De Marengo au Grand Turc

Je regarde le défilé du 14 juillet avec mes enfants comme je le faisais avec mon grand-père quand il était toujours parmi nous.

Les enfants m’assaillent de questions, comme je devais le faire.

J’ai remarqué dans ce défilé deux incongruités assez étonnantes.

Depuis toujours, le Président arrive et la Garde Républicaine joue la Marche de la Garde Consulaire à Marengo:

Une belle marche militaire, Marengo, Napoléon, cette musique chargée d’histoire a surtout une certaine prestance.

En fin de défilé, lorsque le petit Nicolas s’est levé pour saluer les chefs d’États, la Garde a joué une musique là-aussii magnifique et chargée d’histoire, mais dont la signification est tout autre: La Marche pour la cérémonie des Turcs que JB Lully a composée pour illustrer un tableau du Bourgeois Gentilhomme.

Là, on est dans le bouffe, le ridicule, à mille lieues du moment qu’elle est censée illustrer. On ne devrait pas la coller au déplacement d’un Président de la République.

Mais là, elle va très bien au petit Nicolas.

Et ce n’est pas la première année. Ce n’est donc pas un hasard.

Je serais curieux de savoir qui a eu l’idée saugrenue de la lui coller sur le dos.

Soit quelqu’un de raisonnablement cultivé et qui n’aime pas le petit Nicolas, soit un inculte.

Je penche pour la première hypothèse.

Je serais aussi curieux de ce qu’en aurait pensé un Chirac ou un Mitterrand. Je présume quand même qu’ils auraient tiqué.

Autre détail qui m’a fait hérisser les poils: que l’École des mousses défile avant l’X et Saint-Cyr, et que l’on enrobe ça dans la béchamel de l’égalité des chances.

Ils sont bien gentils, les mousses, mais bon, leur école n’est ni Polytechnique, ni Saint-Cyr.

Tous les Polytechniciens et tous les Saint-Cyriens, passés ou actuels ont certainement dû apprécier le symbole.

Pour l’égalité des chances, Saint-Cyr a deux siècles d’avance sur les mousses puisque qu’un des majors de Saint-Cyr aurait été noir, ce qui expliquerait une fameuse phrase attribuée à Mac Mahon:

Alors qu’il allait passer en revue les élèves de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, Mac-Mahon fut informé que le soldat le plus brillant de la promotion était noir de peau. A l’école militaire de Saint-Cyr le mot nègre est du reste utilisé depuis le XIXe siècle pour désigner le major, c’est-à-dire l’élève le plus brillant de la promotion. Arrivé devant lui, et alors qu’il était évidemment difficile de ne pas reconnaître le soldat, Mac-Mahon lui demanda : « Ah c’est vous le nègre ? ». Et à court de mots, il ajouta : « Très bien, continuez ! ». (Source)

(je suis incapable de savoir si cette anecdote est vraie ou non, pour cette note, on dira qu’elle l’est)

L’égalité des chances, ce n’est pas rabaisser les meilleurs, mais permettre à tous, sans aucune distinction, d’avoir l’opportunité d’y accéder.

Ou quand la droite rend ridicule et absurde un symbole républicain en voulant faire populiste et  singer la gauche.

Comme disait Napoléon, du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas.

Aucun rapport, mais je suis tombé sur cette article du NYT sur les séquelles post traumatiques qui font des ravages dans les rangs de l’armée américaine.

Un excellent contrepoint à ce défilé, en somme.