Industriels et associations de patients : vers des liens plus transparents

La HAS a publié récemment les chiffres 2010 des aides déclarées par l’industrie pharmaceutique aux associations de patients.

L’industrie pharmaceutique a déclaré avoir versé 5 millions d’euros à 360 associations. Je ne reviendrais pas sur l’intérêt mutuel d’un tel partenariat.

Je vais plutôt vous montrer comment optimiser l’utilisation de l’outil mis en place par la HAS.

Jusqu’à présent, les données étaient colligées dans un ficher excel à mon avis bien peu ergonomique.

Puis j’ai découvert cette page, et là, l’extraction des données devient simplissime. Prenons deux exemples pour illustrer mon propos.

Voyons voyons, quelles associations je pourrais bien choisir, euhhhh…

Euuuuuhh, je ne fréquente pas trop les associations de patients, veuillez pardonner mon hésitation.

Ah, oui, prenons les deux associations dont un représentant siège au Codeem dans le collège des parties prenantes:

  • Association Française des Diabétiques (le représentant en est le trésorier)
  • Action contre les spondylarthropathies

Dans l’onglet « Sélectionner une fédération », choisissez Association Française des Diabétiques, et vous tombez sur cette page. 321821€, beau score.

Dans l’onglet « Sélectionner une association »; choisissez Action contre les spondylarthropathies, et vous tombez sur cette page. 14000€.

Facile, non?

Par miracle, ni Genopharm, ni Riemser, les deux protagonistes du seul dossier instruit tambour battant par le Codeem à ce jour, font partie des généreux donateurs de ces deux associations. Leurs représentants n’ont donc pas eu à quitter la salle et boire un café au distributeur du fond du couloir durant les débats.

Ah oui, une chose encore, hasard total, je suis récemment tombé sur la déclaration d’intérêt des membres du Codeem publiée par le Leem, notamment celle de nos deux représentants.

La transparence avance, merci la HAS et le Codeem!

La difficile quête de l’indépendance (2)

Je vous avais raconté ici que certaines associations ont eu un peu de mal à appréhender le concept d’indépendance.

L’indépendance, c’est comme les échecs, la définition est simple mais la comprendre et la mettre en pratique peut occuper une vie ou des rayons entiers de bibliothèques.

L’indépendance a le vent en poupe depuis l’affaire du Médiator, ce concept sonne bien à l’oreille, il plaît et il est éthique; et ça tombe bien, à la fois patients et médecins veulent plus d’éthique.

L’indépendance, c’est un peu comme le bio.

Avant, bien peu s’en souciaient, maintenant, tout est bio parce que c’est devenu porteur, à la limite bien plus que parce que le bio est sensé protéger notre environnement et soi même. L’important, c’est de faire semblant.

Même le LEEM s’est mis à l’indépendance en créant un comité indépendant, le CODEEM avec des membres tous plus indépendants les uns des autres. L’important, c’est de faire semblant.

Mais par ailleurs, des professionnels de santé veulent se lancer dans l’indépendance en toute bonne foi.

Parce qu’ils se sont rendus compte que les laboratoires ne sont ni les amis des patients, ni les nôtres.

Ils sont plein de bonne volonté touchante, mais on voit qu’ils ont quand même un peu de mal à appréhender le concept.

Je suis tombé sur une brochure d’une association de FMC, créée par des médecins.

La présentation est alléchante, voire même militante.

(Cliquez pour agrandir)

Hasard (?), ils ont même repris une couleur verte, qui m’a tout de suite fait penser au Formindep.

Quelle déconvenue en dernière page quand on tombe sur une jolie liste de laboratoires financeurs !

Comme vous pouvez le constater, certains sont des références connues et reconnues de l’éthique et de l’indépendance des professionnels de santé.

C’est tellement involontairement caricatural que la bonne volonté est évidente.

Le programme des réunions (non montré) montre qu’en général, le laboratoire qui finance une réunion n’a pas de produit à vendre dans le domaine présenté. On trouve quand même une session « vaccination du voyageur » financée par Sanofi…

Je n’ai aucun doute sur le fait que les sujets présentés et leur traitement soient en effet libres.

Néanmoins, cette FMC indépendante et libre fait partie intégrante de l’illusion qui est entretenue à grands frais par l’industrie pharmaceutique :

  • les laboratoires sont nos amis,
  • ils sont conviviaux,
  • ils nous veulent du bien, ils nous nourrissent et nous instruisent
  • ils sont éthiques et désintéressés depuis demain,
  • tous leurs nouveaux produits sont innovants,
  • les génériques c’est pas bien,
  • vite-prescrivez-de-l’ivabradine-sinon-vos-patient-y-vont-mourir.

Le problème, c’est que l’indépendance, si telle est en effet la voie choisie par le professionnel de santé, chacun restant libre de la suivre ou non, a un coût.

Il faut donc accepter de payer ses notes de restaurant, ses petits fours, et…ses réunions de FMC.

(Merci à ceux qui se reconnaîtront)

Pot-pourri

La semaine a été assez riche en actualités sur les médicaments, mais aucune suffisante pour faire une note étoffée.

Voici donc le petit pot-pourri du samedi matin.

Commençons par l’affaire Genopharm/Riemser. J’ai suivi cette histoire après la lecture de ce tweet fort martial et volontariste de Christian Lajoux:

https://twitter.com/#!/ChristianLajoux/status/138673686378053632

Je me suis demandé ce que le Codeem, dont le domaine de prédilection semble être l’éthique, avait à faire dans cette histoire de fraude supposée, découverte par l’Afssaps et qui doit passer devant la justice (ici, et ici).

Puis je me suis dit que de toute façon je n’étais pas objectif, étant donné ce que je pense de ce machin. J’ai donc été surpris par l’analyse du Figaro, qu’on peut difficilement taxer d’anticapitalisme primaire et d’être défavorable à l’industrie pharmaceutique:

Face à ce possible nouveau scandale, dans un contexte général de défiance vis-à-vis des médicaments et afin de redorer le blason d’une industrie sérieusement écorné, le Leem (le syndicat des industriels du médicament) annonçait, le 22 novembre dernier, la saisine de son Comité de «déontovigilance», mis en place en septembre après l’affaire du Mediator. Il s’agissait d’analyser «les pratiques alléguées du laboratoire Genopharm». Le comité avait promis d’auditionner «dans les meilleurs délais le président de Genopharm et l’avocat qui défend les intérêts de Riemser en France».

Seul Genopharm répondra aux questions du comité le 5 décembre, Riemser ayant décliné l’invitation. Mais ce dernier a envoyé au patron du Leem une copie du dossier déposé au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris et s’est vu opposer une fin de non-recevoir. «Le comité est autonome et ne dépend pas de moi, se défend Christian Lajoux, patron du Leem et également de Sanofi en France au Figaro. Riemser aurait donc dû envoyer son dossier au président du comité.» Certains voient dans la création du Comité de «déontovigilance» une pure opération de communication du Leem tout en pointant du doigt l’ambiguïté d’une procédure disciplinaire en marge d’une procédure pénale. L’affaire ne fait que commencer.

Le néologisme déontovigilance les a fait de toute évidence rire, de même que l’utilité de ce comité.

A quoi sert le Codeem? A priori à rien puisqu’on l’implique dans une histoire où il n’a rien à faire et dont les protagonistes semblent l’ignorer superbement. Envoyer le dossier au Président du Leem! Quelle rigolade! Même les membres de l’industrie se fichent du machin, ou en tout cas ne savent pas eux-même à quoi ça sert.

En définitive, difficile d’exister quand sa seule raison d’être est d’acheter une virginité.

Le Leem, ça devient une institution grolandaise, non?

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La HAS vient de rendre un avis sévère sur l’utilité de l’Arixtra 2.5® (fondaparinux) dans le traitement de la thrombose veineuse superficielle. J’avais parlé de cette indication ici, à l’issue de la publication de l’étude stephanoise CALISTO.

La HAS a fait les mêmes remarques que moi ( 😳 ) sur l’hétérogénéité du critère primaire choisi et le nombre étonnant des patients opérés de leur TVP (sur quels critères?):

En revanche le choix du critère de principal composite est discutable car les événements qui le composent n’ont pas tous la même pertinence clinique : si celle des EP et TVP symptomatiques ne pose pas de problème, il n’est pas établi que l’extension à la jonction saphéno-fémorale soit un facteur de risque de TVP proximale ; et il n’est pas démontré que la récidive de TVS soit un facteur prédictif de l’évolution vers un événement thromboembolique veineux profond (TVP et/ou EP). Or, le résultat observé, reposant surtout sur une réduction de la récidive ou de l’extension de la TVS, est de nature à réduire la taille du bénéfice clinique attendu.

Par ailleurs, aucun critère objectif ne permet d’identifier les TVS pour lesquelles une indication chirurgicale a été posée à l’inclusion et il n’y a pas d’information sur les TVS exclues de l’étude sur ce critère, ni dans quelle proportion.

L’avis de la HAS est intéressant à lire, notamment car il fait le point sur une affection dont le traitement n’est toujours pas codifié en 2011. Pour aiguiser votre esprit critique, relisez l’article élogieux que theheart.org (édition française) avait consacré à CALISTO. Rigolo, non?

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J’ai appris la même semaine que la Dronedarone (Multaq®) et la trimetazidine (Vastarel®) allaient être déremboursées. C’est presque trop de bonheur d’un coup. En lisant cette liste des 28 autres recalés, on trouve aussi le Nexen® et ses génériques, le Fonzylane®, et l’Hexaquine®.

On va devoir réhabiliter Servier, voire les remercier. Les conséquences de l’affaire Mediator® vont peut-être finalement permettre de sauver plus de vies que ce médicament n’en a coûté.

Pour rigoler un peu, voici ce que des tas de gens très biens, et la presse médicale disaient de la dronedarone, il n’y a pas si longtemps:

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La Revue Prescrire a publié un Petit manuel de Pharmacovigilance et de pharmacologie clinique destiné aux soignants. C’est gratuit, bien fait et disponible ici.

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Dans le dernier Prescrire, la rédaction n’a pas tiré à boulets rouges sur le Pradaxa® (dabigatran) dans la fibrillation auriculaire. Curieux, je m’attendais à quelque chose de bien plus saignant.

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La FDA a son compte Twitter depuis longtemps (plusieurs en fait, mais je suis celui-là: @FDA_Drug_Info), l’EMA aussi (@EMA_News), je viens de découvrir celui de la HAS (@HAS_sante). Twitter devient de plus en plus un incontournable de la veille documentaire institutionnelle. Manque plus que l’Afssaps.

Déontovigilance 4

Je tiens à adresser toutes mes félicitations au LEEM pour la naissance du Codeem.

Nous venons de rentrer d’une nouvelle ère d’éthique et de déontologie pour l’industrie pharmaceutique.

Je n’aurais jamais cru voir cela de mon vivant.

Tout va changer.

Au fait, je suis aussi retombé par pur hasard sur la Déclarations des aides versées en 2009 (pas trouvé de données plus récentes) aux associations par les industriels de santé, publiée par la HAS en 2010. Par curiosité, regardez les lignes correspondant à l’AFD (Association Française des Diabétiques) dont l’un des membres du « Collège des parties prenantes » est trésorier national depuis 2004.

Problème pratique de déontologie.

Si Sanofi passe devant le Codeem (c’est impossible, mais supposons), combien de ses membres vont devoir se lever et quitter la salle avant délibération? Même question pour Wyeth.

Vous avez 1 heure.

Bisous.

(Amitiés au très timide et modeste DG d’Astellas Pharma qui m’a fait l’honneur de publier récemment un commentaire sur Grange Blanche)