Viens là, cousine…

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L’autopsie de Toutankhamon fait les délices des médias depuis quelques jours.

En fait, l’article qui a tout déclenché a été publié dans le JAMA du jour, joli coup de pub pour la revue.

En résumé, il était terriblement consanguin et est probablement mort du paludisme, et non d’une mauvaise chute, comme on le croyait précédemment.

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Cette histoire milite encore une fois pour aller cueillir des gènes ailleurs que dans sa famille, voire au mieux en dehors de son phénotype.

A force de vouloir garder un « sang pur », notion qui n’a strictement aucun sens, certains hommes n’ont fait que transformer leur lignée en suite heureusement rapidement interrompue de crétins congénitaux maladifs. L’histoire de « Nueva Germania » est tout à fait emblématique.

Mais la consanguinité peut avoir des motifs biens plus prosaïques.

L’arbre de mon épouse qui remonte au 14ème siècle fourmille de mariages entre cousins pour conserver nom, titres et biens « dans la famille ».

Voire, l’isolement géographique aidant, on prenait ce que l’on trouvait, même si c’était une cousine plus ou moins proche.

Ainsi, de mon côté, ça remonte pas bien loin, mais 6 générations au dessus de la mienne, deux Vailloud se sont unis pour le meilleur et le pire. Ils étaient cousins dans un tout petit village de l’Ain, où il y avait (il y a toujours) des tas de Vailloud.

Brrrrrrrrrrrr.

Et c’est vrai que dans ma famille paternelle, il y a quand même eu quelques individus pas trop montrables pendant les fêtes de village.

Ça expliquerait peut-être certaines choses pour moi…

« Ce n’est pas de ma faute, je suis une victime (victimisation: compte triple), je suis un crétin congénital ».

Du côté de mon épouse ça c’est pas bien terminé dans les années 30 et un de ses ancêtres aurait mis en garde le Duc de Guise sur le perron du château de Blois. Quelle curieuse idée…

Mes deux fils n’ont pas l’air trop atteints, ce qui est finalement assez remarquable étant donné les croisements dont ils sont issus.

Là où il y a peu de gènes, il n’y a pas de plaisir.


°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Zahi Hawass; Yehia Z. Gad; Somaia Ismail; Rabab Khairat; Dina Fathalla; Naglaa Hasan; Amal Ahmed; Hisham Elleithy; Markus Ball; Fawzi Gaballah; Sally Wasef; Mohamed Fateen; Hany Amer; Paul Gostner; Ashraf Selim; Albert Zink; Carsten M. Pusch. Ancestry and Pathology in King Tutankhamun’s Family. JAMA 2010;303(7):638-647.


Howard Markel. King Tutankhamun, Modern Medical Science, and the Expanding Boundaries of Historical Inquiry. JAMA. 2010;303(7):667-668.




Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

14 thoughts on “Viens là, cousine…”

  1. Une question que je me pose depuis toujours sans jamais avoir trouvé de réponse satisfaisante : pourquoi la consanguinité est elle source de catastrophes chez les mammifères humains et source « d’amélioration » chez les mammifères canins, équins ou félins ? ? ?

    1. La cosanguinité n’améliore rien chez les animaux.
      Il suffit de voir les catastrophes dans les élevages de chiens dit de « race », dysplasie de hanche du labrador, maladie kystique rénale du bull terrier, hemophilie du dalmatien et j’en passe. L’inbreeding permet de faire sortir des caractéristiques phénotypique « favorables », taille, forme du museau et autres mais elle est délétére pour d’autres choses. Tout est une question de choix, dans les caractéristiques qui intéressent l’éléveur.
      Pour les chats c’est la même chose, polykystose rénale autosomique dominante chez les persans même si c’est un trait dominant, mais certainement le choix d’un beau male ou d’une belle femelle porteuse du gène a donné une descendance nombreuse et malade. Maintenant on tue ces bestioles malades…
      Pour les chevaux c’est pareil, une maladie exceptionnelle chez l’homme le syndrome de westphall est fréquent chez certains sous groupes de chevaux.
      La cosanguinité en limitant le brassage génétique favorise la fréquence d’émergeance des maladies récessives et appauvris la diversité génétique rendant l’espèce plus sensible à des problèmes environnementaux.
      C’est le problème des espèces en voie de disparition, le niveau de cosanguinité est telle que même protégée elles meurent de maladies favorisées par leur faible variabilité génétique.
      La cosanguinité est toujours néfaste. Le métissage est une source de résistance. La diversité génétique et culturelle est une richesse. Sur ce blog, je n’ose pas retourner le couteau dans la plaie et parler d’identité😉

      1. Enfin une réponse complète, limpide et éclairée à mes interrogations sur le sujet.
        J’apprécie en particulier votre dernier paragraphe : j’ai beaucoup voyagé pendant près de 50 ans et j’ai retiré la conviction que si la principale richesse des hommes réside bien dans leur diversité culturelle, le regard des hommes est le même partout : nous sommes tous des citoyens du monde.

      2. Les guépards se meurent de consanguinité dans la savane africaine.
        Hasard rigolo, c’est dans le « Guépard » que se trouve ces lignes fabuleuses:

        « Même les femmes qui étaient au bal ne lui plaisaient pas : deux ou trois parmi les plus âgées avaient été ses maîtresses et en les voyant maintenant alourdies par les années et leurs belles-filles, il peinait à recréer pour lui-même l’image de ce qu’elles avaient été vingt ans auparavant et il s’irritait en pensant qu’il avait gâché ses meilleures années à poursuivre (et à atteindre) des femmes aussi négligées. Et même les jeunes ne lui disaient pas grand-chose, sauf deux : la très jeune duchesse de Palma dont il admirait les yeux gris et la suavité sévère du port, et aussi Tutù Làscari dont il aurait su tirer, s’il avait été plus jeune, des accords très singuliers. Mais les autres… heureusement que des ténèbres de Donnafugata avait émergé Angelica pour montrer aux Palermitaines ce qu’était une belle femme.

        On ne pouvait pas lui donner tort : dans ces années-là la fréquence des mariages entre cousins, dictés par la paresse sexuelle et par des calculs terriens, la rareté de protéines dans l’alimentation aggravée par l’abondance d’amidon, le manque total d’air frais et de mouvement, avaient rempli les salons d’une foule de jeunes filles incroyablement petites, invraisemblablement olivâtres, insupportablement gazouillantes ; elles passaient leur temps coagulées entre elles, ne lançant que des appels en chœur aux jeunes hommes apeurés, destinées, semblait-il, à ne servir que de toile de fond aux trois ou quatre belles créatures qui comme la blonde Maria Palma, la très belle Eleonora Giardinelli passaient en glissant comme des cygnes sur un étang rempli de grenouilles. »

        Autre exemple classique qui devrait vous plaire, Pierre, les Bourbons espagnols consanguins peints par Goya.

        Dernier exemple historique, les julio-claudiens qui ont donnés des tas de tarés, et dont l’arbre généalogique est éloquent.

        Quand à l' »identité », je n’ai pas suivi le débat et tu pourras de moins en moins te moquer, Stéphane, cette année abstention et non renouvellement de ma carte!
        L’identité n’est certainement pas génomique, c’est la seule chose dont je sois certain.

        1. Quelle belle langue que celle du seigneur de Lampedusa ! Latine par sa si élégante sensualité, avec des aspects presque Britanniques par son humour et sa distance, universelle par sa lucidité et sa manière de véhiculer le désir : il y a partout dans le monde des hommes qui rêvent de » tirer des femmes aux port sévère et aux yeux magnifiquement gris des accords très singuliers »
          Quant à Goya, peintre froid des paroxysmes humains,il devrait être enseigné a Saint Anne !

        2. Tu as jeté l’éponge ou plutôt la carte. Je ne pourrai donc plus te taquiner. J’attendrai que tu prennes la carte du NPA pour faire de l’anti trotskisme de base😉

    1. Très bon article et commentaires, sauf que la bonne approche n’est pas celle de la culpabilisation (très anglo saxon) mais de la législation (très français) : il suffit (excusez moi du peu) de donner une identité aux animaux, de les considérer comme sujet et de sanctionner pénalement les abandons, maltraitances et autres violences : le statut de sujet avec carte d’identité, filiation enregistrée à l’état civil est sans doute utopique mais constitue la vraie solution.
      C’est un luxe que notre société de gaspillage peut se permettre

  2. Beau coup de pub pour le JAMA, mais quelque part dommage pour l’article : il a sûrement du être refusé par Science et Nature pour y être publié

    Regrettable, il est intéressant à tellement de titres !

  3. Ah, je m’étais posé la question pour l’Ain car des Vaillouds, il y en a dans ma famille ( je les tutoie, au passage😉 )
    Brassons, brassons LOL

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