Les anesthésistes fous sont de retour!

Ils sont de retour, ils ont faim et ils sont au sommet de leur forme.

Pour être honnête, les braves anesthésistes n’y sont pour rien, le dysfonctionnement se situe ailleurs. Ils sont au courant mais ne peuvent rien y faire. Il y a des forces au CHU qui resteront à jamais indomptées.

Voici mon dernier courrier de réponse:

« Cher Confrère,


Merci de m’avoir adressé Monsieur XXX, âgé de 46 ans pour un avis cardio-vasculaire avant AG pour avulsions dentaires selon le patient (aucune information indiquée sur le courrier médical)

  • Ce patient n’a aucun antécédent cardio-vasculaire familial ou personnel
  • Il ne prend aucun traitement
  • Son seul facteur de risque est un tabagisme actif à 20 cig/jour
  • Il ne se plaint d’aucun symptôme

Mon examen clinique est normal, sa tension artérielle est à 110/60.
Son ECG est normal.
Au total, je pense que son risque cardio-vasculaire pour une AG pour avulsions dentaires est raisonnablement faible pour que celle-ci soit pratiquée.
Cordialement.
« 

Couvrez cette vidéo, que je ne saurais voir

Le Multaq® (dronedarone) de Sanofi a aussi quelques ennuis outre-Atlantique.

Pas vraiment des ennuis, en fait, plutôt une mauvaise passe (comme chez nous).

Sanofi se démène donc pour promouvoir le Multaq®, ce qui est tout à fait compréhensible.

Sa filiale américaine a proposé à un électrophysiologiste une rétribution très jolie somme pour faire partie d’un panel d’experts.

Or, cet électrophysiologiste est un blogueur très connu sous le nom de Dr Wes.

Il a écrit une courte note à ce sujet où il publie notamment l’offre de Sanofi.

Bien entendu, il l’a déclinée.

Autre électrophysiologiste, autre blogueur, autre rebuffade. Vous remarquerez dans ce cas que la firme (ce n’est pas clairement indiqué qu’il s’agisse de Sanofi) a exigé du médecin qu’il passe un séminaire de formation et qu’il utilise les diapos qu’elle lui aurait fournies.

Un troisième blogueur, auteur de CardioBrief a écrit deux notes sur le sujet (ici et ici).

Il a repris les deux histoires que je vous ai racontées (je les ai découvertes grâce à lui) et en a raconté une troisième peut-être un peu plus embarrassante.

Cette histoire concerne ce site: http://www.afibprofessional.org, « endossé » par deux vénérables sociétés savantes, l’ACC et la HRS.

Tout en bas à droite, Sanofi fait partie des sponsors.

Bon, pour l’instant, rien de bien saignant.

La section « Learn From the Experts« , à l’heure ou j’écris, est parfaitement vide:

Photobucket

Mais ça n’a pas été le cas tout le temps, avant, il y avait ça:

Photobucket

(merci au cache de Google)

Cette vidéo a été retirée précipitamment car l’auteur proposait un algorithme d’utilisation du Multaq® hors AMM aux États-Unis. Cette vidéo reprenait notamment une partie de l’argumentaire et de l’iconographie de cet article publié par le même auteur dans Nature Reviews Cardiology (Nature Reviews Cardiology 7, 5-6 (January 2010) doi:10.1038/nrcardio.2009.221).

Donner une opinion plutôt orientée dans un article « d’opinion », c’est une chose, mais sur un site censé être l’émanation de sociétés savantes, c’en est une autre. D’autant plus que rien ne permet de savoir si il a été rémunéré pour cette prestation, et par qui.

Et ça, des membres de l’ACC ne l’ont pas trop apprécié:

An ACC spokesperson told CardioBrief that the ACC, in conjunction with its partner, HRS, was “taking some immediate steps to address the issue that has been raised.” (By way of background, the off-label, off-guideline Prystowsky lecture was the only original content on the site, and there had been no disclosure that Prystowsky had received compensation for Sanofi.)

The ACC spokesperson stated further: “Overall, we are planning to conduct an internal meeting to clarify ACC policies and procedures related to non-CME informational offerings.” In addition, “the editor-in-chief, Ken Ellenbogen… will be taking on more oversight responsibility.”

(source: CardioBrief)

La confusion des genres, c’est jamais très bon…

Oiseaux venimeux

Vous vous souvenez des phyllobates et de la batrachotoxine?

Et bien, certains oiseaux (Ifrita kowaldi et certaines espèces du genre Pitohui) sécrètent une toxine apparentée, l’homobatrachotoxine.

Et comme pour les phyllobates, ce serait la consommation de coléoptères qui leur donnerait cette étonnante propriété.

D’habitude, on creuse sa tombe avec ses dents. Si tant est que ces charmantes bestioles, phyllobates et oiseaux en aient, ce seraient plutôt celle des autres qu’ils creuseraient.



Le bal

« Les deux jeunes gens s’éloignaient, d’autres couples passaient, moins beaux, tout aussi émouvants, chacun plongé dans sa cécité passagère. Don Fabrizio sentit son coeur perdre sa dureté: son dégoût faisait place à la compassion pour ces êtres éphémères qui cherchaient à jouir du mince rayon de lumière qui leur avait été accordé entre les deux ténèbres, avant le berceau, après les dernières saccades. Comment était-il possible de s’acharner contre qui, c’est certain, devra mourir? C’eût été aussi vil que les poissonnières qui soixante ans plus tôt outrageaient les condamnés sur la place du Marché. Même les petites guenons sur les poufs et ses vieux amis benêts étaient pitoyables, impossibles à sauver et aimés comme le bétail meuglant dans la nuit, conduit à l’abattoir à travers les rues de la ville ; à l’oreille de chacun arriverait un jour le tintement qu’il avait entendu trois heures plus tôt derrière San Domenico. Il n’était permis de haïr rien d’autre que l’éternité.« 

Le Guépard

Guiseppe Tomasi di Lampedusa (Traduction Jean-Paul Manganaro)


Quelle langue admirable, quelle description ironique d’un monde qui s’effondre…

Chaque fois que je lis même quelques lignes, je rentre en résonance avec le texte. Pour lire, il faut être deux, le livre et soi.

Lire quelques pages du Guépard, notamment la scène du bal chez les Ponteleone, chez le coiffeur est une expérience d’immersion presque suffocante.