Germinal (3)

J’ai reçu ce jour le courrier du confrère qui a pris en charge cette fameuse patiente.

Sans surprise, il conseille  une interuption thérapeutique de grossesse.

A la suite de son courier, j’ai cherché un article de synthèse pour re-clarifier mes idées (heureusement, cette pathologie est rare), et j’ai trouvé celui-çi qui est pas mal, mais malheureusement payant. Vous ne pourrez donc pas en profiter, à moins d’être abonné:

Fennira S, Demiraj A, Khouaja A, Boujnah MR. La cardiomyopathie du péripartum. Ann Cardiol Angeiol (Paris). 2006 Oct;55(5):271-5.

La lecture de ce long courrier m’a déprimé car il m’a rappelé tout ce que j’ai pu ressentir la première fois.

Je me demande quelle sera ma réaction si elle me contacte de nouveau.

Vraiment aucune idée, elle va se situer d’un côté ou de l’autre de la frontière entre mes réactions primaires et de mon éthique.

La mort d’un blog.

Peu parlent de la fin de leur blog, hormis dans un laconique mot de la fin avec en général une allusion qui reste impénétrable pour l’immense majorité des lecteurs. Par définition, un mot de la fin n’entraîne pas de longs développements…

Le plus souvent, les auteurs laissent leurs blogs à l’abandon, ce qui, si j’en crois mon agrégateur est de plus en plus fréquent (et encore, j’enlève assez régulièrement des flux non mis à jour depuis plus de 6 mois). C’est pourquoi l’article du NYT dont je vous propose la lecture est intéressant.

L’article cite quelques raisons, les « endogènes »: plus le temps, plus l’envie, et aussi les « exogènes »: celles de ceux qui ont cru transformer leur blog en tiroir caisse, ou en tremplin vers l’infini et au-delà. Il ne faut pas non plus sous-estimer le glissement de l’intérêt médiatique vers Twitter ou les réseaux sociaux. Et encore, j’ai un pronostic réservé pour ces derniers. Qui parle encore de Second Live Life (merci Otir!) ?

Je vois aussi le phénomène de dominos dont ne parle pourtant pas le NYT, et qui accélère pourtant le mouvement: moins il y a de blogs, moins ceux qui restent ont envie de continuer. Moins de diversité de lecture, moins d’occasions de rebondir sur son propre blog, et en général ceux qui arrêtent ne commentent plus non plus; l’arrêt d’un blog paupérise la blogosphère. Pas de quoi lancer une campagne de sensibilisation mondiale, mais c’est ainsi.

Je pense aussi que le système des flux RSS y est pour quelque chose. Quand vous n’écrivez rien, plus personne vient vous lire. Alors bien évidemment, vous pouvez en imaginer deux effets pervers opposés: écrire pour meubler pour continuer à avoir des visiteurs, ou au contraire de moins en moins écrire car vous avez le sentiment que plus personne ne vous lit. Dans les deux cas le blog va dans le mur.

C’est aussi je vois d’un œil curieux un nouveau type de blogs, les commensaux des grands médias dont un excellent exemple est le journal « Le Monde ». Si vous lisez la page d’accueil du site de ce journal, vous remarquerez que beaucoup d’articles sont en fait des notes de blogs écrites par des personnes extérieures au journal. Parmi eux j’adore Martin Vidberg et Transnet.

Bon moyen pour un journal de remplir une page à moindre coût, mais surtout très paradoxale évolution d’un media qui se voulait différent des medias traditionnels…



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Blogs Falling in an Empty Forest, by Douglas Quenqua. The New York Times, published: June 7, 2009.

Divers et variés

Je n’ai pas trouvé de sujet assez passionnant qui me sorte à lui tout seul de ma léthargie rédactionnelle actuelle, c’est pourquoi j’ai attendu d’en avoir trois ou quatre pour écrire une note.

Premier sujet qui à ma grande surprise n’a provoqué que des réactions assez éparses, alors qu’il me semble que l’enjeu est immense. Je veux parler du discours présidentiel devant le congrès de la Mutualité Française, et la volonté manifeste du pouvoir de confier aux mutuelles une partie du rôle de l’assurance maladie. C’est clair que si ce glissement s’effectue (je n’ose pas parler de privatisation), ce sera certainement bon pour le budget, mais pas pour les patients ni pour les médecins. Je n’ai pas envie d’avoir mon mur décoré des autocollants des mutuelles qui m’auront agréé, comme les garagistes, ou les spécialistes des pare-brises. Petit à petit, on se rapproche de cela. Si vous voulez tout de même rire jaune avec ce sujet, je vous propose l’excellent dessin de Martin Vidberg.

Deuxième sujet, le prasugrel, qui aimerait bien remplacer le clopidogrel, et dont j’ai déjà parlé ici. Prescrire l’a éreinté dans son numéro de juin (Rev Prescrire 2009 ; 29 (308) : 406-409) à cause notamment d’un sur-risque de saignement par rapport au clopidogrel, déjà pourvoyeur de pas mal d’accidents hémorragiques. Toute la question est de savoir si ce sur-risque est compensé par un bénéfice supérieur. Un article de theheart.org rapporte que Public Citizen a adressé à la FDA une lettre lui demandant d’arrêter l’analyse du dossier d’AMM du prasugrel en attendant le résultat d’études complémentaires fiables. La lettre est intéressante car écrite par un cardiologue qui a participé à la phase très précoce du développement du prasugrel. Il y critique non seulement des posologies qui lui semblent excessives à la vue des données initiales de pharmacocinétique, mais aussi le déroulement de l’étude principale qui a conduit à la demande d’AMM.

En tout cas, une chose est certaine, c’est que ce produit va arriver en septembre chez nous. Je mets ma main à couper que le labo va sortir de son chapeau l’argument de la « résistance » au clopidogrel pour mettre en avant cette molécule.

Pour ma part, je n’ai aucune envie de la prescrire, « primum non nocere »

Troisième sujet, une constatation que je trouve dramatiquement pathétique pour notre profession: « Exact numbers are hard to come by, but doctors involved in this movement, called “patient centered” practices, say its popularity is growing. ». Cette phrase est extraite d’un excellent article du NYT, « If All Doctors Had More time to Listen » qui encense une nouvelle approche thérapeutique ré-vo-lu-tio-nnaire: l’écoute du patient. Et oui, c’est énorme, il paraît qu’on soigne mieux en écoutantt d’abord son patient. C’est stupéfiant que l’on en soit arrivé à un tel point que de telles évidences soient présentées comme de nouvelles et fascinantes alternatives.

Quatrième sujet, encore un article du NYT, et encore une histoire de fraude scientifique. Cette fois, c’est un orthopédiste qui était médecin militaire à Walter Reed au moment des faits. Je me demande ce qui a bien pu passer par la tête de ce type, pas tellement sur les raisons de son geste, que l’article esquisse, mais sur l’énormité de ce dernier. Comment a t’il a-t-il pu imaginer que le pot aux roses resterait caché alors qu’il a impliqué des collaborateurs proches en falsifiant leurs signatures ? Dans un monde où les publications sont tellement importantes, se retrouver co-auteur d’un article dont on a jamais entendu parlé se voit tôt ou tard comme un nez au milieu de PubMed… Peut-être espérait-il la complicité passive de ses pseudos co-auteurs ?

Que de risques pour un article bidonné et une fraude grossière…

 

Vingt ans déjà…

Il y a 20 ans se déroulaient les évènements de la place Tien’anmen.

Le cliché de l’homme aux tanks reste dans les mémoires et a acquis au fil des ans une portée universelle de lutte contre l’oppression.

 

Tiantan

le blog « Lens » du NYT est revenu récemment sur l’histoire de ce cliché.