3 patients, 2 histoires

Je souhaite d’abord remercier de leur sollicitude les lecteurs qui se sont inquiétés de mon silence. Rien de notable, simplement rien de bien particulier à raconter et aussi pas mal de temps passé sur mon iPad notamment pour lire Le Nom de la Rose (p 371/599) et jouer avec les petits à Plants vs Zombies.

J’ai quand même croisé récemment deux histoires sans aucun rapport entre elles qui m’ont donné envie d’écrire une note.

La première, concerne un couple de septuagénaires d’origine espagnole, pauci-francophones malgré 40 ans passés de ce côté des Pyrénées. J’imagine une vie sociale très limitée, centrée sur le couple, et réduite au strict minimum pour ce qui est des relations à l’extérieur. Je dis j’imagine, car même sous la torture, vous ne me ferez pas parler espagnol. Ils avaient donc l’air gentil, mais parlaient un français tellement torturé que lui, il causait espagnol couramment.

Le courrier médical du généraliste était remarquable par son absence totale d’information, même médicale:
Cher confrère, merci d’assurer le suivi cardiologique de M. et Mme Xez. (griffonné à la dégoûtée)


Cette agraphie que ne renierait pas un chirurgien orthopédique confine au foutage de gueule quand elle émane d’un médecin.

J’ai compris avec pas mal de difficultés que le couple était hypertendu mais ma légitime fierté de linguiste très vaguement latiniste fut brève car ils ne se souvenaient ni l’un ni l’autre du traitement et bien entendu l’ordonnance était à la maison, quelle-idée-aussi-de-devoir-toujours-trimballer-ce-bout-de-papier-chez-le-médecin-ma-brave-Simone.

Je leur ai diplomatiquement expliqué que cette consultation m’a rempli d’une joie intense, mais qu’elle n’a servi à rien, et que non, je n’ai pas le temps d’appeler le généraliste agraphique car il n’est pas dit qu’il ne soit pas non plus aphone, amnésique et de surcroît anosognosique  et que non, je ne peux pas non plus attendre qu’ils reviennent avec l’ordonnance car ma vacation est pleine, mystère ineffable du CHU, amen.

Deuxième histoire.

Une femme enceinte de 2 mois, 25-30 ans, sans antécédent se plaint de l’aine gauche. On tourne un peu autour du diagnostic, ou plutôt l’inverse, les diagnostics tournent autour d’elle durant une semaine. Elle est finalement hospitalisée car la douleur augmente. Comme elle a eu un moment une jambe un peu grosse, une consœur demande un doppler sans y croire.

En fait, il y avait une thrombose veineuse extensive et parfaitement occlusive du réseau veineux profond remontant au moins sur l’iliaque. Je n’ai pas pu voir la tête du thrombus à cause de l’utérus gravide. Cliniquement rien, sauf une douleur à la flexion de la cuisse et une douleur à la palpation de l’aine. Une telle thrombose aurait eu une traduction extrêmement bruyante du fait de la stase chez quelqu’un en dehors d’une grossesse. Mais les modifications hormonales de cette dernière « ouvrent » une telle quantité de collatérales veineuses notamment pelviennes que le retour veineux s’effectue presque normalement, même si le réseau profond est totalement occlus.

J’avais déjà raconté une histoire similaire ici, mais cet exemple récent m’a encore frappé. Heureusement que la consœur, qui est brillante par ailleurs, y a pensé, même si elle n’y croyait pas. Il faut être paranoïaque chez la femme enceinte.

Station de métro Timone. 6 médecins célèbres enfantés par la citée phocéenne en 2500 ans d’histoire et le serment d’Hippocrate en VO à terre (Fallot, le second en partant de la droite est né à Sète, mais Sète, c’est Marseille)