiat et Wharhol et qu’elle essayait de s’en rappeler. Juste avant de commencer la visite, elle nous a fait remarquer qu’il était très difficile de maintenir les groupes compacts. Je n’ai pas trop compris sa remarque, car en général, le visiteur d’une expo qui a fait la démarche de choisir une visite guidée est plutôt grégaire. Puis, en milieu de visite j’ai compris pourquoi, et nous avons fait comme d’autres, en poursuivant seuls.

La collection est magnifique, l’agencement des salles est homogène et met en valeur les œuvres. Je ne suis pas fan, mais il y a plusieurs espaces dédiés au photojournalisme (là, il paraît que la guide était incollable). La profusion de  grands artistes est étourdissante.

J’ai aussi découvert le travail hyperréaliste de Tony Matelli, qui dans la série Weed représente en bronze peint des herbes banales, avec une absolue perfection . Voir cette plante sortir d’un coin de mur dans cette ambiance sobre, minérale et aseptisée a quelque chose de magique.

La visite se fait pied nus. Et là gros moment de gène, car j’avais les pieds couverts de petits bouts rectangulaires d’algues séchées. J’ai donc laissé de petits tas d’algues devant un Basquiat, un Botticelli, un Warhol, un Lichtenstein, un autre Basquiat…

Je ne me suis rendu compte qu’après la visite que des lingettes étaient à disposition pour se nettoyer les pieds avant de descendre voir les œuvres.

(Maurizio Cattelan)

Le concept de rentrer en communion avec la terre et les œuvres est un peu bobo de gauche, mais marcher sur la pierre fraîche après avoir traversé le jardin et ses labours écrasés par le soleil est délicieux. 

(Keith Haring)

(Alexander Calder)

La collection complète rassemble environ 300 œuvres, et nous n’en avons vu que 80… Une rotation sera donc organisée afin de pouvoir l’admirer dans son ensemble. Par ailleurs certaines œuvres (un Lichtenstein un Botticelli et peut-être un Keith Harring) sont prêtées. Ceci  présage donc de retrouver un plaisir sans cesse renouvelé dans la visite de cette belle Fondation.

Je n’avais jamais vu de Basquiat en vrai, hormis une série de piss paintings, lors d’une expo au MAC de Lyon, mais j’étais resté pisse-froid…

Comme je suis imperméable à son travail malgré l’engouement qui l’entoure, je me suis dit que voir une oeuvre en vrai allait peut-être me bouleverser. Ceci a presque été la motivation principale de ma visite à la fondation, tant les oeuvres de Basquiat sont rares dans les collections publiques européennes. Je ne sais toujours pas si l’empereur est nu, en tout cas, je ne ressens toujours rien devant un Basquiat. 

Bad Blood

J’ai reçu Bad Blood, le livre que John Carreyrou (le fils de Gérard) a écrit sur l’affaire Theranos vendredi en fin d’après-midi et je viens de le finir (entre temps, j’ai déménagé partiellement, tondu la pelouse, vu un mauvais Star Wars -Solo-, assuré une consultation, et aussi nourri mes deux ogres).

Je m’intéresse à cette histoire depuis mai 2016 (ici et ici). J’ai beaucoup lu, et j’en ai pas mal parlé, ce qui m’a valu l’honneur d’être suivi par Patrick O’Neill qui était à l’époque le Chief Creative Officer de Theranos (pour voir son excellent travail par ailleurs, c’est ici).

J’ai aussi suivi un moment sur Twitter le très mystérieux Richard Fuisz, (médecin, entrepreneur, agent de la CIA…) dont je ne voyais pas trop le rôle dans l’histoire (maintenant je sais). Quand j’ai appris que John Carreyrou allait publier un bouquin, je me suis demandé si j’allais l’acheter. Primo car je pensais en savoir beaucoup et secundo car mon anglais déficient allait probablement rendre cette lecture pénible.

Je l’ai lu donc en deux jours, en ayant du mal à en décrocher. C’est très bien écrit, c’est efficace, c’est haletant comme un thriller, sauf que c’est vrai. La construction me fait penser à un roman de James Ellroy où une multitude de petites histoires permet de mieux dessiner la grande.

Je n’ai pas tourné 5 pages sans apprendre quelque chose de nouveau.

John Carreyrou réussit le tour de force de rendre excitant un ionogramme sanguin.

Ses explications sont claires, nettes, précises, et je n’ai rien lu de médicalement faux.

Mon intérêt pour l’histoire de Theranos est professionnel, mais aussi, il faut bien le dire, lié au charme quasi surnaturel de Elizabeth Holmes. Le livre permet de rompre ce charme et de la voir comme elle est, une sirêne qui envoute ceux qui l’écoutent pour mieux les perdre. Et elle a fait se fracasser sur des rochers des centaines de personnes: collaborateurs, investisseurs et surtout patients.

Le portrait du numéro 2, son chéri par ailleurs, le très vulgaire Sunny Balwani est truculent: John Carreyrou le voit plus en patron de night-club (il en a les compétences médicales) qu’en vice-président d’une biotech de la Silicon Valley.

(Source)

Aucune faute dans ce récit, donc. À lire si vous vous intéressez à la médecine et à la Silicon Valley, mais aussi aux ressorts sombres de l’âme humaine qui nous font rechercher la gloire et l’argent quelqu’en soit le prix. 

Didier

J’ai un nouveau ancien copain, il s’appelle Didier.

Malheureusement, il a un cancer du larynx et il ne peut pas payer les dépassements d’honoraires des médecins d’une clinique de Lille car sa carte bleue est bloquée. Si je lui avance 1500€, promis, il me les remboursera dans 72h.

Ce coup, appelé « arnaque nigériane » est vieux comme le monde, puisque internet n’a fait que permettre le développement d’une escroquerie datant du XVIIIième, les fameuses « Lettres de Jérusalem« .

L’arnaque est donc ultra-classique, mais je me suis dit que plus on la diffuse, et moins des gens se feront avoir.

Le nom de « mon ami » ne m’est pas inconnu, en fait. C’est même un confrère avec qui j’ai échangé en 2014.

Sa boite mail est identique, à une lettre près. Par exemple didier.ddupont@orange.fr contre didier.dupont@orange.fr. Je lui ai demandé à plusieurs reprises l’adresse exacte de la clinique afin que je puisse lui envoyer des bonbons (je fus un peu cynique), sans succès. Par contre, il m’a fait parvenir assez rapidement le RIB de « l’établissement », qui entre deux messages a changé de nom, et surprise, le compte est domicilié dans une banque maltaise.

J’imagine un rabatteur qui bosse pour une grosse organisation et qui « travaille » à partir d’un cybercafé (son adresse IP est apparemment bien connue dans le monde de l’arnaque et le localise dans la banlieue parisienne).

Ils doivent avoir des objectifs de rendements, un contrôle qualité, et des certifications car après l’avoir un peu baladé, je n’ai plus de nouvelles de lui…

J’ai signalé le compte à Orange, et au service Signal-Spam.

J’ai aussi prévenu le confrère.