Wall E

J’ai vu Wall E en DVD cette après-midi.

Mieux vaut tard que jamais, mais vous le savez, si vous aimez les avant-premières de films, vaut mieux pas les chercher sur ce blog!


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La critique de notre société et les innombrables références en font un excellent Pixar.

Les enfants l’avaient vu au cinéma et cela avait généré une petite histoire qui me fait toujours sourire.

Peu après, mon fils cadet (4 ans à la sortie) jouait avec sa petite copine du même âge.

« J’ai vu Wall E au cinéma!

La petite, surprise:

– Moi, je l’ai vu dans le salon!

– Moi, au cinéma!« 

Et ainsi de suite…

En fait, la petite parlait de son oncle Ouali qui à l’époque séjournait chez ses grands-parents…

Depuis, j’imagine l’oncle Ouali (que je ne connais pas) pousser des petits bruits électroniques et se mettre en cube dans le salon…

Grandiose.

Au coeur des ténèbres

Toute l’Europe avait contribué à la création de Kurtz ; et par degrés j’appris que, comme c’était tout indiqué, l’Association Internationale pour la Suppression des Coutumes Sauvages lui avait confié la préparation d’un rapport, pour sa gouverne future. Et de plus, il l’avait écrit. Je l’ai vu. Je l’ai lu. Il était éloquent, vibrant d’éloquence, mais trop tendu, à mon sens. Dix-sept pages d’écriture serrée, il en avait trouvé le temps ! Mais ce dut être avant que ses – disons ses nerfs – se détraquent, lui faisant présider certaines danses nocturnes couronnées par des rites inavouables qui – pour autant que j’ai pu le comprendre par ce que j’ai entendu malgré moi à diverses reprises, – lui étaient offerts – vous saisissez ? – à lui, M. Kurtz. Mais c’était un beau morceau d’écriture. Le paragraphe d’ouverture, toutefois, à la lumière d’informations ultérieures, me frappe maintenant comme de mauvais augure. Il commence par l’argument que nous autres Blancs, du point de développement auquel nous sommes arrivés, « doivent nécessairement leur apparaître (aux sauvages) comme une classe d’êtres surnaturels – à notre approche ils perçoivent une puissance comme d’une déité », etc. « Par le simple exercice de notre volonté nous pouvons exercer un pouvoir bénéfique pratiquement sans limites », etc. De ce point il s’élevait et m’entraînait. La péroraison était magnifique, bien que difficile à se rappeler, comme vous pensez. Elle me donnait l’idée d’une Immensité exotique gouvernée par une auguste Bienfaisance. Elle me donna des picotements d’enthousiasme. C’était là le pouvoir sans bornes de l’éloquence, des mots, des mots nobles et brûlants. Il n’y avait pas une suggestion pratique pour interrompre le cours magique des phrases, à moins qu’une espèce de note au bas de la dernière page, gribouillée évidemment beaucoup plus tard, d’une écriture tremblée, ne pût être regardée comme l’exposé d’une méthode. C’était très simple, et à la fin de cet appel émouvant à tous les sentiments altruistes qu’il faisait flamboyer devant vous, lumineux et terrifiant, comme un éclair dans un ciel serein : « Exterminez toutes ces brutes ! »

 

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« Un soir que j’entrais avec une bougie je fus saisi de l’entendre dire d’une voix un peu tremblée, « je suis là couché dans le noir à attendre la mort ». La lumière était à un pied de ses yeux. Je me forçais à murmurer, « bah, des bêtises ! » debout au-dessus de lui, comme pétrifié.

« De comparable au changement qui altéra ses traits, je n’avais jamais rien vu, et j’espère ne rien revoir. Oh, je n’étais pas ému. J’étais fasciné. C’était comme si un voile se fût déchiré. Je vis sur cette figure d’ivoire une expression de sombre orgueil, de puissance sans pitié, de terreur abjecte – de désespoir intense et sans rémission. Revivait-il sa vie dans tous les détails du désir, de la tentation, de l’abandon pendant ce moment suprême de connaissance absolue ? Il eut un cri murmuré envers une image, une vision – il eut par deux fois un cri qui n’était qu’un souffle :

« « Horreur ! Horreur ! »

« Je soufflai la bougie et je sortis de la cabine. Les pèlerins dînaient au carré et je pris place en face du Directeur, qui leva vers moi un regard interrogateur, que je parvins à ignorer. Il se renversa un peu, serein, avec ce sourire particulier dont il scellait les profondeurs inexprimées de sa petitesse. Une pluie continue de petites mouches ruisselait sur la lampe, sur la nappe, sur nos mains et sur nos visages. Soudain le boy du Directeur passa son insolente tête noire par l’encadrement de la porte et dit d’un ton de mépris cinglant :

« « Missié Kurtz – lui mort. »

 

Joseph Conrad

Au coeur des ténèbres.

 

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« Au coeur des ténèbres« , version intégrale en format PDF (235 ko).

 

Un article du journal « le Monde »

 

« Au coeur des ténèbres » et « Joseph Conrad » sur Wikipedia.