Les génériques, c’est pas automatique

Le Canard Enchaîné du jour est assez excellent.

C’est vrai aussi que l’affaire du « Prince Jean » a beaucoup inspiré les dessinateurs et les fines plumes du journal.

(La caricature en une sur l’ascenseur social et celle de la page 3 sur le député UMP qui se confie au époux Balkany sont très bonnes)

Mais ce sont deux articles sur deux sujets très différents qui ont attiré mon attention.

Le premier, « Stats suffit« , en première page, se moque des circonvolutions sémantiques cache-misère d’un communiqué du Ministère de l’Intérieur sur les chiffres de la délinquance du mois de Septembre 2009.

Comme c’est un chef-d’œuvre, voici l’intégralité du fameux communiqué:

« Chiffres de la délinquance du mois de septembre 2009
Mis à jour le : 13/10/2009 17:08
Les chiffres communiqués par l’Observatoire national de la délinquance pour le mois de septembre 2009 démontrent que, si la délinquance avait légèrement augmenté depuis le mois de mars, cette tendance a été globalement cassée en septembre, qu’il s’agisse de la délinquance générale [+0,35% en septembre] ou de la délinquance de proximité [-0,07% en septembre].

Plusieurs évolutions positives doivent être notées :

  • le nombre de cambriolages augmente de manière sensiblement moindre en septembre [+5%] qu’en août [+7,55%] ;

  • le taux d’élucidation est globalement stabilisé : il s’établit à 37,35% au mois de septembre ;

  • la diminution de -5,52% des faits de criminalité organisée, au mois de septembre 2009 ;

  • le recul de -2,35% des infractions économiques et financières et escroqueries, sur le dernier mois ;

  • la diminution des vols d’automobiles de -0,41% au mois de septembre ;

  • un ralentissement de la tendance à la hausse des atteintes volontaires à l’intégrité physique : si celles-ci augmentaient de +4,8% sur 12 mois en août 2009, ce taux a diminué, en un mois, de 0,7 point.

Brice HORTEFEUX a pris acte de cette stabilisation globale de la délinquance et des différentes évolutions enregistrées en septembre.

Cette stabilisation rompt avec l’augmentation générale constatée depuis mars 2009.

A l’occasion des réunions de travail organisées place Beauvau comme lors de ses déplacements sur le terrain, le ministre de l’intérieur a rappelé aux préfets, aux fonctionnaires de la police nationale et aux militaires de la gendarmerie nationale l’objectif commun d’une baisse de la délinquance au cours du dernier trimestre 2009 par rapport à la même période de 2008. »

On dirait presque la conclusion d’une étude négative financée par l’industrie pharmaceutique.

Le second, intitulé sobrement « Les ruses des labos pour piller la Sécu » résume entre autres et en quelques lignes un rapport de la Communauté Européenne daté du 08/07/09 qui s’est intéressé justement aux manœuvres des firmes pharmaceutique pour torpiller le développement de l’industrie du générique.

J’ai parcouru rapidement le résumé de 33 pages du rapport final qui en fait 533.

Rien de bien nouveau sous le soleil (notamment dénigrement des génériques, et vente à prix cassés aux pharmacies des hôpitaux ou des cliniques), mais une mine de faits pour ceux qui sont intéressés par le sujet.

J’ai retenu le paragraphe suivant qui fait écho à une ancienne note sur un article de PLoS:

« Pendant la période 2000-2007, les laboratoires de princeps ont consacré à des activités de R&D menées à l’échelle mondiale en moyenne 17 % du chiffre d’affaires qu’ils ont réalisé avec les médicaments vendus sur ordonnance (environ 1,5 % consacré à de la recherche fondamentale destinée à découvrir de nouveaux médicaments potentiels et 15,5 % consacrés au développement, à l’aide d’essais, des médicaments potentiels identifiés pour en faire des produits suffisamment sûrs et efficaces pour être commercialisés). Pendant cette période, leurs dépenses en opérations de vente et de promotion se sont élevées à 23 % de leur chiffre d’affaires. En 2007, les coûts de fabrication ont représenté 21 % du chiffre d’affaires total des laboratoires de princeps. Ces laboratoires sont tributaires, dans une large mesure, de l’achat de composés auprès de tiers. En 2007, 35 % environ des molécules des laboratoires de princeps qui étaient en attente d’une autorisation de mise sur le marché avaient été achetées ou produites sous licence. Certains de ces tiers sont des petites ou moyennes entreprises, présentes dans le secteur de la biotechnologie par exemple. En 2007, le plus gros poste de dépenses pour les fabricants de génériques était la fabrication (51 %), suivie de la commercialisation (13 %) et des activités de R&D (7 %), ce qui montre bien qu’ils ont une structure de coûts différente. »

Au moins, là, les choses sont claires, l’industrie dépense plus (et pas mal plus) pour vendre ses produits que pour en chercher de nouveaux.

Juste en dessous, un article sur le Secteur Optionnel, mais comme je n’ai pas suivi l’histoire, je n’ai pas d’avis dessus.

Petit papa wordpress…merci, merci, merci…

Les programmeurs de wordpress.com ont bien travaillé, et maintenant l’ensemble des blogs hébergés par eux ont une version iPhone (enfin mobile).

Pour Grange Blanche, ça donne cela:

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En trois mots: content content content

Le traitement de l’information médicale, à propos d’un cas (4)

Il me restait quelques données à vous fournir.

Je comptais même rédiger une discussion et une conclusion pour achever cette série d’articles sur le traitement de la carrière du rimonabant par le Quotidien du Médecin.

La première grande limitation de cette étude est qu’elle n’est pas scientifique. Si elle l’a été un jour, en projet, elle l’est devenue de moins en moins au fur et à mesure que je creusais le sujet.

L’autre grande limitation est le moteur de recherche du Quotidien dont je ne connais aucune caractéristique, notamment la base de données qu’il permet d’explorer. Si ça se trouve, le Quotidien a publié des dizaines d’articles exposant leurs doutes sur la sécurité d’utilisation du rimonabant à partir du 13/06/07 (date de l’avis négatif des experts de la FDA) ou diffusant les alertes de sécurité des autorités sanitaires, notamment l’alerte de l’AFSSAPS du 11/07/08 et la nouvelle de la suspension d’AMM de ce produit. Si l’un de vous trouve un de ces articles, qu’il n’hésite pas à m’en faire part, je corrigerais bien volontiers mes données.

Mais j’avoue que je sature un peu beaucoup sur le sujet.

Je vais donc vous proposer un petit jeu qui devrait être tout aussi éclairant qu’une fin d’article laborieuse.

Je vais vous fournir cinq couples d’extraits de textes traitant du rimonabant.

Cinq d’entre eux sont tirés d’articles du Quotidien, les cinq autres de documents émanant de Sanofi-Aventis, (lettres aux actionnaires, communiqués de presse, mises à jour réglementaires…) et retrouvés sur leur site internet grâce à leur excellent moteur de recherche interne.

Devinez quelle est la source de chaque extrait, ça devrait être facile:


  • 1.a ). « Deux études pivot montrent l’intérêt d’Acomplia TM (rimonabant) pour une nouvelle approche de prise en charge du risque cardiovasculaire chez les personnes en surpoids ou obèses et chez les fumeurs. Les résultats des essais Rio-Lipids et Stratus-US annoncés aujourd’hui à l’occasion du congrès de l’American College of Cardiology. »


  • 1.b ). « RIO-Lipids et Stratus-US, deux études pivots dont les résultats viennent d’être présentés pour la première fois au cours du Congrès annuel de l’American College of Cardiology, suggèrent que le rimonabant est un traitement prometteur permettant à la fois de lutter contre l’obésité et d’aider à l’arrêt du tabagisme. »


  • 2.a ). « Le rimonabant est le premier antagoniste des récepteurs CB1 approuvé dans cette indication. Ces récepteurs sont présents dans le cerveau et les organes périphériques qui participent au métabolisme du glucose et des lipides, y compris tissu adipeux, foie, voies digestives et muscles. En bloquant sélectivement les récepteurs CB1, Acomplia freine la suractivation du système endocannabinoïde au rôle important dans la régulation du poids, de l’équilibre énergétique et du métabolisme glucido-lipidique. »


  • 2.b ). « Le rimonabant est le premier inhibiteur sélectif des récepteurs CB1 permettant de réduire la suractivité du système endocannabinoïde (système EC), récemment caractérisé. Les récepteurs CB1, qui font partie du système EC, sont situés dans le cerveau mais aussi dans les organes périphériques et notamment dans le tissu adipeux, le foie, les muscles, le pancréas et les voies digestives. Des recherches ont montré que le système EC joue un rôle important dans l’équilibre énergétique et qu’il intervient directement dans le métabolisme du sucre et des graisses. »


  • 3.a ). « Une suractivité du système EC entraîne un gain de poids et favorise le stockage des graisses dans les cellules et dans le foie. »


  • 3.b ). « La suractivité du système endocannabinoïde (système EC) dans le tissu adipeux et les muscles favorise l’accumulation de graisse et diminue la capture du glucose, ce qui peut accroître le risque de développer une résistance à l’insuline et une mauvaise tolérance au glucose. »


  • 4.a ). « L’étude RIO-Lipids est la première des quatre études de phase III du programme RIO destiné à évaluer la tolérance et l’efficacité du rimonabant sur la perte de poids et les facteurs de risque métabolique chez 6 600 obèses. »


  • 4.b ). « L’essai RIO-Lipids fait partie des quatre études de phase III constituant le programme RIO, qui évalue l’effet du rimonabant sur les facteurs de risque cardio-métabolique chez plus de 6600 patients en surpoids ou obèses. »


  • 5.a ). « L’approbation d’Acomplia se fonde sur des données dont celles du programme RIO : administré à raison d’un comprimé à 20 mg/j, Acomplia permet une réduction significative du poids et du périmètre abdominal, des taux d’HbA1c et de triglycérides ainsi qu’une augmentation des taux de cholestérol HDL. »


  • 5.b ). « Les résultats du programme RIO montrent qu’administré à raison d’un comprimé de 20 mg par jour ACOMPLIA® permet une réduction significative du poids et du périmètre abdominal, des taux d’HbA1c et de triglycérides, ainsi qu’une augmentation des taux de cholestérol HDL, le « bon » cholestérol. »


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(Article en 4 parties:1, 2, 3 et 4)


Le traitement de l’information médicale, à propos d’un cas (3)

Au cours des 80 articles que le Quotidien a consacré au rimonabant, j’ai compté 10 mentions relevant du domaine des informations économiques.

La première apparition, qui est est aussi la première du rimonabant dans le Quotidien est datée du 28/05/2002. La direction de Sanofi  plaçait dans sa molécule de grands espoirs de croissance.

La dernière date du 12/09/08 et annonce le remplacement du directeur général de Sanofi-Aventis, probablement à la suite de l’échec du rimonabant devant la FDA en juin 2007.

Enfin, j’ai répertorié 7 informations que j’ai classées dans la catégorie « divers »:

  • le 18/03/08: nouvelle présentation de l’Acomplia (30 comprimés par boite à la place de 28)

 

  • le 17/12/07: simple mention du nom rimonabant dans le cadre d’un traitement anti-diabétique [là aussi, hors AMM]

 

  • le 27/11/2007: idem que supra, sauf que là, la mention semble faire partie de l’AMM.

 

  • le 18/06/2007: la FDA émet un effet défavorable pour l’obtention de l’AMM aux États-Unis. L’article est remarquable de concision, car il omet totalement de préciser la raison de ce refus pourtant inattendu et lourd de conséquences.

 

  •  le 15/06/07: le rimonabant a gagné le « prix MEDEC de l’innovation thérapeutique » de l’année 2007. Ironiquement, cette annonce a eu lieu 2 jours après l’échec devant la FDA pour les incertitudes sur les risques psychiatriques.

 

  • le 09/03/2007: simple mention du rimonabant dans un article sur le système endocannabinoïde et la douleur.
  • le 14/11/2006: mon article préféré, celui qui annonce l’obtention par le rimonabant d’une AMM au Mexique. Le Quotidien choie ses médecins abonnés francophones, prescrivant au Mexique, les seuls intéressés par cette information.

Suite au prochain numéro…

😉

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(Article en 4 parties:1, 2, 3 et 4)