le syncopologue

J’ai envoyé un patient un peu délicat passer un test d’inclinaison.

Un peu délicat, car il s’agit d’un deuxième avis demandé car il n’a plus confiance en son cardiologue traitant, qu’il a passé des bilans dans un peu toutes les cliniques de la ville et qu’il continue à faire des syncopes.

Je reçois un coup de fil de la part du médecin qui a fait passer ce test, habituellement un interne que l’on a puni. En tout cas c’était le cas à mon époque où on « tournait » sur un tableau pour s’acquitter de cette corvée.

La voix et le ton me font tout de suite penser à un agrégé, pas moins.

Il me dit qu’il ne faut pas en rester là pour ce patient, bien que le test soit positif, qu’il faut l’explorer plus avant…

Je lui fais alors la liste de tous les examens passés sur les deux dernières années, dont il n’avait semble-t-il pas la notion.

Il continue dans son truc en me faisant un petit topo sur les syncopes neuro-cardiogéniques.

A un moment, je n’ai pas pu me retenir, et je lui ai précisé que j’étais cardiologue et que je travaillais juste au dessus de son étage.

Il me dit qu’il le savait et me propose les services du service d’électrophysiologie pour faire l’exploration électrophysiologique.

Je le remercie très urbainement et lui dis que « si j’ai besoin de vos services pour gérer mon patient, je ne manquerai pas de penser très fort à vous« .

Après avoir raccroché, la première chose que je me suis dite, c’est « mais c’est qui ce connard qui veut m’apprendre mon métier« .

Certes, c’est plutôt une réaction primaire à la fois non confraternelle et non réfléchie, mais sur le coup, je n’ai pas trouvé plus élaboré.

J’ai appelé dans la foulée un copain assistant qui travaille dans le fameux service d’électrophysiologie pour en savoir plus sur mon interlocuteur.

En fait, le « connard » n’est pas, comme je l’avais pensé d’abord, un interne ayant pris la grosse tête, comme ça arrive très souvent dans la deuxième moitié de l’internat (pour moi, ça a commencé au premier choix), mais un médecin généraliste « qui ne fait que ça, et dont c’est le truc« ..

J’étais estomaqué.

Dans mon esprit, je me suis excusé platement auprès d’un confrère que j’avais gravement méjugé, sans le connaître.

Ce n’était donc pas un connard ni même un Monsieur connard (un agrégé qui a pris la grosse tête), mais tout simplement un monomaniaque de l’infime, en l’espèce un syncopologue.

Ce sont les plus graves, croyez-moi. Pas les syncopologues (quoique), mais ceux qui savent tout sur rien.

Le plus souvent, il ne faut pas leur enlever cela, leur connaissance du minuscule est souvent encyclopédique. Malheureusement, ils le savent et ils ne peuvent pas s’empêcher d’étaler leur savoir et vous faire un petit topo, pour vous remettre à niveau.

Ils ne sont donc pas méchants, juste un peu pénibles à écouter.

Par contre, ils font abstraction de tout ce qui n’est pas leur lubie: le malade et ses autres maladies, les confrères…

Et ça, ce n’est pas bien, surtout bien entendu en ce qui concerne le malade et ses autres maladies.

Le copain assistant m’a précisé que quand il a vu le patient, il a voulu le faire rentrer dans un protocole de recherche, lui faire passer une exploration et tout le tintouin…

Tout cela en faisant abstraction du contexte délicat d’un patient multi-exploré et en perte de confiance par rapport au corps médical.

Je reverrai tout cela avec le patient, et j’ai convenu avec le copain assistant de le lui adresser pour la poursuite de la prise en charge.


Alternance diarrhée consultations

Pas drôle d’avoir un des effets secondaires (même « très rare ») du kétoprofène et une consultation pleine.

D’autant plus que c’étaient des épreuve d’effort, et qu’il est impossible de laisser le patient pédaler tout seul et de lui demander d’appuyer sur le bouton « Récupération » en cas de modification ECG, de douleur, de fatigue, ou parce que la FMT est atteinte. Impossible aussi de laisser la porte des toilettes ouvertes pour crier les directives et surveiller au son que le patient ne soit pas tombé du vélo.

Je me suis donc tortillé, algique et vagal, sur mon fauteuil pendant toute l’après-midi en me ruant au petit-coin entre chaque patient.

Bon, j’avoue que j’ai un peu essayé d’accélérer les examens en mettant d’emblée le programme « sportif », même si les patients ne l’étaient pas.

Mais comme je n’ai pas de chance, dans deux cas, c’étaient des quadras pratiquant une activité sportive régulière depuis leur enfance (dont le vélo pour un). Ils ont fait respectivement 220 et 240W

Je hais les sportifs. Je leur ai demandé d’arrêter le sport et de se mettre à fumer.

AD-joo-vants

Adjuvant ou pas?

Le NYT se pose la question: Benefit and Doubt in Vaccine Additive. The New York Times. By Andrew Pollack. Published: September 22, 2009.

Vaccin ou pas?

Le bon Dr. JD Flaysakier est ouiste, et il l’explique ici et ici.

L’excellent Toubib est clairement noniste et dubitatif quand aux assurances de notre ministre.

Une chose est certaine, c’est que je n’ai jamais assisté à une telle cacophonie (ici et ici).


(je le sais, cette note ne vaut pas mieux qu’un agrégateur de blogs, mais j’ai la flemme ce matin)


Spin Doctor

J’ai trouvé un article très intéressant dans theheart.org et un complément dans le BMJ au sujet des résultats préliminaires d’une étude menée notamment par une biostatisticienne française, le Dr Isabelle Boutron.

L’équipe s’est penchée sur la façon qu’ont les auteurs d’articles scientifiques médicaux de présenter leurs résultats en étudiant 72 essais randomisés négatifs, indexés dans PubMed en décembre 2006.

Malgré la négativité de ces essais, les auteurs ont mis en évidence un « spin » que je traduirais par l’expression « effet de manche » dans une bonne partie de ces papiers.

L' »effet de manche » est le fait de présenter et discuter les résultats de façon à convaincre le lecteur qu’un traitement expérimental est bénéfique, malgré une différence statistiquement non significative au niveau du critère principal de l’étude.

On retrouve un effet de manche dans le titre de l’article dans 18% des cas, 20% dans les résultats, 43% dans la discussion, 50% dans la conclusion. dans plus de 40% des cas, il y a un effet de manche dans au moins 2 des 3 sections du texte de l’article.

Pour les « abstracts », il semble que cela soit pire qualitativement.

J’ai hâte de lire la publication complète de cet article, j’ai donc créé un flux RSS sur le nom d’auteur « Isabelle Boutron » dans PubMed. Comme je suis gentil, vous pouvez le récupérer ici.

Bien entendu, le marketing fait des miracles ensuite pour positiver une étude négative.

L’exemple type de ce double effet de manche me semble être BEAUTIFUL avec l’ivabradine, dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises (ici, ici, ici, ici, ici, et ici -ouf!-).

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Shelley Wood. Spin not uncommon in negative RCTs, study shows. theheart.org. [Clinical Conditions > Clinical cardiology > Clinical cardiology]; Sep 14, 2009. Accessed at http://www.theheart.org/article/1002389.do on Sep 21, 2009

Mabel Chew. Researchers, like politicians, use « spin » in presenting their results, conference hears. BMJ 2009;339:b3779