Potion de sorcière.

THEOSTAT LP 300MG Par voie orale : 1 comprimé le matin
OXEOL 20MG Par voie orale : 1 comprimé le soir
SURBRONC 0,6% Par voie orale : 2 ml le matin, à midi et le soir
LEVEMIR FLEXPEN 100U/ML Par voie sous-cutanée : 24 u le matin et le soir
NOVORAPID FLEXPEN 100U/ Par voie intraveineuse : 6 u le matin, 8 u à midi, 10 u le soir
PREVISCAN 20MG Par voie orale : 1,25 comprimé le soir
LASILIX 40MG Par voie orale : 1 comprimé le matin
CARDENSIEL 2,5MG Par voie orale : 1,5 comprimé le matin et le soir
COVERSYL 5MG Par voie orale : 1 comprimé le matin et le soir
CELEBREX 200MG Par voie orale : 1 gélule le matin
ANAFRANIL 10MG Par voie orale : 2 comprimés le soir
NEURONTIN 400MG Par voie orale : 1 gélule le matin et le soir
IMOVANE 7,5MG Par voie orale : 2 comprimés le soir
PARIET 10MG Par voie orale : 1 comprimé le soir
LYSANXIA 10MG Par voie orale : 1 comprimé le matin, à midi et le soir
FORADIL 12MCG Par voie inhalée : 2 gélules à inhaler le matin et le soir
QVAR 100MCG/DOSE Par voie inhalée : 1 inhalation le matin et le soir
SPIRIVA 18MCG Par voie inhalée : 1 gélule à inhaler le matin
CADENS 50 MG: Par voie intra-musculaire : 2 injections par semaine
UVEDOSE : Par voie orale: 1 ampoule tous les 3 mois

Un patient de 70 et quelques années est sorti d’un établissement de soin avec cette ordonnance.

Même pas besoin de connaître ses maladies et co-morbidités, cette ordonnance se suffit à elle-même.

URSSAF Showdown

J’ai reçu ma déclaration de revenus de l’URSSAF vendredi dernier, c’est à dire une semaine pile avant la date limite d’envoi qui est donc ce jour.

J’ai tout de suite su que cette semaine allait être difficile.

Je n’ai pas été déçu.

J’ai envoyé par messagerie électronique le formulaire de déclaration le lendemain à mon expert-comptable. Je ne m’attendais pas à une réponse immédiate, mais j’ai quand même dû la relancer deux fois, pour finalement n’obtenir la feuille remplie qu’hier.

Comme j’ai déjà eu quelques soucis avec ce cabinet, et comme j’ai déjà épuisé deux comptables (1 renvoyé, et l’autre disparue sans laisser de trace), j’étais quand même un peu inquiet.

« Chat échaudé craint l’eau froide« , dit-on. C’est terriblement vrai. Je suis devenu un névrosé des déclarations de revenu, que ce soit pour les impôts (2042 et 2035), l’URSSAF ou la CARMF, soit quatre périodes d’angoisse par an.

Bref, je vous passe les détails de l’attente frénétique du message qui a fait que j’ai fait surchauffer mon iPhone lundi, mardi, mercredi et finalement jeudi.

Ce qui est terrible, dans la névrose, c’est qu’on en est conscient. C’est à dire qu’en plus de l’angoisse générée, je me demande sans cesse si c’est moi ou l’autre qui dysfonctionne. Une double peine, en somme.

Une fois que j’avais le papier, il ne me restait plus qu’à le faire parvenir à l’administration.

Je me suis dit que je n’allais pas le poster, étant donné les mouvements sociaux actuels à La Poste. A tort ou à raison, j’ai opté pour l’apporter directement.

Petit itinéraire sur mon téléphone: merdouille, c’est à l’autre bout de l’endroit où je pensais que c’était. Qui plus est, un endroit que je connais pas…

Je suis aussi un névrosé de la voiture. Je ne passe que par les endroits que je connais, et où j’ai la certitude de pouvoir démarrer à plat. D’un côté, c’est économique car je n’ai pas besoin d’aller loin pour vivre les affres du dépaysement et le plaisir de franchir les obstacles d’une expédition en terre inconnue. Il me suffit de tourner à gauche au lieu d’aller tout droit à 200 m de chez moi. Si je le voulais, je pourrais vivre Koh-Lanta dans ma Yaris tous les jours pour presque pas un sou.

D’ailleurs, dans ma Yaris, quand je suis « hors piste », c’est un peu la jungle tellement j’ai chaud. Hier, J’ai été obligé de mettre la climatisation à 18°C pour désembuer le pare-brise, ce qui est, étant donné la douceur de la soirée, un exploit physiologique tout à fait remarquable, vous en conviendrez.

Je trace l’itinéraire sur iPhone, et à 20h, au lieu de rentrer à la maison, je m’enfonce dans la jungle urbaine.

Au début, ça va, puis je me retrouve dans un quartier où il n’y a presque que des administrations, c’est à dire un quartier dortoir à partir de 15h55.

Il y a un hôpital pas loin, ce qui devrait me rassurer, mais je connais depuis des années la faune qui se terre autour.

D’ailleurs, dans une ombre, un type debout a des mouvements particulièrement dysharmonieux. De toute évidence, ce n’est pas cardiaque, je passe mon chemin.

Je cherche le numéro 20. Au 24, c’est l’EDF, au 18 une maisonnette, au milieu, rien à première vue. Merde, encore un coup du numéro fantôme. J’ai de plus en plus chaud, mais pas encore de climatisation portable.

Je m’avance finalement dans une ruelle sombre (comme toutes les ruelles, c’est devenu un cliché) en me demandant bien ce que je fous ici à une telle heure au lieu d’être chez moi, tranquille.

Je passe devant un type couvert de poussière qui balance des gravats dans une benne.

« Bonsoir, pardonnez-moi, où est  l’URSSAF?

– Ben, là, mais c’est fermé! »

J’ai failli faire une remarque acerbe, mais j’ai vite analysé que je n’étais pas en position de la faire. Je lui montre alors l’enveloppe contenant la fameuse déclaration.

« C’est pour déposer ma déclaration

– Ah, la boite aux lettres est juste là

– Ahhhhhhhh, merci bien. Vous êtes un indépendant?

– Oui« 

De ma vie, jamais je me suis senti autant en communion avec un maçon à son compte. Il aurait été une maçonne, je l’aurais embrassée, nonobstant la poussière, la ruelle sombre et le fait que nous n’ayons pas été présentés. D’ailleurs, dommage qu’il n’y ait pas plus de maçonnes… L’URSSAF crée une fraternité insoupçonnée mais puissante entre ses inféodés. Heureusement qu’il était là, car dans la nuit, la boite aux lettres était peu visible à côté de la haie de végétation, et qui plus est, assez loin de l’entrée du bâtiment.

Après avoir glissé mon enveloppe, je me suis éloigné, éperdu de reconnaissance pour ce maçon inconnu, et surtout soulagé.

Je n’ai quand même pas pu m’empêcher de revenir sur mes pas pour vérifier que c’était bien la boite aux lettres de l’URSSAF et non pas une bouche d’incinérateur, même si dans ce dernier cas, je n’aurais pas pu faire grand chose de plus…

J’ai repris ma voiture, et me suis perdu de nouveau avant d’arriver devant chez moi à 21h00.

Prochaine échéance, mai-juin 2010 pour la 2035.

J’ai commencé à m’y préparer en envoyant un message de rappel à mon expert-comptable.