φάρμακον

Pharmakon, en l’occurrence « pharmacon », vous allez voir pourquoi.

Le commentaire du Toubib sur, je le cite, le « catastrophique quadrisécable d’avk » et son opposition connue au presque monopolistique Préviscan (en tout cas en France) m’a amené à m’intéresser à ces pilules d’anti-vitamines K (AVK) que je prescris à longueur de journée.

D’abord les bases.

En France, on a trois molécules disponibles sous 5 formes galéniques différentes.

  • la fluindione (le Préviscan 20mg)
  • L’acénocoumarol (le Sintrom 4mg et le Minisintrom 1mg)
  • la warfarine (la Coumadine 5 mg et la Coumadine 2 mg)

Ces molécules diffèrent principalement (pour leur utilisation pratique) sur un point, leur demi-vie: l’acénocoumarol a une demi-vie de 8 à 9 heures, la fluindione de 30 heures et la warfarine de 35 à 45 heures.

En général, on préfère les demi-vies longues pour assurer une meilleure stabilité de l’effet, en tout cas c’est ce qui se répète depuis des générations en fac de médecine.

J’ai parlé de quasi monopole en France car la fluindione représente environ 70 % des prescriptions, l’acénocoumarol de 15 à 20% et la warfarine le reste. Comme souvent, nous sommes une exception mondiale car ailleurs, c’est la warfarine qui domine très largement.

La fluindione présente pourtant un risque immuno-allergique notamment cutané que les autres molécules n’ont pas (je n’en ai cependant jamais vu). « Pays de la logique et de la raison pure », comme dit souvent le Toubib.

Les posologies usuelles sont de 20 mg pour la fluindione, 4 à 8 mg pour l’acénocoumarol et 5 à 20 mg pour la warfarine.

Donc toute la subtilité du traitement AVK est pour le médecin et le patient de jongler avec des petites pilules, des moitiés de petites pilules et des quarts de petites pilules pour obtenir une posologie éminemment variable selon le patient afin d’avoir l’efficacité voulue.

Maintenant, sous vos yeux ébahis, les photos:


Photobucket

Photobucket

De gauche à droite: Préviscan 20 mg, Sintrom 5 mg, Minisintrom 1 mg, Coumadine 5 mg et Coumadine 2 mg.

Première remarque, celui qui a créé le minuscule Minisintrom et ses 5 mm de diamètre devrait être fouetté jusqu’au sang en place publique après avoir avalé une boite de Sintrom. J’ai failli l’envoyer sous la table en le sortant de son emballage pour faire la photo. Alors imaginez un octogénaire parkinsonien en sevrage alcoolique…

Deuxième remarque, la quadrisecabilité c’est pas l’idéal. Le comprimé de Préviscan est trop petit pour obtenir des parts égales et il est très difficile à casser. Le Sintrom, lui, me semble trop gros s’il doit être pris entier (j’ai pas essayé).

Finalement, la Coumadine me semble être bien: pas trop gros et facile à couper en deux. Ça tombe bien, c’est le traitement que le reste du monde a choisi majoritairement.

A ce point de la note, vous devez vous poser deux questions (si vous êtes normalement constitués):

  • Pourquoi continue-t’on à  prescrire en France le « moins bon » des AVK ?

Réponse: à part tuer des vieux, je ne vois pas.

  • N‘a-t’il vraiment que ça à faire après ses journées de travail, photographier des comprimés d’AVK alignés sur une table?

Réponse: mon épouse et les petits étant à la neige, je m’ennuie un peu à la maison, alors je m’occupe comme je peux…

Sur ces bonnes paroles, je vais me coucher, je commence à saigner du nez à force de regarder mes petites pilules sous toutes les coutures et de les photographier en macro (20 essais pour arriver à ce résultat médiocre).

Bonne nuit à tous.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°


Modification du 07/03/09, 9h00.

Vivement qu’ils reviennent, je commence à dialoguer avec le comprimé de Coumadine 5 mg, qui est par ailleurs tout à fait sympathique et souriant. Le comprimé de Coumadine 2 mg est sympa aussi, il vient juste de faire son « coming-out » après avoir vu le film « Harvey Milk ». Maintenant, il s’assume enfin aux yeux de tous.

%d blogueurs aiment cette page :