Escalade commerciale

J’ai eu un petit sourire interne récemment en reconstituant l’historique médicamenteux d’un monsieur de 80 ans, hypertendu.

Il a été sous Renitec® (enalapril).

A priori, un médecin (généraliste ou cardio, je ne sais pas) a trouvé que ce n’était pas assez efficace, et il l’a passé sous Micardis® (telmisartan).

Curieux, je ne vois pas trop la logique médicale, la HAS non plus, d’ailleurs.

Détail important, le patient n’a pas toussé sous enalapril.

Visite médicale:1 / HAS:0

Comme ce n’était pas suffisant, on est passé au Micardis plus® (telmisartan+hydrochlorothiazide)

A partir de là, je n’ai pas trop compris, mais finalement, au bout de quelques semaines, le patient se retrouve de nouveau sous Micardis®.

Le généraliste juge que ce n’est pas assez et rajoute du Rasilez® (aliskiren) au Micardis®.

Bon, l’aliskiren, je n’en vois pas trop l’intérêt, la HAS non plus, d’ailleurs.

Quand on rentre ces deux molécules dans la BCB, cette dernière répond un très sobre:« RASILEZ 300MG CPR 28 et MICARDIS 40MG CPR 90 appartiennent à la classe : Médicaments agissant sur le système rénine-angiotensine. »

Autrement dit, c’est une redondance thérapeutique, une aberration (enfin, au jour d’aujourd’hui).

Et le patient n’est toujours pas bien équilibré.

Visite médicale: 2 / HAS: 0

Et si on raisonne en coût journalier pour un résultat, je vous le rappelle, nul pour le patient?

  • enalapril 20: 0.47€ (boite de 30)
  • telmisartan 40: 0.74€ (boite de 30)
  • telmisartan 40+ hydrochlorothiazide: 0.74€ (boite de 30)
  • telmisartan 40+aliskiren (150 ou 300): 0.74+0.82=1.56€ (boite de 28 pour l’aliskiren)

On triple le coût journalier en passant de l’enalapril à l’association telmisartan+aliskiren.

Par an, la facture passe de 171.55€ à 569.40€

Visite médicale (et ignorance crasse du confrère):3 / HAS (et assurance maladie):0

Fin du match.

Le boulet

En supprimant une de mes vacations hospitalières, je savais que j’allais perdre de vue des patients que je suivais parfois depuis 7-8 ans parfois.

Mais les cimetières sont remplis de personnes indispensables, et je pense que changer de médecin ne peut pas faire de mal à l’issue d’une longue période de suivi: nouveau point de vue/nouvelles solutions, disparition de la lassitude/de la force de l’habitude…

Je me suis aussi débarrassé d’un certain nombre de boulets, sauf 1.

Il est pas grand, pas beau et il ne sent pas le sable chaud, mais l’eau de toilette bon marché (à ne pas confondre avec l’eau de toilette du Bon Marché. Dans la région on appelle ça le « Senbon »).

Il n’a rien, strictement rien, notamment d’un point de vue cardio-vasculaire.

Mais il veut être rassuré.

Il est gentil, comme on dit ici, et ce qu’il cause…

Du début à la fin de la consultation, ce n’est qu’un flux ininterrompu de paroles dont la vacuité intéresserait les plus ardents défenseurs de l’homéopathie. Il distille une intelligence à 30CH.

Même une succussion vigoureuse entre chaque phrase ne servirait à rien (et pourtant, Dieu seul sait combien j’en rêve)

La « mémoire de l’intelligence », voilà un beau sujet de thèse en neuroscience.

Il a quand même réussi à me dire que j’avais pas mal grossi par rapport à la dernière fois, et que mes plus belles années étaient derrière moi, et que je les avais gâchées en faisant médecine.

Pfomp, pfomp (bruit d’un silencieux de pistolet)

Je n’arrive à le faire taire que lors de l’auscultation pulmonaire, bouche ouverte (et encore…).

Jamais je n’ai aussi bien examiné un poumon, lobe par lobe, bronche par bronche, groupe d’alvéoles par groupe d’alvéoles.

Petit aparté: on me demande assez souvent si tel ou tel produit homéopathique est compatible avec telle ou telle molécule cardiovasculaire. Avant, j’avais du mal à ne pas pousser un petit ricanement, ce qui était mal perçu. Maintenant, je donne la réponse que m’a soufflée un confrère généraliste. Il faut prendre un air pénétré et inquiétant et répondre d’une grosse voix: « Attention, vous parlez de l’homéopathie que l’on peut prendre avec un dentifrice à la menthe, ou de l’autre? »

Effet garanti.