Le médecin patient (nième)

Cardiopathie ischémique, fraction d’éjection à 25%, gros anévrysme antérieur, le défibrillateur implantable ne se discute pas, sauf si…

Je suis un patient, médecin généraliste à la retraite, et marié à une infirmière (classique), pour une cardiopathie ischémique sévère. Chaque fois, j’ai droit à mes trois bouteilles d’un excellent muscat dont je ne profite malheureusement pas.

Je n’ai jamais pensé à lui parler du défibrillateur.

Hier, il m’en a parlé spontanément, en me précisant qu’il n’en voulait pas, pour des raisons « philosophiques ».

Son épouse nous a demandé ce que c’était, puis lui a aussitôt reproché de ne pas vouloir se faire implanter.

Il aurait été un patient « normal », j’aurais insisté, expliqué, ré-expliqué, marqué dans le dossier que sa décision était éclairée, bref, tout le tintoin pour ouvrir le parapluie en grand.

Mais là, comment avoir une attitude « médico-légale » avec un confrère qui connait parfaitement les tenants et les aboutissants de sa maladie?

Comment refuser à quelqu’un d’éclairé, éclairé dans un sens bien plus large et riche que le pauvre terme qu’il est devenu actuellement sous la plume de la technocratie médicale, la possibilité de mourir rapidement, proprement et sans souffrir?

Comment lui refuser une mort que je me souhaite?

Son épouse a tout résumé par cette phrase: « Dans la mort subite, seul l’entourage souffre ».

On s’est séparé en se disant à l’an prochain.

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

5 réflexions sur « Le médecin patient (nième) »

  1. d’ou le muscat ? misère des abstinents… ceci dit le meme raisonnement est applicable par tout patient ,il suffit de laisser en toute circonstance la liberté de choix en conscience (pas au mélancolique bien sur)

  2. Meme si ce patient gere en son ame et conscience ce risque de mort subite…Ce n est pas dit qu il finira ses jours  » rapidement, proprement et sans souffrir… ».
    Longue vie!

  3. « Comment lui refuser une mort que je me souhaite? »

    c’est tellement vrai !!! l’empathie et l’identification ne sauraient guider les choix médicaux à elles seules, mais leur absence mène systématiquement à une forme ou une autre d’acharnement thérapeutique…

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