Gêne-ériques

Depuis hier, et à la suite de la lecture de cette recommandation de l’Afssaps, je suis un peu gêné aux entournures.

Elle concerne les génériques de la levothyroxine, donc c’est de l’endocrino, domaine sur lequel je suis particulièrement incompétent.

Ceci explique peut-être cela, cette note est aussi un appel du pied à ceux qui comprennent.

Le texte de l’Afssaps recommande donc de faire une TSH après substitution en arguant notamment:

Ainsi, chez certains patients, une variation de l’exposition, même très faible, éventuellement occasionnée par le changement de formulation à base de lévothyroxine sodique, peut perturber l’équilibre thérapeutique.

D’accord, je comprends parfaitement que la marge soit étroite, et donc que la substitution d’un princeps par un générique soit plus délicate (ou entre deux génériques). Le cas est même prévu par les textes puisque la fameuse marge 0.80-1.25 dans laquelle doit se situer l’intervalle de confiance de l’AUC peut être revue à la baisse.

Ce qui est justement le cas puisque le texte parle d’une marge de 0.9-1.11, soit une marge divisée par deux.

On teste la bioéquivalence d’un générique en utilisant une marge diminuée car on sait que l’index thérapeutique est étroit, et pourtant on conseille quand même de vérifier si le générique a bien le même effet sur le bilan thyroidien.

C’est pas un peu curieux, quand même?

D’autant plus que ce communiqué a été publié le 20 mai, et que les génériques de la lévothyroxine ont une AMM depuis le 30 mars 2009 pour le générique Biogaran et le 19 octobre 2009 pour le Ratiopharm.

L’Afssaps a-t-elle émis cette recommandation au moment de ces deux commercialisations? Du genre, tout est parfaitement équivalent, mais au cas ou, contrôlez. Ce qui me semblerait être une recommandation de simple bon sens. Si ce n’est pas le cas, ça ressemble un peu à un problème découvert a posteriori.

Si la marge est si étroite, dommage que l’on ne soit pas aperçu avant d’autoriser la sortie de ces génériques, notamment en identifiant les patients à risque?

Bon, maintenant, par curiosité, allez lire les fora de patients dysthyroïdiens. C’est Madame Michu au café du commerce, mais on y trouve quand même des histoires assez similaires de déséquilibre après substitution.

Est-ce le fait de ne plus prendre un traitement auquel ils étaient habitués, ou encore un coup de l’effet nocebo des génériques?

C’est pareil, on vous le dit, mais finalement vérifiez quand même.

Et si on change de générique, si par exemple la pharmacie habituelle est fermée ou que l’on est en voyage?

Peut-être est-ce aussi moi qui ait interprété un texte bien banal qui n’en demandait pas tant. Peut-être est-ce aussi une simple méconnaissance de ma part…

A la base, les choses ne sont en effet pas simples.

Ce document de l’EMA donne notamment des définitions bien utiles pour cerner le problème.

Ce n’est donc pas encore aujourd’hui que je vais écrire une note de synthèse sur le sujet. Chaque fois que j’avance d’un pas, je me rends compte qu’il faudra en faire deux de plus pour commencer à l’appréhender.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Qualité des médicaments génériques – Aspects réglementaires et pharmaceutiques. Afssaps 2009.

CPMP. Note for Guidance on the Investigation of Bioavailability and Bioequivalence.

CHMP. Guideline on the Investigation of Bioequivalence.

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

4 thoughts on “Gêne-ériques”

  1. Gloups !

    Le débat est ouvert : des fora ou des forums ?

    Les experts sont divisés (c’ est leur rôle).

    Ou bien est-ce que les deux se disent (ou se dit) ?

  2. Une TSH doit revenir à 12€ environ. Vérification faite, un mois de traitement standard (125 µg par exemple) revient, avec le levothyrox à 3,10 € et avec le générique à 2,58€.
    Dans ces conditions, un calcul élémentaire démontre qu’il faudrait 2 ans pour « rentabiliser » la substitution, et encore, en ignorant les consultations supplémentaires des patients dont l’équilibre se trouverait, directement ou indirectement, fragilisé.
    On peut donc légitimement se poser la question de l’intérêt économique de la substitution pour ce traitement, il est vrai particulièrement peu coûteux.

    1. Sauf si l’objectif est de diminuer la ligne dépense « médicaments », et non la ligne dépense « examens de laboratoire ». Au final c’est le contribuable qui paie, mais la politique de santé visant à réduire pas à pas les dépenses, en commençant par les médicaments par exemple, sont alors atteints…
      Comment ça je suis médisant ?

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