Le Roi des Aulnes (2)

Cramponné au bord de la fenêtre ouverte, je suffoque comme un poisson jeté sur le sable sec. J’envisage en désespoir de cause de consulter un médecin, malgré la répulsion que m’inspirent les hommes de cette épouvantable profession, laquelle consiste à dénuder et à toucher sans amour les corps qui en auraient le plus grand besoin. Et je ne parle pas des âmes! Comment songer sans horreur à ces asiles où l’on enferme les possédés du démon que les faux prêtres, enfantés à profusion par Rome, ne veulent ni ne peuvent exorciser, et que l’on qualifie de « malades mentaux » afin de pouvoir les livrer à la discrétion des médecins derrière des murailles capitonnées?

Si j’allais voir un médecin, il faudrait que ce fût le plus humble, le plus pauvre, le moins « savant ». Je prendrais place dans son antichambre parmi les foules des clochards et des putains, et c’est dans son regard que je trouverais en premier lieu le vulnéraire de mes plaies.

Mais j’ai une meilleure idée. Puisqu’un vétérinaire soigne aussi bien des colibris que des éléphants, pourquoi ne soignerait-il pas un homme? Je vais faire antichambre chez le plus proche vétérinaire entre une chatte brehaigne et un perroquet chassieux, et quand mon tour sera venu, je le supplierai, à genoux s’il le faut, de ne pas me refuser les soins qu’il prodigue à nos frères inférieurs. Je ferais tant, qu’il faudra bien qu’il me traite tout de même qu’un cochon d’Inde ou un loulou de Poméranie. A défaut de chaleur humaine, du moins trouverai-je chez lui de la chaleur animale, et lui au moins ne cherchera pas à me faire parler.

Le Roi des Aulnes (1970).

Gallimard.

Michel Tournier.


Back to the Future

On va prendre une machine à remonter le temps ce matin…

Nous sommes en 2003, souvenez-vous.

En France, le carton de l’année, c’était ça:

Dans le Monde, cette merveille:

Vous y êtes?

Une molécule très prometteuse dans le traitement du diabète était alors sous les feux de la rampe, la rosiglitazone (Avandia®).

Feuilletons ensemble quelques pages de l’époque du Quotidien du Médecin.

Remarquons au passage que cette année-là, GSK a obtenu le prix Information thérapeutique du MEDEC pour sa démarche éthique d’information sur le diabète de type 2 et sa prise en charge, à l’occasion du lancement de leur spécialité Avandia (rosiglitazone). (Quotidien du Médecin, 19/12/2003).

Bon évidemment, cette distinction apparait un peu ironique quand on connait l’histoire du Dr. John Buse qui est résumée dans cet extraordinaire rapport sénatorial  américain (à déguster en lisant la lettre d’autocritique du médecin, publiée dans le NYT).

Mais ce prix souligne, qu’heureusement pour le praticien, GSK est connu comme étant un laboratoire notoirement éthique.

Sinon…

Vous me trouvez sans doute excessif, caricatural, clownesque, et vous avez bien raison.

Toutefois, veuillez noter qu’heureusement pour lui aussi, un autre praticien, le Dr Gurkipal Singh a eu la chance d’être confronté à un autre laboratoire notoirement éthique, Merck, quand il a émis des doutes sur le Vioxx® (voir le reportage de la NPR et surtout un autre document extraordinaire ici).

Sinon…

Passons ensuite à un article de Congrès Hebdo du 19/09/2003, Glitazones : au-delà du diabète la cardioprotection.

J’adore ce passage:

Dans les études menées avec la rosiglitazone (Avandia), ce médicament diminue l’insulino-résistance globale et l’accumulation de graisses intrahépatiques. Il a un effet sur la pression artérielle qu’il abaisse d’environ 3,5 mm pour la systolique et diminue la microalbuminurie de -21 à -43 %. Sur les lipides, la rosiglitazone augmente le HDL progressivement sur 18 mois. Les particules LDL sont plus larges et donc moins athérogènes. Le rapport cholestérol total/HDL diminue. La rosiglitazone a un effet sur les paramètres de la coagulation et notamment l’inhibiteur d’activateur du plasminogène PAI 1 qu’elle diminue de 20 %. La rosiglitazone agit sur les marqueurs de l’inflammation, en particulier sur les métalo-protéinases impliquées dans la rupture de plaque. Elle réduit de 26 % la CRP chez les diabétiques de type 2. Chez l’animal, elle inhibe le développement de l’athérosclérose. La rosiglitazone protège des lésions d’ischémie perfusion.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

Je ne veux pas faire d’anachronisme.

En 2003, on n’avait pas la moindre idée des problèmes cardio-vasculaires engendrés par la rosiglitazone, il est donc parfaitement normal que cet article n’y fasse pas allusion. Ce n’est qu’en 2007, avec la méta-analyse de Nissen qu’on a commencé à s’inquiéter.

Ce que je veux pointer dans ce passage précis, c’est que la rosiglitazone était (et reste) un médicament merveilleusement efficace sur des critères intermédiaires.

Bon, certes, son rapport bénéfice/risques est défavorable en raison de l’augmentation du risque cardiovasculaire, mais elle améliore  néanmoins de façon fantastique des tas et des tas de paramètres non cliniques.

La prochaine fois qu’on vous présentera une molécule infra-cliniquement merveilleusement efficace, demandez son action sur la morbidité et la mortalité.

Les seuls critères qui devraient être importants lorsque l’on prescrit un médicament sont la qualité et la durée de vie du patient.

 

 

 

Le NYT mobile et AdSense

Je suis un grand fan du NYT, mais j’avoue que sur le coup, ils m’ont déçu…

Bon, c’est certain, il faut être un peu geek, c’est à dire lire le NYT sur son iPhone pour repérer ce que je considère comme une hérésie, mais aujourd’hui, je suis tombé là-dessus:

Photobucket

Avec un tapotage, on se retrouve sur leur page d’accueil.

C’est d’autant plus choquant que le NYT a toujours dénoncé les agissements de cette secte (j’en avais parlé ici).

Jamais je n’ai vu une telle publicité sur leur site non optimisé.

J’ai l’impression que l’administrateur d’une page optimisée ne peut pas contrôler la publicité AdSense qui passe dessus.

Le problème est qu’il la cautionne de facto.

Il y a quelques semaines, j’ai fait une copie d’écran d’une page optimisée d’un blogueur médical que j’apprécie beaucoup, qui montrait une horrible publicité pour un médicament qui a récemment pas mal fait parler de lui. Le bandeau couronnait une note qui justement discutait  de ce produit…

Ça faisait vraiment pas propre.

Par charité athée, j’ai effacé la photo et je ne dirai pas qui c’était.

(Bon, je vais être sympa pour mes concitoyens administrateurs ayant un site optimisé et amis de l’indépendance, ce blogueur n’est pas français 😉 ).

Pour faire passer la première horreur, la pire, encore un peu de Jamiroquai à fond à fond à fond:

Rhhhhhââââââ, la version de Space Cowboy….

(Enjoy, Stéphane)