Adaptabilité

On dit souvent que l’adaptation des agents pathogènes à l’homme est fascinante.

Mais l’inverse est vrai aussi.

J’ai vu récemment un monsieur d’environ 85 ans, adressé par son généraliste pour la constatation d’un pouls à 40, asymptomatique.

Ce gaillard actif vient me voir avec son épouse, et en effet, je retrouve un bloc auriculo-ventriculaire complet à l’ECG, mais avec un échappement ventriculaire entre 40 et 45.

Je l’interroge pour trouver des symptômes, qui sont en effet ténus

Il y a 3 semaines, il a fait un étourdissement en se relevant de sa chaise. Sinon, il marche tous les jours dans son village qui est pourtant assez pentu.

Son épouse intervient alors et précise qu’il est « moins vif » qu’avant, et surtout qu’il dort toutes les après-midis, alors qu’il ne le faisait pas avant.

Je l’envoie se faire poser un stimulateur cardiaque.

Il m’a téléphoné hier.

Sa vie des 3-4 dernières semaines, qu’il pensait pourtant être normale a considérablement changé maintenant qu’il est à 70 de fréquence. Il ne dort plus du tout dans la journée. Je n’ai pas encore parlé à son épouse pour savoir si il était un peu plus vif maintenant.

Je n’ai pas pensé à rechercher le signe de Derrick. Trouver un épisode de l’inspecteur Derrick trop remuant et violent est un signe pathognomonique d’hypodébit cérébral chez la personne âgée.

Deux réflexions.

La maladie est incroyablement subjective et cela, d’autant plus que l’homme malade s’adapte et ploie en développant des stratégies d’évitement pour en limiter les effets. J’ai vu des insuffisants cardiaques consulter parce qu’ils n’arrivaient plus à dormir depuis 1 semaine, passant leurs dernières nuits à la table de cuisine, alors qu’ils étaient confinés dans leur appartement par la dyspnée depuis des mois. Évidemment, ils n’étaient pas essoufflés, mais ils ne faisaient plus rien non plus, et avaient fini par trouver cela parfaitement normal.

Comme très souvent, je me suis demandé comment on faisait « avant ». Dans le cas de la stimulation cardiaque, ce « avant » est incroyablement proche de nous, c’était avant 1951 pour le stimulateur externe du canadien Hopps et 1958 pour le premier stimulateur implantable des Drs Elmqvist et Senning.

Mais « avant » ?

Et malheureusement « ailleurs » aujourd’hui ?

Remerciements.

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Hier, à l’occasion de mon voyage parisien, j’ai eu la chance de rencontrer des gens gentils, brillants mais accessibles et pour qui le bien de la communauté n’est pas une expression vide de sens.

Merci à Béatrice, Stéphanie, Thierry, et les autres pour votre accueil et ce que vous m’avez apporté.

J’ai hâte d’arriver à la prochaine réunion pour tester avec vous des interactions navettes à la fleur d’oranger/sablés chocolat-orange.

heartfailurematters.org

Exception à ma règle, je vais relayer la promotion d’un site internet tenu et géré par l’ESC (et sur Twitter), « la » société savante de cardiologie au niveau européen, sur le thème de l’insuffisance cardiaque.

Mais comme on me l’a gentiment demandé, et que j’aime beaucoup l’ESC

(avec laquelle toutefois je n’ai aucun lien, et de laquelle je n’attends rien de particulier)

Et puis, de toute façon, je vais le faire à la Mao, je n’ai pas à justifier mes propres contradictions!

Je vais donc lancer une « campagne de correction du style de travail de ce blog » avec autocritique et dénonciation des « cadres opportunistes de droite et de gauche ». Des têtes vont tomber, au propre, comme au figuré!

(Hier je me suis ingurgité bien 4 heures de Mao, période 1938-1945 dans le TGV).


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Ce site, heartfailurematters.org, est destiné aux patients insuffisants cardiaques qui souhaiteraient en connaître d’avantage sur leur maladie.

Comme il s’agit d’un projet à l’échelle européenne, il est traduit en plusieurs langues, et d’autres versions sont en cours d’élaboration.

Revers de la médaille, les animations qui sont bien faites sont commentées en anglais. Même si on trouve leur transcription en français sur la même page, cela nuit un peu à leur caractère didactique. Je crains que cela ne rebute un peu les patients.

A part ce petit bémol, le site est clair, net, informatif et accessible, et les outils pratiques proposés tout en bas de la page, pertinents.

La version française a été faite en collaboration avec la FFC qui édite ces merveilleuses petites brochures dont je me sers pour faire de l’éducation au patients.

Le site est certifié HON, et surtout, il n’apparait nulle part la moindre publicité pour une quelconque firme pharmaceutique.

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Jetez-y un coup d’œil, et faîtes-vous votre propre opinion.

Dismiss/distract

Ce sont les deux mots qui résument presque l’ensemble des procès Wyeth concernant  le traitement hormonal substitutif.

Ces deux mots ont été écrits en 1996 par un cadre de Wyeth sur un mémo au cours d’une réunion où la firme se demandait comment contre-attaquer après la publication d’études montrant un lien entre traitement hormonal et cancer du sein.

Le NYT a publié hier un très intéressant article de synthèse éclairé par de nombreux documents internes à Wyeth, et révélés à l’occasion de différents procès.

S’y dessine un panorama frappant de toutes les techniques de désinformation que l’industrie utilise quand elle veut protéger un de ses produits:

  • Publicité directe auprès du consommateur « Speak to your doctor about what you can do to help protect your health during and after menopause.« 
  • Financement de l’éducation médicale continue (12 millions de $ pour la seule Université du Wisconsin entre 2002 et 2006)
  • Entremise des fameuses officines pour « stimuler » la production et la publication de papiers positifs.

En résumé, selon les auteurs de l’article du NYT:

Still, the documents offer a snapshot of Wyeth’s efforts. Taken together, they depict a company that over several decades spent tens of millions of dollars on influential physicians, professional medical societies, scientific publications, courses and celebrity ads, inundating doctors and patients with a sea of positive preventive health messages that plaintiffs’ lawyers say deflected users’ attention from cancer concerns.

A lire donc, même si, comme moi, vous n’avez a priori pas d’attirance pour ces histoires d’hormones.

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Menopause, as Brought to You by Big Pharma. By Natsha Singer and Duff Wilson. The New York Times. Published: December 13, 2009.