Elle était face contre terre dans la salle de détente, avec autour d’elle les autres patients qui murmuraient en faisant cercle.
Ce n’était pas la première fois qu’elle tombait. Je l’avais déjà ramassée dans le hall d’entrée.
Elle avait une hémiplégie sequellaire d’une sale maladie cardiaque, et un cœur au tapis.
Mais à 52 ans, elle avait une volonté impressionnante, et sans jamais se plaindre, toujours elle se relevait pour continuer ses promenades.
Elle était toujours habillée en noir.
En plus, à la maison, ça n’allait pas.
Son second mari a une maîtresse, qu’il a installée, semble-t’il à la maison. Il parait qu’il a demandé le divorce. Et ses trois enfants, issus d’un premier lit habitent au loin.
On se faisait la bise, pas par démagogie, mais parce que nous avions traversé tous les deux une épreuve commune. Un soir, il y a environ 1 an, alors que je ne m’y attendais pas du tout, j’avais diagnostiqué une endocardite sur sa toute nouvelle valve mitrale. On avait longuement parlé, et après cet épisode, on avait décidé tacitement de se faire la bise. Après des semaines d’hôpital et de multiples ré hospitalisations, elle est revenue faire un séjour dans la clinique. J’étais content comme tout de la revoir.
Hier matin, je lui ai conseillé de ne pas se promener dans le parc à cause des fortes rafales de vents qui pouvaient la mettre par terre avec son poids d’oisillon hémiplégique.
Hier après-midi, après avoir fait sortir les autres patients, je l’ai retournée. J’avais compris. Contrairement aux autres fois, elle n’avait pas tourné sa tête pour me dire en souriant « je suis encore tombée! ».
Son visage était mauve. Elle était déjà morte quand elle a touché le sol. Une flaque de pipi s’étendait lentement sous elle.
J’ai rarement été triste comme cela, bien que je me répète comme un mantra qu’une mort subite vaut mieux qu’une longue agonie.
Quinze minutes après sa chute, le sol avait été nettoyé, et les patients buvaient de nouveau leur café devant le distributeur, tout en discutant de choses et d’autres. De sa mort, il ne restait plus rien, pas même un souvenir.
J’ai eu un peu de mal à prévenir son mari.
Il est venu tard, l’haleine sentant la cigarette et l’alcool. Pendant que je lui parlais, je ne pouvais m’empêcher de regarder la femme à ses côtés, toute belle et pomponnée dans un grand manteau blanc.
La vie s’acharne parfois sur certains
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