Liaisons dangereuses

Je vous conseille d’ajouter à vos flux RSS le blog Cardiobrief de Larry Husten que j’ai déjà cité plusieurs fois.

Larry Husten n’est pas cardiologue ni même médecin, mais il a été le rédacteur en chef de theheart.org de 1999 à 2008. J’ai très souvent cité theheart.org qui reste pour moi la référence des sites d’actualité cardio-vasculaire, aussi bien dans sa version anglaise que dans sa version française.

Theheart.org m’a toujours semblé honnête et relativement indépendant de l’industrie, deux qualités incroyablement rares. La plupart des articles (hors FMC), en tout cas dans la version anglaise donnent la parole à plusieurs intervenants, assez souvent antagonistes et font confiance en l’intelligence du lecteur pour se faire son opinion. Lisez la presse médicale française (hors Prescrire, bien entendu) et vous comprendrez que theheart.org est vraiment une exception fragile.

Je présume que Larry Husten dont l’indépendance semble être le credo a participé à  l’élaboration de cette marque de fabrique. Il a déjà dénoncé à plusieurs reprises dans son blog les liaisons dangereuses entre l’industrie et la formation médicale (par exemple ici).

Récemment, une de ses notes m’a fait découvrir un prospectus destiné à des firmes pharmaceutiques, et édité par l’organisateur d’un congrès dédié aux prothèses valvulaires cardiaques, domaine où l’argent coule à flots.

Dans ce prospectus, tout est à vendre, notamment un repas en tête à tête avec un universitaire américain pour US$6000. Imaginez le cadeau pour un bon client, c’est à dire un bon implanteur de prothèse, pouvoir dîner avec une des références mondiales de son domaine…

Évidemment, ça fait un peu escort-girl, à vrai dire c’est même franchement choquant. Et n’allez pas accuser la mentalité nord-américaine, puisque cela a aussi choqué Larry Husten. Autre chose l’a chiffonné, et moi aussi en contre-coup: les organisateurs de vantaient d’avoir pour partenaire theheart.org afin d’amplifier l’impact de ce congrès sur la toile.

Je pense que la note a jeté un froid, car les organisateurs ont retiré ce prospectus de leur site, bafouillé un mot d’excuse, et Shelley Wood, la rédactrice en chef actuelle de theheart.org a tenu à remettre les choses au point.

Personne, à part les intéressés, ne saura jamais jusqu’à quel point le partenariat entre les organisateurs du congrès et theheart.org serait allé sans cette note. Quoiqu’il en soit, cet épisode est révélateur, car il illustre à merveille les liaisons dangereuses qui lient l’industrie et le journalisme médical. On parle bien moins de ces conflits d’intérêts que ceux qui lient médecins et industrie, mais ils me semblent tout aussi délétères. Imaginez comme la tentation doit être immense pour les deux côtés, d’autant plus que sauf méconnaissance de ma part, il existe encore moins de garde-fous que pour les médecins.

J’espère que theheart.org saura garder ses distances car c’est ce pare feu, pour reprendre l’expression de Shelley Wood, entre l’industrie et sa ligne éditoriale qui en fait toute la qualité.

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

4 thoughts on “Liaisons dangereuses”

  1. très intéressant
    savez vous si le mm genre de choses existe en oph ?
    quelques voix s’élèvent parmi les confrères pour se poser les questions qui fachent face aux implants et tt de la DMLA mais elles sont du style « chuchottements ».
    pour un congrès à l’étranger, il avait été sussuré que les médicaux pouvaient se faire financer par leurs correspondants chirurgicaux =>refus de notre part mais lors de ce congrès il m’a semblé que nous étions parmi les rares à avoir payé « plein pot » .

      1. Difficile de le savoir mais, basiquement, il n’y a pas de raison que ce soit fondamentalement différent « chez nous ». La tentation dépend des enjeux économiques. Au mois de juin avait lieu à Lyon le congrès de l’INOS (International Neuro-Ophtalmology Society). De la neuro donc, versant ophtalmo. Aucun labo ne s’est empressé de m’en parler et de m’offrir une subvention car nous intervenons surtout sur le versant diagnostique et l’enjeu de prescription est faible. J’ai pû me l’offrir sans douleur malgré des droits « significatifs ». En revanche, dans 4 ans c’est à Singapour, va falloir que je mette des noisettes de coté. Bien sûr, ce n’est pas la même chanson lorsque l’enjeu de prescription concerne la DMLA ou le glaucome et, là, on nous parle tout de suite du congrès de l’American Academy, ou de Hong Kong…

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