La petite reine

Depuis début août, je me suis mis à faire du vélo.

Avant, malgré ces 15 dernières années passées à faire de la réadaptation cardio-vasculaire, je ne faisais absolument aucune activité physique, aucune. Je motivais les patients à faire quelque chose pour laquelle je n’avais aucun goût. Quinze ans de « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Je me disais quand même régulièrement qu’il fallait que je m’y mette, que j’étais un peu grassouillet, que je m’essoufflais un peu trop rapidement… Mais j’avais toujours une bonne raison de préférer glandouiller sur mon canapé en surfant sur le net (et notamment en écrivant ici). Puis, une conjonction de facteurs a fait que je suis mis à faire du vélo. Je suis allé chez Decathlon et je me suis acheté un RockRider de base.

En août, à Marseille, il fait chaud, et en n’étant pas entraîné, j’ai transpiré sang et eau à la moindre pente. Puis rapidement, je me suis senti mieux, les côtes qui me faisaient peur sont devenues plus simples, et j’ai même réussi à franchir de courts raidillons qui me paraissaient initialement inaccessibles.

(Ma première « grande sortie »)

J’ai deux mentors sur Twitter, @dominiqueloubet et @nfkb, qui m’ont donné un viatique amplement suffisant pour commencer:

– toute montée n’est qu’une bosse et tout est dans la tête

– en vélo, on explore son environnement et on s’explore soi-même

Faire du vélo dans Marseille, c’est presque une expérience mystique.

Il faut nier la rationalité et le danger, et croire très fort en sa bonne étoile.

(Il ne faut pas louper le tournant à 90 degrés…)

Marseille est en travaux depuis des mois notamment du fait de l’aménagement de dizaines de kilomètres de pistes cyclables. L’effort est louable, mais le résultat peut être pagnolesque.

Ah oui, tout le monde croit ici que les pistes cyclables sont de formidables arrêts-minute voire des places de parking sympas et gratuites.

Mais depuis août, je vois l’amélioration et certaines ballades sont merveilleuses.

L’hiver représente une autre difficulté, il fait froid en vélo, surtout dans les pentes, et surtout quand il y a du Mistral. Je sors avec 5 couches en haut et 3 paires de chaussettes. Heureusement, @Sophrunrun m’a offert une bonne paire de gants et un sous-casque, indispensables pour se protéger du froid.

J’ai acheté un vélo plus haut de gamme (les gâchettes SRAMNX, ça change vraiment la vie. Je n’y connais rien en technique, j’ai fait un copié-collé), j’ai failli me faire percuter 3 fois, j’ai perdu 10-12kg, je ne me suis jamais senti aussi bien, mes ballades sont toutes fabuleuses, et last but not least, je parle activité physique avec les patients en sachant de quoi je parle, notamment des débuts difficiles.

Paris-Tokyo

Ce matin, j’ai retweeté un lien vers un thread très intéressant sur la précision de la technologie Spring Drive développée par Seiko qui m’attire de plus en plus au fil du temps. Ma prochaine montre sera peut-être équipée d’un Spring Drive, on verra… La SBGY003 me tente vraiment mais son prix est hors de portée pour moi…

Je me suis demandé si ma SLA033 se tenait toujours aussi bien, malgré le fait que je ne la ménage pas: boulot, dodo et vélo… Elle commence à être pas mal rayée, elle vit avec moi…

En utilisant l’applicationToolWatch, j’obtiens donc une précision moyenne (ici sur sept jours) de +0,6 seconde par jour, ce qui est excellent. C’est très largement dans les tolérances du COSC, du Superlative Chronometer de Rolex et du METAS de Omega.

Petite remarque, ces certifications permettent à l’acheteur de savoir qu’il achète une montre (suisse) « précise », mais ce qui compte, c’est la « précision » au quotidien… De ce point de vue, la Seiko me convient parfaitement bien (nos amis helvètes ont du souci à se faire…).

Deuxième petite remarque, le terme « précision » est trompeur, car il englobe faussement dans l’esprit de la plupart des gens deux notions très différentes: la fidélité (Precision) et l’exactitude (Accuracy) (Cf. p 21 et 22 de ce document et l’article de Wikipedia dont est tiré le graphique qui suit):

Mais je m’égare…

Une montre solide, précise, sans chichi, ni artifice et dont on n’a pas à se soucier dans sa vie quotidienne, est typiquement une Tool Watch, une montre outil.

Que peut-on faire avec une plongeuse quand, comme moi, on ne plonge pas?

Lire l’heure et la date, OK, facile.

On peut aussi surveiller la cuisson du riz/des pâtes selon 2 méthodes différentes (incroyable): en mode chronographe ou compte à rebours.

En mode chrono:

Je place le marqueur principal de la lunette (la tête de flèche) au moment où je balance le riz/les pâtes dans l’eau bouillante, et j’égoutte à 11 minutes (14h35 ici) pour une cuisson ferme/al dente.

En mode compte à rebours:

Je place le marqueur principal quand je souhaite égoutter mon riz/mes pâtes. Facile.

Mais on peut aussi surveiller un second fuseau horaire.

C’est plus tordu, mais ça marche bien. Admettons que je souhaite connaître à tout moment de la journée l’heure de Tokyo (+8h) et que je ne possède ni téléphone, ni montre GMT.

Il est 14h29 à Paris.

Première chose à faire, je déplace mon marqueur principal de +8h dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ( pour New-York, 6h, je déplace le marqueur principal de 6h dans le sens des aiguilles d’une montre):

Ensuite, il faut faire un petit effort d’imagination: on associe les marqueurs principaux de la lunette à un horaire, comme cela:

Le marqueur 50 représente 10h (ou 22h), le marqueur 55, 11h (ou 23h)…

Dans notre exemple, l’heure de Paris est 14h29. et l’heure à Tokyo est de 10h29, ou plutôt 22h29 puis qu’il y a 8h de plus.

Petit quiz, j’ai réglé la lunette pour donner l’heure de Cupertino (-9h). l’heure de Paris est 16h37.

Il est 7h37 à Cupertino (le marqueur 40 correspond à 7/19h. Bien sûr, c’est bien plus simple avec un iPhone…

Chawan (suite)

Boire du thé dans un chaman ancien, ça se mérite…

Les premiers temps, quand je versais du thé chaud, s’élevait une odeur de terre/pierre assez prononcée. Pas désagréable, mais prononcée quand même.

Je me suis demandé si ça faisait partie de l’expérience: thé vert et odeur de la terre du Japon, mystique millénaire…

Puis comme toujours, j’ai retrouvé que ce sujet quand même particulièrement pointu avait donné lieu à des tutoriels, et même des débats dans l’immensité du web:

https://chano-yu.com/how-to-maintain-tea-bowls/

https://www.quora.com/Does-clay-ever-go-bad-What-if-it-smells-a-little

https://community.ceramicartsdaily.org/topic/14935-native-clay-odd-smell/

J’ai suivi les conseils: utilisation quasi quotidienne, nettoyage à l’eau claire, puis séchage minutieux et l’odeur de terre/pierre s’estompe progressivement. Elle est même devenue harmonieuse avec l’odeur un peu herbeuse du Sensha.

Un bel exemple de chadamari ou puits à thé qui retient bien les miettes de thé quand on arrive en fin de bol.

Chawan

Depuis quelques temps, je cherchais un bol japonais pour boire le thé.

J’ai bien à la maison et au travail un mug orange Finlandek fonctionnellement parfait, mais il me manquait quelque chose, un petit supplément d’âme, peut-être…

Après quelques recherches j’ai découvert le terme de chawan,  qui désigne un bol servant à préparer et à boire du thé. J’ai été attiré d’emblée par les chawan noirs et plus particulièrement par une technique de cuisson qui se nomme raku.

Evidemment, ce qui frappe en premier est le caractère grossier, asymétrique, bancal, inhomogène des  bols à thé japonais, qui s’oppose violemment à l’esthétique occidentale qui recherche plutôt la symétrie, l’homogénéité, l’efficacité.

Puis j’ai creusé, et plus j’ai creusé, et plus j’ai découvert que ces bols, sous des dehors rustiques et grossiers, étaient subtilement sophistiqués, comme souvent avec l’art japonais, bien au-delà de notre perception occidentale. Notre sophistication est cognitive, la japonaise est sensorielle, voire sensuelle.

Tout d’abord, il existe des tas de formes de bols. Ensuite, les japonais ont créé une anatomie du bol fruit apparent de milliers d’années d’observation et de contemplation (j’espère qu’ils ont quand même pris le temps de boire leur sencha entre deux). La lèvre (kuchi zukuri) de certains bols n’est pas lisse comme chez nous, et forme de douces collines. Les bols raku  peuvent avoir cinq collines (gogaku, de go, cinq et gaku montagne).

Ce bol ( un goki-gata, sauf erreur) originaire de Kyoto n’est pas un raku, mais on aperçoit les collines. C’est un plaisir de les parcourir du bout de l’index.

L’intérieur du bol à thé peut comporter des méplats, des arrêtes, qui semblent être là par hasard. Et non…

La flèche pleine délimite deux zones: le chasen en dessous, dans cet exemple il est vernis, et le chakin au dessus. Un chasen est aussi un petit fouet de bambou utilisé lors de la cérémonie du thé pour battre la poudre de thé (matcha). On comprend mieux le vernis qui protège la poterie. Le chakin est le linge utilisé pour sécher le bol. Vous imaginez bien le petit mouvement circulaire réalisé avec le tissu entre le pouce et l’index.

La flèche pointillée délimite le chasen et le chadamari qui est un petit puits de thé. Ce puits a pour fonction de recueillir les résidus de thé et éviter que nous les avalions en fin de bol. J’ai testé, ça marche bien. Vous pouvez aussi méditer en faisant tourner ces résidus dans le chadamari

Ces bols représentent un exemple typique du Wasi-Sabi.

Et c’est là que ça devient encore plus fort. Je ne vais pas paraphraser Wikipédia, et je ne suis pas très fort en méditation, mais la pensée wasi-sabi me va bien.

Le wabi-sabi relie deux principes : wabi (solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie…) et sabi (l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes, la patine des objets, le goût pour les choses vieillies, pour la salissure, etc.). Le wabi fait référence à la plénitude et la modestie que l’on peut éprouver face aux phénomènes naturels, et le sabi, la sensation face aux choses dans lesquelles on peut déceler le travail du temps ou des hommes.

J’aime bien mon bol, il vieillira avec moi et se couvrira de cicatrices. J’ai toujours aimé les objets qui ont vécu. La perfection est inhumaine. Suprême pragmatisme des japonais, si par hasard je le brise, ce ne sera pas un malheur, plutôt un bonheur, car je pourrais le transformer en objet kintsugi, symbole de résilience. L’échec, la maladie, la senescence et la mort font partie de la vie.

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Pour en savoir plus:

http://flyeschool.com/content/japanese-tea-bowl-parts (un excellent site+++)

https://www.sazentea.com/en/blog/lexicon/welcome-to-the-world-of-raku-tea-bowls.html (surtout centré sur le raku)

https://www.nippon.com/en/views/b02318/the-deep-stillness-of-a-raku-tea-bowl.html

https://www.nippon.com/fr/people/e00111/

https://raku-yaki.or.jp/e/index.html