Aspirine, clopidogrel et geste invasif…

Comme tous les cardiologues et anesthésistes du monde, je me suis retrouvé récemment devant un patient sous aspirine et clopidogrel, moins de 12 mois après implantation d’une endoprothèse coronaire active et devant bénéficier d’un geste invasif réglé, mais devant être fait assez rapidement.

La demande m’a déjà fait sourire.

On me demandait une « trace écrite » (sic) sur la conduite à tenir vis à vis des antiagrégants plaquettaires.

Uhmm, il me semble qu’on est bien loin des recommandations de la SFAR 2006:  » une discussion pluridisciplinaire médicochirurgicale est obligatoire pour guider la prise en charge et la gestion périopératoire des AAP chez ce type de patients. Elle doit inclure le cardiologue, le spécialiste de l’hémostase, le chirurgien ou le médecin réalisant l’acte invasif (endoscopie, par exemple) et l’anesthésiste–réanimateur. »

Là, ce n’est pas une discussion dont il est question, mais d’une « trace écrite ». Serait-ce pour dédouaner l’anesthésiste en cas de problème médico-légal, ce qu’on appelle vulgairement « ouvrir le parapluie »?

Pardon d’avance pour les anesthésistes qui me lisent (notamment dans la Loire), mais si c’est le cas, il faut vite arrêter l’anesthésie et faire autre chose, par exemple vendre des parapluies.

Je laisse néanmoins le bénéfice du doute à l’anesthésiste qui n’a pas daigné écrire lui même le courrier, mais l’a sous-traité à une gentille interne de neurologie qui ne connaissait pas le patient, ni le problème, mais l’hébergeait néanmoins dans ses lits.

Encore une belle discussion pluridisciplinaire gâchée par un regrettable malentendu.

Ce qui est « drôle », dans cette histoire qui se passe au CHU et pas dans une clinique de sixième catégorie, c’est que le patient est venu avec un dossier cardiologique complet et notamment un courrier de son cardiologue traitant indiquant une conduite à tenir précise pour l’arrêt des antiagrégants pour l’intervention prévue.

Maintenant, il faut deux avis cardiologiques concordants pour gérer ce problème, un peu comme pour l’hospitalisation d’office?

Bref, je sais que je suis de mauvaise foi et que mon attitude n’est pas très constructive, car dans le fond j’aime bien mes confrères anesthésistes qui m’ont hébergé 6 mois en réanimation de chirurgie cardiaque, mais ne pourrait-on pas rendre un peu plus productives ces pseudos discussion pluridisciplinaires?

Ah oui, dernier petit détail qui m’a aussi fait désespérer de l’hôpital. J’ai examiné le patient dans la salle d’attente, c’est à dire dans le couloir des consultations car il était en lit médicalisé, et que ces lits ne rentrent dans aucune pièce de consultation. Je me suis alors demandé pourquoi aucun cardiologue ne s’était déplacé dans le service de neurologie pour aller le voir dans de meilleures conditions humaines et techniques.

Je n’ai pas osé poser la question à l’interne de neuro, ne voulant pas entendre la réponse.

Je n’ai aucune inquiétude vis à vis de la prise en charge de ce patient, qui sera in fine soigné au mieux. Mais pourquoi ce processus devient de plus en plus laborieux, pesant, rugueux, épuisant pour les médecins et les patients au fil des années?


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Newsome LT, Weller RS, Gerancher JC, Kutcher MA, Royster RL. Coronary artery stents: II. Perioperative considerations and management. Anesth Analg. 2008 Aug;107(2):362-4.


Le Collège Français des Anesthésistes Réanimateurs propose cette synthèse qui date malheureusement de 2007 (les recommandations de la SFAR datent de 2006, une éternité).


Metzler H, Huber K, Kozek-Langenecker S. Anaesthesia in patients with drug-eluting stents. Curr Opin Anaesthesiol. 2008 Feb;21(1):55-9.

John W. Riddell, Laurence Chiche, Benoît Plaud, and Martial Hamon. Coronary Stents and Noncardiac Surgery.Circulation. 2007;116:e378-e382.

3 Replies to “Aspirine, clopidogrel et geste invasif…”

  1. « Ouvrir le parapluie », c’est pas ce que mes gentils collègues étatsuniens appellent « CYA » ? « Cover Your Ass », en prévision du méchant coup de botte à la moindre erreur.

    Pour la lourdeur des procédures, il semble que la juridiciarisation de notre société en soit la cause. Les gentils patients (et leurs encore plus gentils avocats 🙂 ) n’admettent plus la moindre erreur médicale, « qui aurait pu être évitée, si… ».

    Je crois que c’est inévitable, et je vois donc de l’avenir dans un métier de « bureaucrate-vérificateur » : la personne qui remplira toute la paperasserie afin de mettre le dossier en ordre pour les assurances, et qui s’assurera que vous n’avez rien oublié comme acte pour vous couvrir, en cas de problème.
    Vous pourrez alors exercer votre métier l’âme plus légère, libérée de telles contraintes. À part celle d’un oeil inquisiteur constamment en train de vous surveiller, et prêt à réparer ce qu’il pense être vos erreurs.

    Bien sûr, le coût de tout ça, je n’ose l’imaginer…

  2. C’est encore plus marrant quand on pose la question au généraliste… et je parle en connaissance de cause!

  3. ma réponse est de moins en moins aimable 1 lisez les recommandations 2 envoyez moi le cr du chirurgien sur le rapport bénéfice risque de l’intervention comme le demandent gentiment nos accréditeurs..

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