La Campanella

Shibboleth

Voilà une expression bien amusante que j’ai apprise grâce à Wikipedia.

Un shibboleth « est une phrase ou un mot ne pouvant être utilisé – ou prononcé – correctement que par les membres d’un groupe. Par extension, il se réfère parfois à un jargon spécialisé. Dans tous les cas il révèle l’appartenance d’une personne à un groupe. Autrement dit, un shibboleth représente un signe de reconnaissance verbal.« 

L’origine du sens « moderne » de ce mot provient d’un passage de la Bible:

« 4. Jephthé rassembla tous les hommes de Galaad, et livra bataille à Éphraïm. Les hommes de Galaad battirent Éphraïm, parce que les Éphraïmites disaient : Vous êtes des fugitifs d’Éphraïm ! Galaad est au milieu d’Éphraïm, au milieu de Manassé !
5. Galaad s’empara des gués du Jourdain du côté d’Éphraïm. Et quand l’un des fuyards d’Éphraïm disait : Laissez-moi passer ! les hommes de Galaad lui demandaient : Es-tu Éphraïmite ? Il répondait : Non.
6. Ils lui disaient alors : Hé bien, dis Schibboleth. Et il disait Sibboleth, car il ne pouvait pas bien prononcer. Sur quoi les hommes de Galaad le saisissaient, et l’égorgeaient près des gués du Jourdain. Il périt en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Éphraïm.
« 

(Juges 12: 4-6, version Louis Segond 1910)

Le jargon médical est un shibboleth qui permet de nous reconnaître entre nous, et son mauvais maniement permet de repérer les patients/familles de patients qui ont intégré des notions médicales sans les comprendre, c’est à dire des patients/familles de patients dont il faut se méfier. Il est en effet très difficile de bâtir quelque chose de solide si l’on part sur de mauvaises fondations. Plus rarement, cela dénote un psychologie un peu particulière dont il faut encore plus se méfier. Cette dernière phrase est un shibboleth non exprimé. Si vous comprenez, c’est que vous « en êtes ».

Vous trouverez ici, une liste de shibboleths. Beaucoup ont abouti à des massacres, certains sont drôles ou humoristiques.


Le piège

Le syndrome de « Pierre et le loup » est un piège terrible en médecine. Mais j’y suis encore tombé récemment, alors que je m’étais pourtant déjà promis plusieurs fois de ne jamais refaire la bêtise.

Je me croyais à l’abri, et bien non.

Un patient plus ou moins chronique, plutôt pénible, en tout cas que l’ensemble du personnel souhaite voir partir (en fait, un confrère!), plusieurs choses à gérer en même temps, et j’ai de nouveau sauté à pieds joints dans la trappe.

Pourtant je me répète souvent le mantra: oublier ses a priori, respirer, oublier ses a priori, ouvrir la porte, oublier ses a priori, questionner, oublier ses a priori, examiner, oublier ses a priori, faire la synthèse, oublier ses a priori….

J’ai traité assez cavalièrement une nième plainte qui s’est avérée, en définitive, justifiée. En fait, je n’y croyais pas, et suis allé voir tardivement le patient avec lequel j’ai été  assez désagréable.

C’est tout juste si je ne l’ai pas applaudi bruyamment pour son interprétation magistrale de la scène finale du troisième acte. Braaaavo!

Bon, il n’y a pas eu de conséquences, car j’ai été assez méthodique pour ne pas négliger de demander un bilan biologique qui a révélé le problème.

Le lendemain, je suis allé à Canossa, en fait dans sa chambre, avec une volonté flageolante de m’excuser.

Finalement, je ne l’ai pas fait.

Il faut dire aussi qu’il ne semblait n’avoir aucun souvenir de l’épisode de la veille.

La maladie a du bon, parfois.

La Wally

Petite réminiscence de « Diva« , un air de l’opéra « La Wally » de Alfredo Catalani.