« Il » a écrit…

« Il », c’est Steve.

Pas la peine de préciser le patronyme.

De tous les Steve, il n’y en a qu’un seul qui compte sur terre.

J’exagère à peine.

Tapez Steve sur Google, Bing ou Yahoo! Search, et devinez qui arrive en premier?

Pas convaincus?

Tapez Jesus.

C’est le nazaréen qui sort toujours en premier.

Maintenant tapez Robert, par exemple.

Convaincus?

Tout ça pour dire qu’un type que je ne connais pas a envoyé un message électronique à Steve pour lui demander si l’iPad tenait bien les 10 heures promises d’autonomie. Et Ce Dernier, voyant que cela était bon, a répondu. L’auteur du message raconte la genèse de cette histoire sur son blog, et sa note a été reprise au moins 107 fois (108 avec la mienne).


Sa Réponse fut:

Sorry, wasn’t me. And, yes, we are getting 10 hours in 1.5 pounds.

Sent from my iPad.


C’est la dernière ligne qui tue.


Le retour du QT

J’ai une grande tendresse  pour les toujours très mystérieuses torsades de pointes et un de leurs déterminants principaux, l’allongement de l’espace QT (en fait le QTc, c pour corrigé en fonction de la fréquence cardiaque).

D’abord car le pire moment de ma vie professionnelle à ce jour reste une confrontation avec un patient qui faisait torsades sur torsades en post-infarctus.

Mais aussi car j’adore lire dans les publications anglo-saxonnes le terme français « torsades de pointes » puisqu’il n’a pas été traduit.

Les torsades de pointes ont été décrites par François Dessertenne en 1966 dans ce papier des Archives des maladies du coeur et des vaisseaux.

C’était une époque où la cardiologie française était au zénith, et où un article princeps pouvait être rédigé en une autre langue que l’anglais et avoir qu’un seul auteur.

Les « Archives« , pourtant revue de la Société Française de Cardiologie (SFC)  ont d’ailleurs cessé de parler français en 2008 pour causer anglais et être rebaptisées  « Archives of Cardiovascular Diseases« .

Enfin, les torsades gardent une bonne part de mystère et sont un problème quotidien, pas à cause du très rare syndrome du QT long congénital, mais des nombreux médicaments qui allongent ce fameux QT.

Donc, pour les passionnés du QT, voici 3 ressources documentaires qui me paraissent incontournables:

  • Arizona CERT: « le » site de référence qui tient à jour la liste des molécules allongeant le QT et des interactions à éviter.
  • une recommandation très récente:  Prevention of Torsade de Pointes in Hospital Settings: A Scientific Statement From the American Heart Association and the American College of Cardiology Foundation. Barbara J. Drew, Michael J. Ackerman, Marjorie Funk, W. Brian Gibler, Paul Kligfield, Venu Menon, George J. Philippides, Dan M. Roden, Wojciech Zareba on behalf of the American Heart Association Acute Cardiac Care Committee of the Council on Clinical Cardiology, the Council on Cardiovascular Nursing, and the American College of Cardiology Foundation. Circulation. 2010;121:1047-1060; published online before print February 8 2010, doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.109.192704.

 

Pour vous donner une idée du problème, voici une donnée que j’ai tirée de cette dernière référence.

On dit en général qu’un QTc est pathologique à partir de 480 ms pour les femmes et 470 ms pour les hommes.

Chez les sujets porteurs d’un QT long congénital, chaque augmentation de 10 ms de l’espace QT, ce qui semble n’être « rien », augmente le risque de torsades de pointes de 5 à 7%.

C’est très impressionnant…

Sede Vacante

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Le trône que s’est octroyé la médecine 2.0 est vide.

On en parle depuis maintenant pas mal d’années (le premier article de la série que Dominique consacre au sujet date d’octobre 2007).

On parle de croissance exponentielle depuis 3 ans.

Où sont donc les géants que devraient être maintenant les portails communautaires et autres avatars de la médecine 2.0 ?

Attention, je ne parle pas de santé 2.0, destinée plutôt au grand public, mais bien de médecine 2.0, plutôt destinée aux professionnels.

Je ne parle pas non plus du nombre de comptes ouverts dans tel ou tel portail communautaire.

Le nombre de mes comptes excède la capacité de mon imagination à créer des pseudos, mais je suis bien incapable d’en faire la liste, ni même de me rappeler que je me suis inscrit, un jour, quelque part.

Je raisonne en terme d’utilité pratique pour le praticien de terrain.

Où est la révolution dans notre pratique quotidienne?

Malgré une sophistication actuelle ou annoncée de plus en plus poussée, aucun service ne semble avoir percé parmi les confrères.

En général, quand je parle de « médecine 2.0 », même sans utiliser ce terme, mes confrères interlocuteurs me regardent avec de grands yeux ronds: A quoi ça sert? Quand veux-tu que l’on ait le temps de faire ça?

Avec le temps qui passe, la médecine 2.0 d’outil d’avenir se transforme peu à peu en outil d’anticipation, et deviendra, qui sait, un jour, un outil uchronique.

L’outil communautaire dont je me sers le plus professionnellement (pas pour glander sur la toile) est très curieusement Twitter.

Twitter permet de ramener une masse considérable d’informations sélectionnées (en fonction du compte que je suis) et de la présenter de façon nécessairement concise, en moins de 140 signes. Si l’info m’intéresse, je clique sur le lien, et j’approfondis ma découverte, sinon, je passe au tweet suivant. Je suis ainsi des auteurs de blogs, des sociétés savantes, des journaux scientifiques…

Quid des autres communautés qui sont sur le papier bien plus sophistiquées et « médicalisées »?

Assister à des vidéo-conférences ? Pourquoi pas si une interactivité est possible et si elles sont menées par des experts indépendants (pas facile à trouver…). A quelle heure? La journée pendant les consultations ou le soir en rentrant tard après une journée bien remplie?

Echanger des cas cliniques avec d’autres médecins ? Même question pour la temporalité. Par ailleurs, pourquoi pas, mais connaissez-vous un médecin qui soit tellement isolé qu’il n’ait absolument aucun référent à contacter (aucun ami…) ?

Récupérer des informations ? la médecine 2.0 devrait servir aussi à cela. mais comme le toubib le signale, la pertinence modérée et la masse d’informations rendent en grande partie caduque cet intérêt.

Glandouiller avec les confrères sur des fora ? Ben, bof…

Glandouiller tout seul, ça oui. Mais les blogs remplissent parfaitement ce rôle, et même, cerise sur le gâteau, souvent, on y apprend des choses intéressantes.

Comme vous l’avez deviné, je ne suis ni compétent, ni très intéressé par la « médecine 2.0 ». Avez-vous d’autres expériences où, au jour d’aujourd’hui, la « médecine 2.0 » a modifié votre pratique quotidienne ?

La médecine 2.0 ne régnerait-elle pas que par et pour elle-même?

Le trône est vacant, ou le roi est nu?

La consultation

La femme replète, assise devant mon bureau, a la cinquantaine.

Elle pousse de petits cris modulés, allant du rauque au très aigu. Son absence de sourcils, son bonnet blanc en laine enfoncé à mi front et surtout  les mouvements frénétiques de sa très longue écharpe posée à plat sous le bonnet et retombant symétriquement de chaque côté de son visage devant ses oreilles m’évoquent un cocker géant fou.

A ma droite, un peu derrière moi, une interprète en langage des signes, qui plus est psychologue, fait l’interface.

Tout est normal, vous êtes à ma consultation.

J’ai eu beaucoup de mal à ne pas rire.

A un moment, je me suis retourné vers l’interprète-psychologue, et en traçant un ovale autour d’elle, je lui ai dit que l’on se croyait sur France 3.

L’histoire de cette pauvre femme sourde muette de naissance a pourtant de quoi faire dresser les cheveux sur la tête du psychologue le plus aguerri.

D’angoisse, elle s’est mise en opisthotonos sur le lit d’examen au cours de mon échographie cardiaque.

Pour la rassurer, je lui ai mis la main sur les amplis de l’appareil d’échographie pour qu’elle puisse sentir son cœur battre.

Bon après, elle voulait que je recommence, encore encore et encore…

Au bout de 3/4 d’heure, j’avais en main les informations nécessaires à sa prise en charge.

L’anesthésiste qui me l’avait adressée sans courrier, après l’avoir interrogée 3,5 minutes et sans avoir daigné l’examiner a même pointé le bout de son nez par l’entrebâillement de la porte en fin d’examen, peut-être poussée par les remords.

Vraiment une consultation extraordinaire.