Trou noir, encore et encore…

J’ai encore fait ma Dory aujourd’hui, mais avec cette fois-çi une dimension supplémentaire.

Je fais « ma tournée des popotes », c’est à dire que je passe dire bonjour à mes patients hospitalisés.

Comme je travaille aussi à l’hôpital, cela ne me prend pas beaucoup de temps, et fait toujours très plaisir aux patients et à leurs familles. Si j’ai un seul conseil à donner à un jeune praticien, ce serait celui-ci. Il faut savoir prendre un petit moment pour aller voir un patient hospitalisé, ce petit geste donne une dimension supplémentaire inestimable à une relation médecin-malade, aussi excellente soit-elle.

Sauf, que là, c’est Dory qui fait la tournée des popotes.

Je cherche le chef de service qui me propose d’aller voir le patient en question.

Nous rentrons tous les deux dans la chambre, moi respectueusement derrière, comme quand j’étais assistant. Un monsieur que je ne connais pas est alité du côté porte avec à son chevet deux femmes (sa mère et sa fille?). Le lit du côté fenêtre est libre.

Le Patron joue sa partition parfaitement et lance à la cantonade un bonhomme « Regardez qui vient vous rendre visite! ». Du genre, votre cardiologue est le meilleur, et en plus il vient vous rendre visite à l’hôpital!

Les regards du patient et des deux femmes s’éclairent quand ils reconnaissent le Professeur, puis virent au vitreux quand ils passent sur moi. Ca tombe bien, je leur rends leurs regards sans rien y changer.

Mais qui sont ces gens?

Mais qui est ce type en jean et en Polo Lacoste « pamplemousse rose » qui accompagne le Professeur?

Gros blanc.

Le Patron perçoit la gène et se demande si il ne s’est pas trompé de patient, même si il le connaît parfaitement puisqu’il l’a fait hospitaliser il y a deux jours. Nos regards plongent sur la pancarte qui confirme que ce monsieur que je ne connais pas, et qui ne semble pas me reconnaître est bien mon patient, que je lui ai d’ailleurs adressé personnellement pour un avis.

Heureusement, le Patron est brillant et il ne se démonte pas, c’est pour cela qu’il est à sa place, et il embraye en faisant un petit historique de l’histoire de la maladie du patient.

J’opine comme si je savais parfaitement de quoi il parlait et qui était ce monsieur et ces dames.

La famille pose deux trois questions au Professeur, et nous faisons mine de partir.

Avant de quitter la chambre, je demande quand même au patient si il est bien suivi par untel, qui est un de mes correspondants. Il confirme. C’est donc bien un de mes patients, mais je n’ai aucun souvenir de lui.

J’ai même fait un lapsus révélateur en lui demandant le nom de son généraliste: « Votre cardiolo…euh…généraliste, c’est bien Untel? ».

Je viens de vérifier, je l’ai vu début juillet (de cette année).

Par contre, je ne me suis pas trompé pour la valve, j’ai même eu raison sur un avis récent du CHU (mais pas dans le service du patron), il faut bien la changer.

Amnésique mais pas encore dément!


(Bon, je noircis un peu le tableau. Encore troublé, nous allons ensuite voir un autre de mes patients, et cette fois nous nous reconnaissons instantanément. Ouf!)

4 Replies to “Trou noir, encore et encore…”

  1. après un mois de vacances, incapable de percuter que cet homme qui me dit bonjour dans la rue est un de mes patients que je suis quotidiennement depuis … 2 mois déjà! ^^ grannnnnnnnd moment de solitude.
    quand ça ne veut pas , ça veut pas ! les kinés ne sont pas mieux lotis 🙂

  2. Dis, c’est grave docteur, ça m’est déjà arrivé… en garde aux urgences, je passais devant un brancard avec une patiente que je pensais délirante car elle me disait qu’elle me connaissait déjà… 🙂
    après avoir relu ses précédents dossiers des urg, j’ai vu que j’avais moi même fait la précédente observation… hum…

  3. Quant aux profs, certains (sont moi) ne sont pas mieux lotis… Enfin bon, les élèves, eux, me reconnaissent, mais il m’arrive (à ma grande honte) d’avoir oublié leurs noms et prénoms à la faveur de petites vacances (comme quoi les profs ont trop de vacances…. JE BLAGUE !!!) !

    Il faut bien voir que pour les personnes en contact avec du public (ce que nous sommes, même si nous n’exerçons pas le même métier), il y a un contexte un peu particulier : j’ai une petite centaine d’élèves à mémoriser (et encore, je suis privilégiée, certains collègues en ont 200), tandis que chacun d’eux n’a que quelques profs. C’est la même chose pour vos patients, je suppose… D’autant plus que vous les voyez finalement peu !

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