La valise iatrique

J’ai découvert ce matin tout un pan de la culture lyonnaise grâce à ce tweet:

La presse lyonnaise était particulièrement dynamique au XIXième.

J’ai trouvé dans les archives de la Bibliothèque municipale de Lyon une publicité grandiose pour ALOPEX, à l’enseigne de la mort qui trompe, une boutique de matériel médical sise 20 rue de la Lune (actuelle rue Tupin).

Cette publicité a été publiée dans La semaine lyonnaise du 23 octobre 1819.

Voici le début de l’annonce:

AVIS TRES-IMPORTANT.

LA VALISE IATRIQUE.

Ou l’art d’exercer la médecine d’une manière sûre , facile, prompte, agréable et à la portée de tout le monde.

Messieurs,

Je vous prie de vouloir bien insérer dans votre feuille hebdomadaire l’annonce suivante ; le public vous en saura d’autant plus gré , que ma découverte intéresse essentiellement la société et l’humanité souffrante. Elle datera, je l’espère, dans les annales de la postérité.

J’ai donc l’honneur d’annoncer aux Lyonnais mes compatriotes , qu’après avoir voyagé pendant 20 ans dans les cinq parties du monde , et fréquenté les écoles de médecine les plus célèbres, telles que celles de Paris, de Péckin , de Congo en Afrique , où J’ai vu le célèbre Mungo-Parck de Diemen , dans la nouvelle Hollande , et d’Acapulco en Amérique ; qu’après avoir fait des recherches chez les Illinois , les Groénlandais , les Kamschat-Kades , les Tartares Usheks, les Mingréliens , les Indous , les Perses , les Turcs , et les Arabes, j’ai trouvé enfin le moyen de réduire la médecine à l’état d’un art mécanique, c’est-à-dire, que par des instrumens aussi ingénieux que commodes et positifs , l’homme même le plus ignorant peut reconnaître clairement la nature d’une maladie quelconque , et la guérir, comme dit le fameux proverbe si souvent en défaut, luto , cito et jucundè.

Ah ! que l’envie et l’ignorance ne disent plus maintenant que la médecine est une science hypothétique et vaine ; elle sera désormais , grâces aux machines que j’offre aux vrais connaisseurs et estimateurs du mérite , un art aussi exact , aussi sûr que celui de l’horloger , et bien plus certain-encore que la chirurgie dont on vante tant l’infaillibilité , et qui en a si peu , que d’illustres professeurs n’ont pas même pu reconnaître naguère la fracture de la clavicule qu’une chute avait occasionnée en cette ville à un de leurs savans confrères de Montpellier ; et qu’un autre chirurgien d’une grande ville prit une bosse pour un anévrisme de l’artère scapulo humérale. On ne commettra point de semblables erreurs au moyen de mes instrumens qui sont au nombre de 11 renfermés dans une caisse que j’ai nommée valise iatrique ou médicale. Ainsi sera démenti le proverbe impertinent qu’on a fait contre les médecins, experientiam per mortes agunt. Voici en quoi consiste ma valise.

La description des 11 instrumens vaut son pesant de cacahouètes, la suite est ici (page 2).

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

3 thoughts on “La valise iatrique”

  1. Prodigieux !
    Reflet de la pudibonderie qui régnait à l’ époque : les « miroirs » des parties basses de l’ individu sont les miroirs de ***.
    Miroir, mon beau miroir…

  2. Merci! Comme j’aimerais pouvoir soigner les coliques flatulentes mortelles grâce à l’ustensile numéro7, dommage que ce ne soit plus en vente…

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