Correspondances

La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.


Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.


Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,


Ayant l’expansion des choses infinies,

Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.


Charles Baudelaire-Les Fleurs du Mal

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

5 thoughts on “Correspondances”

  1. C’ est beau.

    En voici un autre qui m’ a beaucoup marqué et que je peux encore réciter de mémoire 45 ans après l’ avoir ingurgité dans un contexte scolaire :

    Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
    Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
    Ses petits affamés courent sur le rivage
    En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.

    Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
    Ils courent à leur père avec des cris de joie
    En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.

    Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
    De son aile pendante abritant sa couvée,
    Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.

    Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
    En vain il a des mers fouillé la profondeur;
    L’Océan était vide et la plage déserte;
    Pour toute nourriture il apporte son cœur.

    Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
    Partageant à ses fils ses entrailles de père,
    Dans son amour sublime il berce sa douleur,
    Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
    Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,
    Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.

    Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
    Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
    Il craint que ses enfants ne le laissent vivant,
    Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
    Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
    Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
    Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
    Et que le voyageur attardé sur la plage,
    Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.

    Poète, c’est ainsi que font les grands poètes.
    Ils laissent s’égayer ceux qui vivent un temps;
    Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
    Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.

    Quand ils parlent ainsi d’espérances trompées,
    De tristesse et d’oubli, d’amour et de malheur,
    Ce n’est pas un concert à dilater le cœur.
    Leurs déclamations sont comme des épées:
    Elles tracent dans l’air un cercle éblouissant,
    Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.

    Alfred de Musset

      1. Très belle musique (mais c’ est l’ avis un profane de chez profane).

        Une des (nombreuses) questions que je me pose – et qui restera certainement sans réponse – est celle-ci : est ce que la musique possède des vertus thérapeutiques ?

        Je dis ça parce que les Impromtus de Schubert m’ ont aidé à retrouver le sommeil alors que, comme cela arrive à tout un chacun, je présume, mon passage ici -bas traversait une sombre période.

        C’ est vraiment très bizarre car je suis un indécrottable béotien pour tout ce qui concerne les arts en général.

        Quelqu’ un a un avis ?

    1. Superbe…je n’ai pas le souvenir de l’avoir appris à l’école..
      C’est qd meme spécial , je m’en serais surement souvenu.
      Je l’ai lu 2 fois ,et je crois que je le relirai encore.;=)

  2. Une des (nombreuses) questions que je me pose – et qui restera certainement sans réponse – est celle-ci : est ce que la musique possède des vertus thérapeutiques ?

    Oui, la musique possède des vertus thérapeutiques. La musicothérapie par exemple est très fréquemment utilisée pour les enfants souffrant d’autisme. Et j’ai toujours entendu dire que les vaches à qui on fait écouter de la musique pendant la traite donnent plus de lait.

    Mais je crois que cette vertu thérapeutique n’est pas seulement propre à la musique.
    Se promener dans la nature ou dans les villes le soir avant d’aller se coucher a le même effet apaisasnt.

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