Le prix des choses.

On m’a demandé récemment où je mettais mon argent.

La question, sans sous-entendu ni arrière-pensée m’a été posée dans le cadre d’une transaction commerciale banale, un achat de véhicule, pour tout dire.

J’ai été surpris par la question, et j’ai répondu par une pirouette de diversion: « Je suis dauphinois« , dans le sens je suis radin.

Mon interlocuteur s’étonnais que j’achète une petite voiture (je change ma Yaris noire par une grise!) alors que mes confrères roulent habituellement plus cossu.

« Vous mettez votre argent dans la maison?« .

Non plus. Pas non plus dans les vêtements, étant donné mon jean bleu délavé et mon vieux pardessus.

Ni dans les voyages, ni dans les montres, ni dans les objets high-tech, ni dans un cartable Hermès…

Je me suis alors posé la question, mais qu’est-ce que je peux bien faire de mon argent?

Curieux comme une remarque anodine, et encore une fois dénuée de toute malignité peut me faire douter de mes positions.

Et d’abord, ai-je une position définie sur le sujet?

Et d’abord, faut-il en faire obligatoirement quelque chose? Dans le sens dans lequel l’entendait peut-être mon interlocuteur, c’est à dire pour me faire plaisir, ou pour le faire voir.

J’ai touché du doigt l’imperceptible, mais néanmoins bien réelle poussée sociale qui fait que tout corps de métier plongé dans l’argent subit une force inverse qui tend à le lui faire dépenser et montrer aux autres.

Ben non, je suis un rebelle (vous le savez déjà), et je m’oppose de tout mon poids à cette loi.

Reste la question de ce que je fais avec ce que je gagne.

Je ne le verse certes pas dans ma baignoire pour prendre des bains dedans, comme le faisait l’oncle Picsou, et comme le font encore les vieux dauphinois.

J’achète du temps.

J’achète pour mon épouse et moi-même du temps passé avec mes enfants. J’achète des parties de Playmobil en cours de semaine, j’achète le temps passé auprès de ma petite femme, j’achète enfin une certaine indépendance vis à vis de mon travail, passion qui peut vite devenir tyrannique.

Ca coûte très très cher, n’est même pas tangible, mais pour moi, c’est sans prix.

Dans la période actuelle où tout le monde s’arrête de consommer par peur ou nécessité (je prédis une épidémie d’accidents cardio-vasculaires chez les vendeurs de voiture), je ne donne donc pas le bon exemple.

Tant pis, je suis un rebelle (vous allez finir par le croire) et j’avais commencé bien avant le début de ce grand et lent affaissement qui laisse tout le monde stupéfait.


8 Replies to “Le prix des choses.”

  1. Une approche complémentaire est de se dire que l’intérêt d’un emploi qualifié, c’est de pouvoir acheter du temps. La technique que j’emploie est la suivante : si le coût d’un service me permettant d’économiser du temps est inférieur à ce que j’aurais gagné pendant le même temps, je paie pour le service (par exemple, prendre un taxi plutôt que le RER pour aller à l’aéroport en-dehors des heures de pointe, donner mes chemises à la blanchisserie etc). C’est très satisfaisant de voir que, paradoxalement, le travail permet d’acheter du temps.

  2. c’est bien devant l’achat du temps que nous voyons notre « paupérisation »:combien d’heures de cardiologue après impots pour une journée de maçon, moralité le bricolage devient un loisir obligatoire!

  3. cf à propos de l’auteur:
    Déclaration publique d’intérêts:
    (…)
    2. Mes revenus proviennent :
    (…)
    – de placements financiers non liés à des établissements produisant ou exploitant des produits de santé.

    Ca c’est de la Rébellion !

  4. Si les rebelles étaient tous de votre trempe, on verrait sans doute Jean-Marie Messier sur les T-shirts et les posters des ados du monde entier.

    On croirait lire un dialogue de Plus Belle la Vie, il ne nous manque plus que le récit d’un fait d’arme altruiste pour faire pleurer dans les chaumières et briller nos pupilles d’admiration.

    Carole Bouquet sors de ce blog!!!

    Le Dauphiné hiberné

    1. Ah, je vois que le second degré n’est pas encore arrivé jusqu’à vous.
      Ça viendra un jour, ne vous inquiétez pas.
      « Plus belle la vie » semble déjà y tenir une place de choix.
      Il faut bien débuter quelque part…

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