Termes médico-technocratiques (2)

Nouvelle (petite) fournée récente (les dernières ici et ici):

Sensibiliser sans cesse et auditer.

Et vice-versa…

On fait les choses, il faut formaliser ce qu’on fait.

Faire les choses ne suffit plus depuis l’ère des certifications/accréditations. Avant, ça suffisait, maintenant, non. Maintenant, il faut les « tracer », les « formaliser ». Les faire n’est que secondaire, et à la limite, on s’en fiche qu’elles soient faites. Ce qui est important pour la certification, c’est qu’on puisse les retrouver sur un bout de feuille ou dans un dossier informatique. Je pense que certains parmi vous pensent que je caricature en disant que formaliser est plus important que faire. Et bien non. Formaliser est bien plus important que faire, c’est même ce qui occupe 90% de nos réunions et entre 20 et 30% de notre « temps médical », qui porte de moins en moins bien son adjectif.


Mobilité

Petit bilan après 5 jours d’utilisation professionnelle de mon iphone.

Les capacités techniques de l’appareil excèdent très largement l’utilisation que j’en fais au quotidien. Pour l’instant, ça n’a pas révolutionné ma pratique médicale, et je n’ai pas sauvé qui que ce soit avec.

Mais qu’est-ce que c’est bon…

Le plus bluffant reste la récupération des eTOC (Electronic Table of Contents) de theheart.org, du NEJM, de Circulation et du JAMA où que je sois: maison, clinique, hôpital, et surtout dans les escaliers entre les étages de ces deux derniers établissements, dans mon lit à la maison, et dans les toilettes partout. Surtout que depuis le début de l’ACC, les « early releases » tombent presque 3 fois par jour (ou par nuit, étant donné le décalage horaire). Certes, il est vrai que partout, je dispose d’une connexion haut débit sur un poste fixe, sauf, justement dans les escaliers, mon lit et les toilettes. Ca manquait, et l’iphone comble cette lacune que j’ai découverte comme étant inacceptable. A la maison, je consulte les dernières alertes scientifiques médicales dans mon lit (parfois les toilettes quand je suis seul), à 5 mètres de mon PC éteint. Le comble du snob mobile. Ça pourrait être drôle de faire un prélèvement bactério sur l’écran tactile, j’en parlerai au prochain CLIN.

Je suis en train de révolutionner la clinique et le CHU pour avoir accès au wifi qui viennent d’y être installés. Je ne le savais même pas, mais depuis samedi matin, cet point a pris une importance cruciale dans mon petit monde technologique. Je suis prêt à aller jusqu’au Conseil d’État si on m’en interdit l’accès. Je suis prêt à me battre pour ma liberté inaliénable d’avoir accès au haut débit où que je sois (et tant pis pour les effets délétères supposés des ondes électromagnétiques).

J’ai passé 3 coups de fils professionnels à des confrères pour donner des nouvelles de leurs patients, ou demander des renseignements. Coups de fils parfaitement banals, mais sublimés par l’appareil avec lequel je les ai passés. Je dois me faire violence pour ne pas débuter la conversation par « Allo, je vous appelle de mon iphone…. ». Je ne pourrai plus décemment passer des appels avec autre chose. Comble du snobisme téléphonique.

Apple a d’ailleurs bien compris cela, puisque la phrase suivante sert de signature par défaut aux messages électroniques envoyés par iphone: « Envoyé de mon iPhone« . Bien entendu, on peut configurer sa boite électronique pour supprimer cette phrase pleine de morgue technologique. Mais je me suis bien gardé de le faire…

Il y  a quand même quelques petits défauts.

  • le PDF est mal pris en charge. Pas trop grave, car la lecture d’articles en format html est « agréable », contrairement à ce qui se passe sur mon fixe. Toutefois, je défis quiconque de lire un article scientifiques complet sur iphone sans vomir avant les « matériels et méthodes ».
  • iphone ignore le format flash, c’est bien dommage.
  • pour l’instant, pas de copier-coller (devrait être corrigé par le OS 3.0). Bien dommage pour récupèrer les adresses électroniques dans certains messages (notamment ceux envoyés par WordPress).
  • ce superbe objet lisse, lourd et fin semble avoir été construit tout spécialement pour échapper des mains et s’écraser contre l’asphalte (ou les marches d’escaliers) 1.50 m plus bas.

Je n’ai pas eu encore l’occasion de consulter l’édition « mobile » du Vidal. C’est tout à fait regrettable. Il faut absolument qu’avant la fin de la semaine je prescrive à un patient un médicament dont je n’ai pas l’habitude dans un lieu où il n’y a ni Vidal, ni accès fixe à internet, mais où il y a un wifi auquel je puisse accéder (pour ne pas attendre 3 minutes que la page se charge). C’est à dire, en pratique, dans mes toilettes, ou mon lit (« In Bed with my Cardiologist« ). C’est pas gagné.

Petit ajout:

En utilisation extra-professionnelle, c’est pas mal non plus. Un superbe « attrape fille », du genre « Mets ton doigt là et fais le glisser douuucement ». La classe internationale. Champion du Monde! Mais je présume que ça marche aussi dans l’autre sens, comme « attrape garçon ».

L’iphone rend, comme vous pouvez le constater, réservé, fin et délicat. 😉