La Provence éternelle

Après 3/4 d’heure de discussion sur son état clinique, mais aussi sur la littérature et un ou deux sujets d’actualité, je me prépare à prendre congé d’un patient et de sa femme, tous deux dans leur septième décennie.

Comment dois-je vous appeler?

Jean-Marie!

D’accord, comme le Pen…

Je fais abstraction, car bien évidemment, je supporte ce fardeau depuis fort longtemps.

Je suis d’accord avec lui, quand il s’oppose à ce qu' »ils » viennent souiller la Provence de Pagnol!

Son épouse le foudroie des yeux et lui demande d’arrêter de raconter de telles âneries.

Monsieur ***, vous ne faites pas non plus partie du tableau de la Provence éternelle, et si il était au pouvoir, vous seriez parmi les seconds sur la liste.

Son épouse consternée approuve.

Terrible, quand même, cet aveuglement qui conduit à se jeter dans les bras de la bête.

Terrible, aussi, une telle amnésie.

Ni lui, ni sa famille n’ont jamais fait partie d’une image idyllique qui n’a jamais existé que dans l’imagination de romanciers, de poètes ou dans la vision pervertie de politiciens qui font leur beurre du « c’était mieux avant ».

Dans le même ordre d’idée, et sans que je lui raconte cette histoire, un copain généraliste m’a dit qu’il avait remarqué une multiplication de propos racistes depuis que l’équipe de France a été sortie comme une malpropre du Mondial.

Sa conclusion était que l’état de grâce « black-blanc-beur » de 1998 était bien révolu.

Cet état de grâce, a-t-il seulement eu lieu en dehors des vignettes publicitaires?

Si oui, c’est que la fraternité et l’égalité sont proportionnelles au nombre de buts marqués par un membre de telle ethnie/race/religion/couleur de peau….

Et dans ce cas, c’est encore plus dramatique.