Chère Gélule…

Ta note m’a bouleversé.

Et ce, d’autant plus que j’ai la chance de te connaître « dans la vraie vie » depuis des années et que je sais à quel point tu aimes tes patients et ton métier.

Tu n’as rien d’une « nantie », tu n’as pas de relation tarifée avec les laboratoires et je présume que tu n’as jamais demandé le moindre dépassement d’honoraires ou de dessous de table (autre sujet bien croustillant).

Petite aparté, gagner sa vie en faisant bien et honnêtement son travail est plus qu’honorable. Ceux qui crachent ce nom à la face des autres devraient se souvenir que l’on est toujours le « nanti » d’un autre.

Tu travailles en ayant à l’esprit qu’une seule chose, l’intérêt de tes patients, pas le tien.

Je sais tes inquiétudes quand l’un d’entre eux ne va pas bien, ou quand tu penses t’être trompée.

N’écoute pas les aigris, ceux qui croient savoir, ceux qui se gavent, ceux qui ne raisonnent qu’en terme électoraliste.

Sois fière de ce que tu es, ne baisse surtout pas les bras, ne te laisse pas abattre. Je ne dis pas « ne change pas », car ce serait t’insulter.

Trace ton sillon droit, ne perds pas ton temps et ton énergie à regarder s’agiter les médiocres.

Malheureusement, il y en aura de plus en plus et ils seront de plus en plus avides de sang. La crise, comme la mer, monte. L’agressivité des crabes aussi, au fur et à mesure que leur rocher est submergé.

Reste au dessus de tout cela, continue à servir d’exemple à nous tous, médecins en devenir, jeunes médecins, vieux médecins.

Continue à soigner tes patients avec ton cœur et ta raison, rien d’autre ne compte.

N’abandonne pas.

S’il te plaît.

Angor Pectoris

L’angine de poitrine était encore au XIXième une vaste terra incognita. Si la clinique était brillamment exposée, ses étiologies étaient âprement débattues. Je présume qu’à l’époque, l’insuffisance aortique (rhumatismale ou syphilitique) venait largement troubler notre dilemme actuel devant une précordialgie d’allure angineuse: origine coronaire, ou pas?

Téléchargez le convecteur temporel (en fait, c’est trop tard, mais nous ne sommes pas à un paradoxe temporel près…), et cap vers le XIXième, le siècle triomphant de la médecine française…

Heureusement, Gallica, le portail de la BNF remplace avantageusement cette défunte App…

Honneur au géant de l’époque, Armand Trousseau et sa célébrissime Clinique médicale de l’Hôtel Dieu de Paris.

Dans cette édition de 1861-1862, Armand le grand fait une description saisissante, j’oserais dire poignante de l’angor pectoris. Par contre, il ne croit pas à une cause anatomique, notamment coronaire. Pour lui, c’est le plus souvent une névralgie, parfois mortelle, mais une névralgie quand même.

Les savants, scindés en deux clans, les partisans de la névralgie et ceux qui croient à une cause anatomique, s’affrontent à coup de traités parfois uniquement dédiés à l’angine de poitrine.

A chaque fois, les descriptions des cas cliniques valent leur pesant de pop-corn.

Actuellement, on s’écharpe sur les p et les seuils de non-infériorité. A l’époque, c’était celui qui avait le plus beau cas clinique (au mieux accompagné d’une autopsie, normale ou non) qui gagnait.

Voici quelques autres ouvrages so XIXième qui s’intéressent à l’angor pectoris:

Dans ce dernier ouvrage, j’aime bien cette description de l’angine de poitrine grave:

Lorsque cette affection a duré quelques mois, les attaques ne cessent plus aussi vite par le repos et l’immobilité; elles reparoissent non-seulement quand les malades se promènent, mais encore quand ils sont couchés, ce qui les oblige pendant plusieurs mois de suite à sortir chaque nuit de leur lit. Dans ces cas invétérés, le paroxysme revient par le mouvement du cheval ou du carrosse, même en avalant, en toussant, en parlant, en allant à la selle, ou par quelque inquiétude d’esprit.

Maintenant, on dirait qu’il/elle a eu une angine de poitrine en regardant un match de l’OM (j’ai vécu la situation)/si le Mac plante, ou devant les Feux de l’Amour

Le lapin

Ça fait longtemps que je n’avais pas parlé d’un livre sur ce blog.

Pour renouer avec le genre, je vais innover, je vais vous parler d’un bouquin que je n’ai pas vraiment aimé.

Je viens juste de terminer Les tribulations d’un lapin en Laponie de Tuomas Kyrö. Il s’agit d’un road movie (road book?) scandinave assez semblable au (Le) vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson.

Je ne dois pas aimer le genre, car si j’ai peiné pour finir le lapin, je n’ai jamais réussi à terminer le vieux.

Pour  le lapin, il s’agit de la fuite d’un SDF roumain dans la Finlande profonde et les aventures extraordinaires qui lui arrivent au hasard de rencontres loufoques. L’écriture est légère, et l’auteur met à profit les petites scénettes fofolles qui parsèment le livre pour critiquer avec humour et ironie le mode de vie Finlandais, plus largement occidental. Mais des scénettes successives ne font pas un récit, et l’ironie détachée de l’auteur devient rapidement répétitive.

Le destin extraordinaire de ce pauvre SDF à la fin du livre l’est tellement que j’ai parcouru les 50 (75?) dernières pages d’un œil distrait.

Pourquoi le Lorgeril sur la photo? Pour montrer à celui qui me l’a envoyé que je ne l’ai ni donné, ni jeté, et qu’il est le suivant sur la liste.

(enfin presque, il faudrait que je relise Clara et la pénombre de Somoza…)