Ben pourquoi?

C’est pénible de devoir toujours se justifier de pourquoi je ne reçois pas les laboratoires.

En fait, cela survient systématiquement lorsque je suis invité à une réunion de médecins, plus ou moins scientifique, à laquelle je n’ai pu absolument pas me soustraire.

Bien entendu, les visiteuses médicales ne me connaissant pas, prospectent donc rapidement pour savoir où j’exerce et surtout qui du réseau vient me voir.

Et en général, un petit four à la main droite, un verre de Badoit dans la gauche, j’éprouve toujours le besoin de me justifier en bafouillant, du pourquoi d’une telle incongruité.

Tout à l’heure, j’ai de toute évidence déçu l’hôtesse.

Surtout qu’après une période de sourde apathie, tout un tas de produits qui s’annoncent être très rentables sont sortis, ou sont sur le point de sortir en cardio.

Par ailleurs, Sanofi et BMS se débattent pour gratter quelques boites de Plavix® maintenant que les génériques sont sortis.

Une rumeur venue de nulle part enfle d’ailleurs dans la ville, les « sels » du clopidogrel génériqué ne seraient pas du tout bioéquivalents au princeps.

Étonnant, non?

Une bonne rumeur a souvent bien plus d’impact que plusieurs études randomisées multicentriques, surtout quand elle est diffusée « de vous à moi » par une visiteuse médicale avenante et aguerrie.

Lors de ces réunions, surtout avec repas au restaurant, je suis toujours très mal à l’aise de voir une telle collusion entre l’industrie et des confrères qui eux, sont visiblement des habitués.

Bon repas gratuit, estomac garni, visiteuse avenante, bons millésimes, yeux égrillards et brillants, je suis sorti de deux repas récents déprimé et vaguement nauséeux après la contemplation de mes pairs.

Après, je ne m’étonne pas de voir des ordonnances truffées de « médicaments innovants », c’est à dire récents à défaut d’avoir une efficacité clinique prouvée.

Ceci étant, aucun évènement, staff de bibliographie, EPU, congrès est organisé en ville indépendamment du financement des laboratoires.

Difficile donc, de conserver une vie sociale médicale minimale en respectant scrupuleusement une très louable indépendance totale par rapport aux firmes pharmaceutiques.

Gravée sur les tables de la Loi, la déclaration d’indépendance a fière allure, mais en pratique, à moins d’aller se faire vomir ensuite dans les toilettes du restaurant ou de la salle de réunion, elle n’est pas facile à respecter à la lettre.

J’essaye donc d’être le plus pragmatique possible:

  • Pas de visite médicale.
  • Aucun lien financier.
  • Je ne « sors » que lorsque c’est nécessaire (par amitié et/ou calcul).

Heureusement, étant par nature assez asociable, je n’ai pas trop à me forcer pour décliner les quelques invitations qui me parviennent.