Racisme ordinaire

J’ai encore fait mon Dr House.

Depuis l’admission de sa mère, une fille nous mène l’enfer sur tout et rien à la fois (le café, le lit qui grince…). Elles sont d’origine maghrébine, je crois, pour une fois que c’est important de le préciser.

Je vais la voir pour essayer de calmer le jeu.

En fait, sa récrimination principale est que sa mère est dans une chambre située à un étage qui n’a pas été refait depuis longtemps, contrairement à d’autres étages de la clinique.

« Je veux que ma mère soit dans cet étage particulier [le « beau »], qui est réservé à certains et pas à d’autres, et pas dans celui-çi. »

Le « réservé à certains et pas à d’autres » m’a fait bondir, je lui demande de préciser sa pensée, mais elle reste évasive.

Je suis revenu un peu plus tard la voir, et je l’ai tirée par la manche dans une « belle » chambre, dans le « bel » étage, occupée par deux maghrébins  Puis je lui ai montré un autre monsieur maghrébin qui sortait, lui aussi d’une « belle » chambre.

Elle a compris mon allusion et l’a niée. En parlant de « certains », elle parlait « d’amis » à moi.

Ummmh.

La suspicion rampante de racisme m’est parfaitement intolérable.

Peut-être que j’ai interprété, puisque tout c’est fait par sous-entendus, mais je pense quand même avoir mis le doigt sur la zone douloureuse.

Elle pensait qu’il y avait des étages (les moins beaux, bien entendu) réservé aux « arabes » (qui sont le plus souvent des kabyles, mais passons).

Ce n’est bien évidemment pas le cas.

Par contre, il est vrai que l’on groupe dans les mêmes chambre des patients qui nous semblent être de même religion/origine ethnique. Ça m’a toujours un peu choqué, mais en pratique c’est ce qu’il faut faire. Une fois, on avait mis un musulman à côté d’un juif sépharade au nom à la consonance maghrébine. C’était il y a 4-5 ans, et je m’en souviens encore parfaitement! Je ne parle pas non plus des connards de base qui ne veulent pas partager une chambre avec un »arabe » ou un « noir ». C’est encore assez fréquent pour me désespérer.

On verra bien ce qui va se passer aujourd’hui, et si elle change l’angle de ses récriminations incessantes.

En tout cas, je ne me suis pas faite une copine.

Tant pis, mort aux cons/connes, quelque soient leur race, religion, sexe, orientation sexuelle et politique.

Divers et variés

Deux rencontres qui n’ont pas beaucoup de rapport entre elles, sauf qu’elles n’incitent pas à l’optimisme.

La première, hier au soir, j’ai regardé une grande partie du documentaire de 2004 « Super Size Me« . Je me suis senti plus gros à la fin du documentaire qu’au début… A la maison, on a tous tendance à être un peu grassouillets, sauf Thomas qui est fin comme une allumette. Faute au manque d’exercice, à un bon coup de fourchette (Agnès cuisine très bien) et pas mal à la génétique. Les sodas ont toujours été bannis, et les sorties au McDo rarissimes (jamais pour moi). Mais ce documentaire dont j’avais entendu parlé à sa sortie est très impressionnant et inquiétant, notamment les plans-séquences sur ces dizaines d’énormes derrières au McDo, à l’école, dans la rue. Encore un coup de Pénélope….

Ce matin, hasard, il y a un article dans le NYT sur la sécurité sanitaire alimentaire qui ne s’améliore plus aux EU. Toujours plus, toujours moins cher, mais au prix de risques plus grands.

Le seconde est un billet de JD Flaysakier sur la grogne des praticiens travaillant à l’hôpital. Comme d’habitude dans notre pays, on va de Charybde en Scylla, de la gabegie la plus totale à la restriction bubdgétaire coupée des réalités médicales. J’ai aussi remarqué le flux qui devrait s’accentuer dans les prochaines années: l’hôpital pour les pauvres, et les cliniques pour les riches. En effet, les techniques de pointe ne sont plus l’apanage des hôpitaux publics, car les cliniques sont maintenant en général possédées par des groupes financiers énormes, capables de mettre des dizaines de millions sur la table. pour acheter du matériel et engager les meilleurs praticiens. Par contre, tout l’entourage de l’acte technique en lui même est clairement moins bon à l’hôpital. Le patient a bien moins de chance de s’y faire « tondre » qu’en clinique, mais au prix d’une intendance inadaptée et d’un bordel généralisé.

Assez récemment, j’avais le choix entre envoyer un patient pour un remplacement valvulaire aortique dans une grosse clinique ou au CHU. J’ai proposé le choix au patient: deux très bon chirurgiens, mais à l’hôpital vous avez des chances que votre intervention soit déprogrammée plusieurs fois, (jusqu’à 3-4 fois!) alors qu’à la clinique, tout se passera sans aucun accroc à la date prévue. Par contre, en cas de souci post-opératoire, vaut mieux être au CHU. Ils ont choisi la clinique, et tout c’est bien passé. C’était la première fois de ma vie ou j’ai légèrement appuyé sur le plateau de la balance d’une clinique privée. Probablement pas la dernière, même si c’est contre mes principes.