Le toucher

J’ai trouvé ce matin un petit texte intéressant dans le NYT. Une interniste semble y redécouvrir la valeur du toucher au cours d »une consultation médicale.

J’ai quand même trouvé étonnant qu’elle ait à s’interroger sur ce sujet, tant il me paraît naturel et fondamental de toucher un patient au cours d’une consultation.

Elle a raison de souligner que le toucher est encore ce qui différencie les soignants de la plupart des autres professions. C’est même ce qui la rend si humaine.

Le toucher est tellement proscrit dans nos sociétés, parce que c’est sale, c’est équivoque, malsain, que de toucher un patient au cours d’une consultation, indique au médecin, comme au patient, attention, cette parenthèse qui s’ouvre au sein de nos relations sociales respectives est unique et rare, on touche du doigt, encore le toucher, cela n’est pas un hasard, l’humanité profonde.

On arrange tellement de choses en tenant une main.

Qui touche-on à part son amoureuse, et ses enfants?

Ses patients.

En cardiologie, ne pas toucher me semblerait aussi aberrant que de ne pas écouter.

Comment apprécier la consistance d’un œdème, la solidité d’une sternotomie récente, la nature d’un silence auscultatoire pulmonaire, la froideur d’un doigt de pied blanc,  ou l’engorgement d’un foie sans le toucher?

Ce matin, chez une patiente, je n’ai pas retrouvé d’œdème, mais un pli cutané, et un appui ferme sur le foie ne m’a pas permis de dévoiler de turgescence jugulaire. J’ai jeté un coup d’œil en échographie par facilité, mais cet examen ne m’a rien apporté de plus, strictement rien par rapport au toucher et au reste de mon examen.

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

10 thoughts on “Le toucher”

  1. Bonjour,
    Je viens de lire l’article en question et il apparaît que c’est plutot la patiente de ce médecin qui semble frustrée de ne pas avoir eu d’examen clinique avec toucher etc…
    Peut-être qu’aux USA, il y a une sorte de pudeur ou pudibonderie dès qu’on évoque le contact physique, même si c’est dans un cadre médical.

  2. Voir,toucher,écouter,sentir…c’est ce qui fait la diférence entre le médecin et un programme informatique de diagnostic bien fait.
    Il y a 30 ans,quand les ordinateurs n’étaient pas encore des outils du quotidien, un ami étudiant en physique nucléaire égaré au milieu d’un groupe d’étudiant en médecine nous a provoqué en nous disant que d’ici quelques années nous pourrions, nous les médecins être remplacés par des ordinateurs. Nous avons passé la nuit a essayé de lui (nous) prouver que non, lui nous a fait découvrir les (futures) possibilités de l’informatique et était convaincu que les ordinateurs feraient moins d’erreurs de diagnostic que nous pauvres humains à la mémoire et à la logique déficientes.

  3. La mesure systématique de la tension artérielle lors d’une consultation de médecine générale n’a probablement pas grand intérêt. Pour ma part, je préfère faire faire des automesures de temps en temps à mes patients hypertendus.
    Pourtant, je continue à pratiquer ce rituel qui rassure les patients et qui est, je trouve, l’occasion d’un contact physique qui peut être apaisant. Vingt secondes de toucher en silence.

    1. C’est vrai, puis le rôle du médecin ne se limite pas à prescrire des médicaments ou des examens avec des machines souvent effrayant. effrayant par leur coté du silence, du non expliqué par le médecin. J’ai vu assez de médecins spécialistes avec mon père, qui font des examens en n’expliquant rien avant et à peine un mot en conclusion et renvoient au généraliste. Un généraliste qui doit attendre le courrier du spécialiste en pensant que son collègue avait annoncé les faits au malade, le patient reste dans le doute entre temps – bonjour l’angoisse pour les peureux. Surtout tout ce qui touche le diabète, la prise en charge explicative et informatique, entre les médecins eux-même, puis avec le malade, est défaillante en France (il y a 14 ans).

      Je préfère nettement un médecin qui ne soit autant au courant des nouveautés technologiques, mais communique et écoute ce que moi, le patient, ai à dire. La médecine technologique est bien, je n’ai rien contre, tant que le soignant n’oublie pas qu’il a un être vivant en face.

      Bon dimanche

  4. De la part d’un interniste, on tombe sur le cul ! Je me souviens encore de Bertrand Wechsler, pas loin de la retraite à la Salpétrière, qui nous sommait, avec un oeil faussement benoït, d’aller réexplorer les plis du scrotum d’un patient suspect de Behçet à la recherche de l’aphte ! Puis de montrer la photo: et voilà ! Le public d’ophtalmos a apprécié… Pour ceux qui ont connu l’autre Grange-Blanche, le premier cours d’urologie de Dubernard nous est mémorable depuis qu’il nous intimât l’ordre de faire un TR à toute première consultation sous peine de faute professionnelle. Le charivari perplexe et goguenard de l’amphi lui fit immédiatement perdre un calme que la nature lui avait compté parcimonieusement. On s’est bien marrés. Mais j’ai moins rigolé quand une obstétricienne a déclaré à ma femme qu’elle avait le col ouvert de 2 cm (2 cm !!) à 4 mois de grossesse et qu’à partir de maintenant il fallait garder le lit. Sans la toucher autrement qu’avec sa sonde échographique. Quand j’ai demandé à Pascale si elle était allée vérifier avec ses doigts la réponse

  5. (fausse manoeuvre, excuses)
    … a été que la consultation se bornait à la promenade de la sonde sans absolument aucun toucher.
    Par définition, un médecin clinicien qui ne touche pas me paraît très, très, suspect.

    1. dans le cadre précis de la grossesse, c’est compliqué :
      si un TV est pratiqué puis que l’accouchement se déclenche prématurément, le clinicien prie très fort pour ne pas avoir de problème
      c’est pour ça que l’écho endo est devenue globalement la première appréciation d’un col. D’autre part, si je me souviens bien quand on a un col ouvert à l’écho, c’est qu’il est ouvert aussi au toucher ( la grosse question est de combien ??? ), mais par contre il ne faut jamais se dire : le col est fermé à l’écho donc tout va bien, même des petits signes échographiques indirects ( par exemple une bonne « tonicité » de l’orifice interne au bout de la sonde ) n’affirment en rien sa fermeture.
      Donc c’est compliqué😦

      1. Je le crois volontiers et je n’ai rien dit (j’assistais à cette consultation). On était au 4°-5° mois, ce n’était pas une écho endo et, d’après ce que j’ai appris de la patiente, aucune consultation du début à la fin de cette grossesse n’a jamais fait l’objet d’autre chose que d’une écho transcutanée (je rectifie une erreur coupable, il ne s’agissait pas d’une obstétricienne).
        Enfin, la naissance s’est bien passée, à peine la mère installée l’enfant est sorti comme une balle et la sage-femme a fait un bel arrêt de volée avant qu’il s’écrase sur le mur en face!

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