Back to the Future

On va prendre une machine à remonter le temps ce matin…

Nous sommes en 2003, souvenez-vous.

En France, le carton de l’année, c’était ça:

Dans le Monde, cette merveille:

Vous y êtes?

Une molécule très prometteuse dans le traitement du diabète était alors sous les feux de la rampe, la rosiglitazone (Avandia®).

Feuilletons ensemble quelques pages de l’époque du Quotidien du Médecin.

Remarquons au passage que cette année-là, GSK a obtenu le prix Information thérapeutique du MEDEC pour sa démarche éthique d’information sur le diabète de type 2 et sa prise en charge, à l’occasion du lancement de leur spécialité Avandia (rosiglitazone). (Quotidien du Médecin, 19/12/2003).

Bon évidemment, cette distinction apparait un peu ironique quand on connait l’histoire du Dr. John Buse qui est résumée dans cet extraordinaire rapport sénatorial  américain (à déguster en lisant la lettre d’autocritique du médecin, publiée dans le NYT).

Mais ce prix souligne, qu’heureusement pour le praticien, GSK est connu comme étant un laboratoire notoirement éthique.

Sinon…

Vous me trouvez sans doute excessif, caricatural, clownesque, et vous avez bien raison.

Toutefois, veuillez noter qu’heureusement pour lui aussi, un autre praticien, le Dr Gurkipal Singh a eu la chance d’être confronté à un autre laboratoire notoirement éthique, Merck, quand il a émis des doutes sur le Vioxx® (voir le reportage de la NPR et surtout un autre document extraordinaire ici).

Sinon…

Passons ensuite à un article de Congrès Hebdo du 19/09/2003, Glitazones : au-delà du diabète la cardioprotection.

J’adore ce passage:

Dans les études menées avec la rosiglitazone (Avandia), ce médicament diminue l’insulino-résistance globale et l’accumulation de graisses intrahépatiques. Il a un effet sur la pression artérielle qu’il abaisse d’environ 3,5 mm pour la systolique et diminue la microalbuminurie de -21 à -43 %. Sur les lipides, la rosiglitazone augmente le HDL progressivement sur 18 mois. Les particules LDL sont plus larges et donc moins athérogènes. Le rapport cholestérol total/HDL diminue. La rosiglitazone a un effet sur les paramètres de la coagulation et notamment l’inhibiteur d’activateur du plasminogène PAI 1 qu’elle diminue de 20 %. La rosiglitazone agit sur les marqueurs de l’inflammation, en particulier sur les métalo-protéinases impliquées dans la rupture de plaque. Elle réduit de 26 % la CRP chez les diabétiques de type 2. Chez l’animal, elle inhibe le développement de l’athérosclérose. La rosiglitazone protège des lésions d’ischémie perfusion.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

Je ne veux pas faire d’anachronisme.

En 2003, on n’avait pas la moindre idée des problèmes cardio-vasculaires engendrés par la rosiglitazone, il est donc parfaitement normal que cet article n’y fasse pas allusion. Ce n’est qu’en 2007, avec la méta-analyse de Nissen qu’on a commencé à s’inquiéter.

Ce que je veux pointer dans ce passage précis, c’est que la rosiglitazone était (et reste) un médicament merveilleusement efficace sur des critères intermédiaires.

Bon, certes, son rapport bénéfice/risques est défavorable en raison de l’augmentation du risque cardiovasculaire, mais elle améliore  néanmoins de façon fantastique des tas et des tas de paramètres non cliniques.

La prochaine fois qu’on vous présentera une molécule infra-cliniquement merveilleusement efficace, demandez son action sur la morbidité et la mortalité.

Les seuls critères qui devraient être importants lorsque l’on prescrit un médicament sont la qualité et la durée de vie du patient.