Le signe du tampon de l’anesthésiste

Attention, cette note va faire date dans l’histoire de la médecine!

Je vais y revendiquer la paternité d’un signe clinique, pathognomonique qui plus est, excusez du peu, qui, à ma connaissance n’a jamais été décrit auparavant.

J’en ai eu l’intuition en écrivant les notes sur les anesthésistes fous et ma petite femme enceinte.

Au CHU, examinons un courrier de demande de consultation cardio-vasculaire émanant d’un service de chirurgie ou d’une/un anesthésiste.

Le plus souvent, c’est l’externe qui l’a écrit sur un coin de table. Parfois c’est une lettre circulaire ou il suffit de marquer le nom du patient sur les petits points et où on demande « une consultation pour évaluer l’état cardio-vasculaire de M/Mme…….. qui doit bénéficier d’une intervention chirurgicale » (je n’invente pas, ce courrier circulaire est utilisé actuellement dans un grand CHU en France)

Mais si c’est l’anesthésiste qui a pris la peine de l’écrire et si en plus il/elle a pris soin d’y apposer son tampon en bas de page au lieu de l’ignoble gribouilli habituel, c’est que le patient l’a inquiété(e), qu’il/elle se sent concerné(e) et donc, que le patient à endormir a peut-être en effet un problème cardio-vasculaire devant être pris en compte.

Ce signe dont il reste à déterminer la sensibilité et la spécificité (qui devrait être égale à 1) me semble excellent pour dépister les patients à risque cardio-vasculaire, les vrais, et donc de gagner du temps sur les innombrables consultations « ouverture du parapluie de golf ».

Bon, évidemment, ça ne marche pas en clinique privée.

Un patient qui y rentrerait par inadvertance pour se faire couper les cheveux se verrait d’emblée orienté vers un anesthésiste, qui demanderait systématiquement une consultation cardiologique.

En clinique, la logique est différente, et mon fabuleux « Signe du tampon de l’anesthésiste » n’apporte aucune information pertinente.

(Note pour moi-même, penser à changer le nom peu heureux de ce nouveau signe qui pourrait induire en erreur les générations futures d’étudiants en médecine).

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

5 thoughts on “Le signe du tampon de l’anesthésiste”

  1. à mon humble avis peu sensible et peu spécifique,l’élèment essentiel est le décalage vis à vis de la routine,j’ai en magasins de belles lettres circonstanciées d’anesthèsistes obsessionnels pour des gastroscopies et des torchons d’externes pour des pneunomectomies totales…

  2. Ca fait légèrement un peu vieux jeu ta réflexion sur la clinique privée …
    Il te faut apprendre à vivre avec ton siècle, les cliniques privées sont devenues de super hôpitaux, ou il ne faut pas 3 semaines pour avoir un scanner ou une écho coeur, et 3 mois pour un TEP, et ou les médecins ne s’envoient pas des lettres bidons comme celles que t’adressent les cohortes d’étudiants démotivés qui hantent les couloirs de ton hôpital public si cachectique.

  3. Bah, vieux, pas tellement, je dirais quelques mois.

    Un monsieur de 70 ans environ fait de petits malaises. On l’emmène à l’hôpital. Après quelques jours, on le rassure et on le fait sortir. Il va voir son cardio qui le fait rentrer en clinique. Après quelques jours, on le rassure et on lui met un stimulateur cardiaque. Manque de chance, endocardite sur sonde, 30% de mortalité dans la littérature. Il va à l’hôpital où on lui enlève son stimulateur et on juge qu’il n’a pas besoin d’un avoir un nouveau. J’ai fait sa lettre de sortie hier où j’ai fait le bilan de 3 mois d’hospitalisation et de maison de rééducation.

    Tu vas me dire, c’est un exemple. Mais des comme ça, j’en ai toutes les semaines (en rééducation, on draine quasiment tous les établissements privés et publiques de la région). Tiens, d’autres, un peu plus anciens (pas la même clinique que celle du monsieur: http://grangeblanche.hautetfort.com/archive/2008/01/16/deontologie.html http://grangeblanche.hautetfort.com/archive/2006/02/09/le-tabou.html http://grangeblanche.hautetfort.com/archive/2006/05/17/19-stents.html ).

    Et crois-tu que ce brave Monsieur a une idée de ce qui s’est passé? Dès la semaine prochaine, il va retourner voir son sympathique cardiologue dans sa jolie clinique.

    Je ne crache pas sur le privé (j’y travaille) mais sur les pratiques de malheureusement beaucoup de centres privés qui « optimisent » les soins des patients, et tu perçois très bien ce que peut signifier ce terme mis entre guillemets. Sur toute la ville, j’en connais 2 de bien, voire 3 (ça dépend aussi pas mal des services).

  4. Certes Jean Marie, mais comme il y en a autant à dire sur l’hôpital public, il ne parait pas logique de stigmatiser l’un ou l’autre en tant que tel.

    Que ce soit public ou privé, c’est tout de même sur les médecins et surtout sur la médecine telle que pratiquée de nos jours, qu’il y en a le plus à dire, tu ne crois pas !

    Marion

    1. Uhmm, j’ai dit pis que pendre sur le service public, mais c’est quand même vers lui que j’adresse préférentiellement mes patients. Sauf que de plus en plus, il veut faire « comme le privé », et là ben ça ne va pas aller…

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