Une histoire de petite pilule blanche

Ça y est, ça me reprend, je recommence à photographier des comprimés d’anticoagulants!

(ici, ici et ici, une vraie passion….)

En fait, comme le savent déjà ceux qui me suivent sur Twitter, les deux comprimés de gauche sont du Nébivolol 5 mg Arrow, ceux de droite du Préviscan 20 mg.

Les infirmières m’ont signalé que ces deux comprimés se ressemblaient terriblement. De fait, hormis une nuance de blanc un peu différente et une épaisseur un peu supérieure pour le Nébivolol, strictement rien ne permet de les différencier.

Le risque de confusion est d’autant plus grave que ces deux médicaments de la sphère cardio-vasculaire peuvent parfaitement se retrouver sur une même ordonnance.

J’ai mis les photos des blisters, car c’est ainsi que doivent être administrés les médicaments en établissement de santé. Et comme vous pouvez le constater, contrairement aux conditionnements de nombreux autre médicaments, aucun signe ne peut permettre à l’infirmière de distinguer un comprimé d’un autre.

Après avoir parlé de cette histoire sur Twitter, le @Dr_Stephane m’a fait découvrir une alerte très similaire, issue par l’Afssaps le 8 mars 2010, concernant le Préviscan et le Lisinopril EG 20 mg.

Je me suis dit que ça valait quand même peut-être le coup de faire aussi un signalement.

Rien de plus simple, quelque soit le problème concernant une erreur médicamenteuse avérée ou potentielle, l’Agence n’a qu’une seule adresse qui répartit ensuite les demandes au bon bureau parmi la jungle insondable de Saint-Denis, c’est  Le Guichet des Erreurs Médicamenteuses.

C’est si simple que ça paraît pas possible, ni français.

J’ai accompagné ma fiche de la petite bafouille suivante:

Madame, Monsieur,

je souhaite vous rapporter un risque de confusion lié à la similitude des comprimés de Préviscan 20 mg (Merck Santé) et Nébivolol 5 mg Arrow (Arrow).

Les infirmières de mon établissement m’ont rapporté ce risque pour un patient prenant ces deux spécialités.

La délivrance des médicaments se fait alors que ces derniers sont sous blister coupés individuellement par l’équipe de la pharmacie pour des raisons évidentes de manutention.

Comme vous pourrez le constater sur les clichés joints, non seulement les comprimés sont très difficilement discernables puisqu’ils ne comportent aucune marque distinctive, mais ils ne le sont pas plus sous blister individuel.

En faisant quelques recherches, j’ai retrouvé une alerte émise par l’Agence le 8 mars 2010 concernant le risque de confusion entre le Préviscan 20 mg, le Lisinopril EG 20 et « d’autres spécialités ayant une forme de comprimé similaire ».

Malheureusement, le conseil de « conserver les médicaments dans leur blister de façon à pouvoir identifier les comprimés jusqu’au moment de l’administration » est difficilement applicable dans un établissement de soin car de nombreuses plaquettes n’ont pas d’identification en face de chaque comprimé.

Comme pour l’alerte concernant le lisinopril, ce risque de confusion touche malheureusement deux molécules appartenant à la sphère cardio-vasculaire, et ayant donc une probabilité non négligeable de se retrouver conjointement sur l’ordonnance d’un patient.

A notre niveau, nous avons décidé, en concertation avec le Pharmacien-Gérant de l’établissement, le Dr ***, de ne plus administrer ce générique du nébivolol afin de limiter le risque d’erreur.

Au niveau national, je pense que ce signalement va dans le sens et doit accélérer le processus annoncé par la dernière phrase de l’alerte sur le Lisinopril EG 20 mg émise il y a maintenant 14 mois: « L’Agence a engagé avec le laboratoire Procter & Gamble Pharmaceuticals une réflexion pour améliorer rapidement l’identification des comprimés de Previscan. »

Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, en l’expression de ma considération distinguée.

Dr Jean-Marie Vailloud.

PS Je me suis permis d’ajouter en copie conforme de ce message le Dr ***, évaluatrice interne du GTIAM (Groupe de travail sur les Interactions Médicamenteuses) dont je fais partie en temps qu’expert-titulaire, et qui a eu la gentillesse de m’adresser vers vous.

Je vous tiendrai au courant de la réponse.

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La suite de l’histoire ici et ici.