Epidémie de dépression

En arrivant à la maison, je suis juste tombé sur la fin d’un reportage d’Envoyé Spécial sur la dépression.

J’ai été captivé par la partie traitant de la collusion des médecins leaders d’opinion avec l’industrie pharmaceutique et des conflits d’intérêt.

Ce qui m’a fasciné, c’est d’entendre à la télévision tout un tas de concepts dont notre petit groupe de blogueurs médicaux, et d’autres, non blogueurs (notamment le formindep et Dominique Dupagne) , discutons depuis des années sur la toile.

Le passage aux médias traditionnels n’apporte rien, hormis une diffusion plus importante.

Par contre, depuis les « Médicamenteurs« , le mouvement s’accélère.

Hier, on parlait de l’indépendance des experts dans « Service Public » sur France Inter.

Dans Envoyé Spécial, les journalistes sont même allé interroger Daniel Carlat himself!

A la fin, le journaliste en studio est raisonnablement optimiste et parle d’un possible « Sunshine Act » à la française.

Ce qui est triste, c’est que la sclérose est telle chez nous que le salut ne semble pouvoir venir que des progrès venus des États-Unis.

Comme d’habitude, nous sommes à la traine.

Vivement une émission similaire pour la cardiologie.


Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

3 thoughts on “Epidémie de dépression”

  1. Le salut Jean-Marie… viendra-t-il seulement ? Les « leaders d’opinion », comme tu le sais, sont des universitaires (ou parfois simples PH) qui mangent (grassement) sans aucune trace de scrupule à plusieurs râteliers. J’en connais qui multiplient leur salaire de médecin hospitalier par 4 en faisant « des trucs pour les labos ». Pour certains ils ne voient plus de malades (relire doucement : ils ne voient plus de malades, on rappelle qu’ils sont PH temps plein, merci), ou presque, ce qui est beaucoup plus facile (plus discret…) en psychiatrie. En chirurgie par exemple, le professeur se ferait démonter la gueule par ses collègues et crever les pneus de sa bagnole par ses élèves s’il n’opérait jamais. Et exclure des congrès à coups de pompes dans le cul et démis de ses fonctions par l’ARH. Même l’Ordre y trouverait à redire. En psy ? non…
    Ils passent leur temps à écrire des choses tendancieuses (jamais totalement fausses, mais…), à monopoliser les congrès, publications et rayons de librairie (toutes activités sponsorisées à 500 % par l’industrie), à polluer les EPU et les FMC, en surexposant des syndromes rares, bénins, cliniquement inintéressants et sans aucun intérêt de santé publique… mais ô miracle vaguement améliorés par le dernier médicament sorti. Grand étonnement : les médecins français sont aujourd’hui globalement infoutus de prescrire correctement les psychotropes.
    Comble du cynisme ces « leaders » en arrivent à promouvoir actuellement la bouche en coeur l’agomelatine, un antidépresseur qui 60 ans après l’imipramine, et sur un marché encombré de dizaines de produits, démontre une ASMR de niveau… IV. Non inférieur au placebo. Et cancérigène chez l’animal. Et bien nos « experts », nos « leaders d’opinion » trouvent que ce produit est une merveilleuse trouvaille. Et surtout, une trouvaille « made in France », il aurait été étonnant qu’un leader en dise du mal. Ils ne disent d’ailleurs JAMAIS du mal d’AUCUN produit, même les plus toxiques ou inefficaces…
    Alors le salut, tu sais…

    BG

    1. C’est certain, il y a du boulot pour nettoyer les écuries d’Augias.

      « Ils passent leur temps à écrire des choses tendancieuses (jamais totalement fausses, mais…)… »

      Un lecteur m’a envoyé la copie d’un article paru en janvier 2010 dans « La Lettre du Cardiologue ».
      Parmi les auteurs, des gens très très connus et dont la liste des liens avec l’industrie est longue comme un jour sans pain.
      En terme de « tendancieux », ce petit paragraphe se déguste lentement:

      « L’ère du 100 % Plavix® est terminée ! À ce jour, 7 génériques sont sur le marché et 13 vont arriver. Les évaluations de ces médicaments sont succinctes et ne reposent que sur des études de bioéquivalence chez le volontaire sain. Aucune donnée chez le patient n’a été notée. Les sels sont très divers et variés, avec possiblement des effets sur la tolérance digestive et l’absorption intestinale. Il faut donc, chez nos patients stentés et atteints de SCA, privilégier le véritable Plavix®, et ce d’autant que tous les génériques n’ont pas l’AMM dans le SCA et le stent ! Il faut donc mettre, pour le moment, “non substituable” en toutes lettres sur l’ordonnance de nos patients admis pour SCA ou chez qui un stent vient d’être posé. »

      La Lettre du Cardiologue • n° 431 – janvier 2010• p 16-22

      [SCA= Syndrome Coronarien Aigu]

      Petites précisions:
      La bioéquivalence d’un générique et d’un princeps est garantie par l’Afssaps.
      Les génériques n’ont en effet pas la même AMM simplement pour des raisons administratives (les génériqueurs n’ont pas demandé telle ou telle AMM, le dédale européen est parfois responsable de telle différences, certaines indications sont protégées par un brevet). Ces différences n’ont donc aucun support pharmacologique.
      Je ne sais pas d’où vient cette histoire de différence de tolérance.
      En théorie, la loi oblige le médecin à prescrire en DCI à partir du moment qu’il existe un générique.
      L’utilisation du « non substituable » me semble donc être particulièrement tendancieux dans ce cas.

  2. J’ai regardé, grâce à toi, l’émission qui est en video sur le site web. Je n’ai pas été étonnée par son contenu, ce dont des choses que l’on sait ici, que l’on déplore d’ailleurs, mais qui ne changent guère, – et qui sont en passe de perdurer. Les lobbys pharmaceutiques, tout comme les compagnies d’assurance font tout pour faire capoter la réforme de santé si nécessaire. Les lois sur la publicité pour les médicaments si mes souvenirs sont bons font que les publicités pour les médicaments n’existent pas en France ?

    Aux USA les spots télévisés sont des matraquages constants. Je ne regarde plus depuis des années, mais le hasard a fait qu’il y a une semaine, au lieu de regarder une émission comme à mon accoutumée sur Internet, j’ai choisi de la regarder depuis le poste – et du coup j’ai été exposée au matraquage : ça tombait que c’était l’heure des anxieux, car il n’y a pas eu moins de trois spots en quarante-cinq minutes pour des médicaments (à chaque fois différents !) pour lutter contre la dépression.

    Je crois que j’ai presque envie d’en faire un billet depuis mon point de vue – un point de vue de personne avec un diagnostique psychiatrique depuis 1988, et qui a choisi de vivre sans médicaments, surtout depuis ma dernière expérience. Le reportage d’Envoyé Spécial montre assez bien les dilemnes des médecins qui prescrivent à des dépressifs récidivistes des drogues auxquels ils s’accoutument tant qu’ils ne peuvent plus s’en passer, c’est quand même assez terrifiant de se dire ça !

    Et si j’ai bien compris (mais je ne suis pas certaine) la discussion sur l’efficacité des antidépresseurs, c’est en fait l’efficacité de l’effet placebo qui est prouvée. Ce qui me renforce dans l’idée que je me débrouille plutôt bien avec mon auto-non-médication (je ne suis pas en proie à des idées suicidaires, et si jamais mon état devait se détériorer à ce point, je me ferais surtout hospitaliser d’abord).

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