On se connait?

Si il y a bien un truc qui m’horripile, c’est quand de parfaits inconnus me tutoient dans des messages électroniques « génériques », c’est à dire envoyés à plusieurs personnes et plus ou moins personnalisés.

J’ai reçu un de ces messages hier.

Le texte, émis par un service internet auquel j’ai souscrit, ce n’est donc pas du spam, me proposait de coller un de leurs badges sur mon blog.

J’ai décidé de le mettre à la corbeille sans délai dès le premier « tu » du texte, c’est à dire au troisième mot.

En analysant un peu, j’ai le temps car je ne fête pas la Vierge aujourd’hui, je vois trois origines à ce tutoiement qui est presque une règle sur la toile.

  • Un manque flagrant d’éducation. Une fois sorti de l’enfance, on ne tutoie pas un inconnu.

  • Une volonté de faire « convivial » en gommant les barrières que le « vous » semble dresser entre les gens. On est internautes, voire blogueurs tous les deux, alors on se tutoie, même si on se connait pas. Je vois là encore un effet de la dictature des mots, et du politiquement correct, et la croyance assez commune qu’un mot peut changer une situation par son seul pouvoir, un peu comme la « pensée magique ». La certification HAS m’a démontré le contraire. Ce n’est pas parce que l’on écrit quelque chose qu’elle existe, ni même qu’elle sera faite, et ce n’est pas parce qu’un établissement est certifié qu’il va offrir les meilleurs soins. Le « tu » n’est convivial qu’à l’aune de ce que veut bien croire celui qui est tutoyé. Le « tu » est souvent bien plus asservissant que le « vous », car il est plus difficile de refuser quelque chose à un « tu » qu’à un « vous ». L’histoire a aussi montré à plusieurs reprises les limites de l’égalitarisme linguistique: on se guillotinait allègrement en se tutoyant, et entre « camarades » on s’envoyait volontiers au Goulag.

  • Un anglicisme de plus. Pas de « vous » en anglais, donc on supprime le « vous » en français, ça fait plus « cool », « casual », « high-tech », et tout ce que vous voulez. D’ailleurs, le signataire du message s’est paré d’un titre pompeux en anglais  qui était pourtant parfaitement traduisible dans notre langue. Encore un cas de crétinisme snobisme linguistique aigu, comme l’a si bien décrit Pierre Daninos.

Bon, maintenant, si l’on oublie ce cas qui me semble plus être la résultante de ces trois causes, le choix entre tu et vous n’est pas simple.

Ma mère m’a toujours dit « Dans le doute, tu dis vous ».

Dans la vie quotidienne, c’est donc ce que je m’efforce de faire, bardé de doutes. Je n’accepte pas le « tu » quand je ne connais pas. Mais tous les gens avec qui je travaille me tutoient et m’appellent par mon prénom, sauf certains que je maintiens à distance avec le vous (je sais que c’est l’inverse ce ce que j’ai dit quelques lignes plus haut, mais je n’ai jamais dit que j’étais manichéen!) et ma secrétaire, à mon grand désespoir. Par contre, jamais aucun tutoiement avec les patients, même anciens, même aimés.

Dans le monde virtuel, idem, à l’exception de ce blog qui me semble « réellement » assez convivial pour que tout le monde se tutoie.

Mais certains, notamment les anglo-saxons ont tenté de comprendre et d’approfondir notre pratique du « tu » et du « vous ».

Voici un extrait de l’article « T-V distinction » de Wikipedia qui s’intéresse à ce problème:

French

In most French-speaking regions (Canada is an exception; see below), a rigid T-V distinction is upheld. With regard to the second person singular, tu is used informally, whereas vous is used to convey formality. (The second person plural is always vous.) The formal vous is expected when encountering any unknown adult under normal circumstances. In general, the switch from vous to tu is « negotiated » on a case-by-case basis; it can happen nearly unconsciously, or explicitly asked. Rigidly sticking to vous can become equally awkward in a long-standing relationship.

In certain circumstances, however, tu is used more broadly. For example, new acquaintances who are conscious of having something socially significant in common (e.g., student status, or the same « rank » in some hierarchy) often use tu more or less immediately. In some cases, there may be an explicitly defined practice in a particular company, political party, as to the use of tu and vous. Children and adolescents generally use tu to speak with someone of their own age, whether known or not. Tu can also be used to show disrespect to a stranger, such as when surprising a thief or cursing other drivers on the road.

Vous may be used to distance oneself from a person one does not want to interact with. Additionally, two people who use tu in their private interactions may consciously switch back to vous in public in order to act appropriately in a formal or professional environment, to play the part in an artificially constructed situation (e.g., co-hosts of a television show), or simply to conceal the nature of their relationship from others.

In families, vous is traditionally used to address older family members. More rarely, children are taught to use vous to address their parents, and vous is sometimes even used between spouses.

When praying, tu is nowadays often used in addressing the deity, though vous was used in Catholic prayers until the Second Vatican Council. In Louisiana, however, vous is always used to convey a sense of respect and reverence when praying.

Sources:

* »Mastering the Unmasterable: A French Puzzle » Mary Blume, International Herald Tribune, February 19, 2000

* « Dites-moi tu » Sophie Balbo, L’Hebdo, June 23, 2005


Belgian French

In French-speaking Belgium, usage is mostly identical to that in Standard French. However, linguistic interference from Dutch and the Walloon language[2] can influence the speech of those who have these as their first languages:


* Flemings who are native-speakers of Dutch have a tendency when speaking French to use tu in as wide a range of contexts (both familiar and formal) as they do the gij / ge of Dutch. A tu used in formal circumstances — which from a native French speaker would normally be taken as a sign of deliberate rudeness — will be « forgiven » when uttered by a native Dutch speaker (as identified by his or her accent).

* In Walloon, the use of which tends, in any case, to be restricted mostly to « familiar » contexts, vos (=vous) is the general usage and is considered informal and friendly. Ti (=tu), on the other hand, is considered vulgar, and its use can be taken as an expression of an aggressive attitude towards the person addressed. This influence from Walloon affects the usage of tu and vous in the French spoken in Belgium, though more so among people accustomed to using Walloon as their everyday language. The influence of Standard French, particularly as exercised through the mass media, is eroding this particularity amongst younger French-speakers.


North American French

North American dialects of French, including Quebec French and Acadian French as well as Louisiana Cajun and Creole French, permit and expect a far broader usage of the familiar tu than in Standard French. There are still circumstances in which it is appropriate to say vous: in a formal interview (notably for a job) or when addressing people of very high rank (such as judges or prime ministers), senior citizens, customers or new acquaintances in a formal setting. As acquaintances become familiar with one another, they may find vous to be unnecessarily formal and may agree to return to the tu with which they are generally more comfortable.

For a number of Francophones in Canada, vous sounds stilted or snobbish, and archaic. Tu is by no means restricted to intimates or social inferiors. There is however an important minority of people, often those who call for a use of standard French in Quebec, who prefer to be addressed as vous. At Radio-Canada (the public broadcaster, often considered as establishing the normative objectives of standard French in Canada), the use of vous is widespread even among colleagues.


Pas simple, n’est-ce pas?

« Vous toi-même »

Aucun des deux.

Les passions se déchaînent outre-Atlantique entre les partisans et les adversaires de la réforme du système de santé proposé par Obama. Il suffit de parcourir Le Monde (et ici),  le NYT voire même le NEJM pour se rendre compte de la violence de leur affrontement.

On dénombre une victime collatérale totalement inattendue, le NHS, le système de santé britannique, que les adversaires de la réforme clouent au pilori à Washington.

Évidemment, nos amis britannique sont montés au créneau pour défendre leur institution.

On attendait pas moins d’eux.

La question qui anime donc maintenant les débats transatlantiques est de savoir qui a le meilleur système de santé, les britanniques ou les américains?

Le London Times apporte une réponse surprenante: « Neither of the Above« .

Le meilleur, c’est notre bonne vieille Sécurité Sociale.

Pourvu que ça dure, aurait dit Maria Letizia Bonaparte…

Nouveau, oui, mais meilleur?

Le NEJM a publié ce mercredi un petit article général mais qui résume bien la situation sur l’information donnée par la FDA sur l’efficacité des nouvelles molécules par rapport aux anciennes.

En fait, la situation peut être résumée en une phrase: il n’y en a pas, sauf en cas de demande urgente d’AMM pour les maladies graves.

La FDA demande deux choses: qu’une nouvelle molécule soit non nocive, et qu’elle soit plus efficace qu’un placebo.

Cela peut paraître le minimum, mais à mon avis, on en est loin.

« Despite the potential usefulness of labeling information for controlling the unnecessary growth of expenditures, the FDA does not require the inclusion of statements regarding a product’s comparative effectiveness. As a result, drug labels may create confusion, as manufacturers strive to insulate their products from price competition through differentiation that is unrelated to health outcomes. »

Ainsi, les auteurs de l’article proposent d’apposer sur la boite un message indiquant si le nouveau médicament est plus efficace que ses prédécesseurs bien moins chers dans l’immense majorité des cas.

« Marketing aimed at consumers and physicians creates brand-name awareness and facilitates product selection that is not based on outcomes. »

Ils soulignent les difficultés de mise en place de cette idée, mais aussi des bénéfices considérables, en terme de santé et en terme financier qu’une telle mesure pourrait induire.

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L’article est disponible gratuitement, profitez-en!

Randall S. Stafford, M.D., Ph.D., Todd H. Wagner, Ph.D., and Philip W. Lavori, Ph.D. New, but Not Improved? Incorporating Comparative-Effectiveness Information into FDA Labeling.
NEJM. DOI: 10.1056/NEJMp0906490. August 12, 2009

Chef oui Chef!

Un article du NYT m’a beaucoup fait rire, car, comme souvent dans ce fabuleux journal, l’exposition des faits se teinte d’une pointe d’humour et d’ironie.

L’armée américaine a mis à la disposition de ses soldats et gradés un wiki permettant d’améliorer une partie de ses nombreux manuels de procédures.

Tout un chacun peut ainsi « éditer » une procédure qui ne lui semble pas optimale.

Le processus n’est pas anonyme, mais l’édition apparait immédiatement en ligne. Une équipe de modérateurs contrôle les modifications.

Sagesse des foules, travail collaboratif entre pairs…

Ce changement radical de doctrine  dans une institution où réfléchir, c’est déjà désobéir ne s’est pas fait sans quelques réticences, notamment de la part des simples soldats.

Mais on leur a ordonné de se mettre sérieusement au wiki.

“One of the great advantages we have is that we are a disciplined force,” he said. “We are hierarchical. When the boss says ‘do this,’ it tends to get done. Even those who don’t like to write will add something.”

Une encyclopédie libre, on vous dit!

(Les trois autres vidéos de la série sont ici, ici, et ici. Ici, vous trouverez quelques répliques mythiques de ce film qui ne l’est pas moins)

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Care to Write Army Doctrine? With ID, Log On. By Noam Cohen. The New York Times. Published: August 14, 2009