Au delà du virtuel

Aujourd’hui, mon fils aîné a 9 ans.

Les enfants sont ce qui rend le plus tangible le vieillissement.

En fait, on se rend compte que l’on prend de l’âge qu’à partir du moment où l’on a des enfants.

L’immensité de leur potentiel se substitue lentement au notre, et le contraste entre les deux devient jour après jour plus frappant.

Vous savez, c’est aussi le moment où l’on passe subrepticement du je vais faire, au je fais.

Le niveau d’après, on passe du je fais, au j’ai fait.

Enfin bref, en ce moment, alors que tout va bien (je touche du bois), et je n’envisage pas encore ma fin avec beaucoup de sérieux,  j’ai été sensibilisé à cet article du NYT: Cyberspace When You’re Dead.

Alors que toutes nos possessions matérielles ont un avenir tout tracé (notaire, fisc, ayants-droits), qu’en est-il de nos possessions virtuelles?

Ce blog fait partie de ma vie et l’a infléchie. Il reflète une part de ce que je suis.

Que deviendra-il après ma disparition?

Surtout si personne n’en a les clés!

Qui l’administrera? Qui le poursuivra? Et d’ailleurs, devra-il disparaître avec son auteur? Ou rester figé tel quel?

Contrairement aux œuvres artistiques protégées par la législation et dont l’avenir est lui aussi tout tracé, il ne coûte rien (ou presque), ne rapporte rien (vraiment rien), appartient à tout le monde.

Est-ce que les autres administrateurs de blogs ou de sites qui me lisent se sont déjà posé la question?

Avez-vous désigné un exécuteur testamentaire virtuel?

Qui?

Mon épouse connaît ce blog et mon compte twitter, mais elle n’en a pas les clés.

Mais pour ceux qui écrivent sous couvert de l’anonymat, notamment vis à vis de leur famille?

Les clés, je pourrais les lui remettre, ou à mon meilleur ami, avec pourquoi pas des consignes pour l’au delà.

Bon, sur ces réflexions, je vous laisse, j’ai un magret de canard sur le feu qui commence à chanter.

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

15 thoughts on “Au delà du virtuel”

  1. ça y est vous m’avez plombé la journée ! :=)
    (une de mes blog amies n’a pas touché à son blog depuis un an celui ci plein de belles photos et de textes poétiques se couvre de pubs… sinon bonne question que devient un blog après la mort du blogueur ? » )
    mes enfants sont adultes, je suis encore dans le « je fais »
    mais chez moi le magret de canard on le surveille genre monitoring !

  2. Hasard du calendrier : l’ aîné de mes petits-fils a aujourd’ hui 5 ans.

    Et laissez-moi vous dire que la prise de conscience de l’ âge (je ne dis pas encore viellesse) s’accélère nettement lorsqu’ une troisième génération apparaît dans la famille.

    Bah, on n’ a encore rien trouvé de mieux que vieillir pour vivre longtemps.

  3. Bonjour Jean-Marie,

    Oui, les MMT se sont posés la question il y a quelques années.
    http://www.mmt-fr.org/article105.html

    Pour ce qui est d’Atoute, j’ai des co-administrateurs et un carnet avec tous les codes pour ma femme qui pourra le remettre aux personnes intéressées. Atoute est normalement autofinancé par quelques pubs, mais il faut un pilote dans l’avion.

  4. Mourir c’est la vie. La biologie bernardienne et la plus contemporaine nous le montre sans cesse et renouvelle notre vision de la vie à l’aune de ces petites morts quotidiennes. Heureusement que nous disparaissons, heureusement que nos créations disparaissent qu’il n’en reste que des fragments dans les mémoires.
    Ne pas avoir peur de disparaitre pour pouvoir profiter de la vie, dans une notre vie électronique il y avait une photo prise au perganum de mon philosophe préféré que tu devrais lire quand tu as le blues.

  5. Oh la la! Mais qu#ont tous ces blogs de médecins? Apparemment, c’est une pandemie de tristesse chez eux.

    Vous êtes encore pour longtemps dans le « je fais » et vos enfants ont besoin de leur père pour une vingtaine d’année (avant que vient le tour du rôle du Grand-père). Le « je fais », cesse quand on cesse de vivre en croquant la vie pleinement, malgré les doutes, les douleurs et les aléas qu’elle nous réserve.

    Attendez un certain chiffre anniversaire qui vous met KO sans connaitre le pourquoi de la masse qui vous frappe sur la tête (symboliquement). Je suis passée par là, toujours rien compris (penche que c’est un genre de mise au point de sa vie?!) et commence à m’en sortir (au bout de 2 ans et décidé de ne plus penser à mon chiffre d’âge qui change – quand je pense au prochain, je suis un dinosaure).

    Profitez de la vie autant que vous pouvez avec vos proches, c’est ca la richesse d’une vie: celle du cœur (sans jeu de mot).

    Bonne soirée

    1. « Oh la la! Mais qu#ont tous ces blogs de médecins? Apparemment, c’est une pandemie de tristesse chez eux.  »

      Il me semble avoir lu (un jour, quelque part…mon épouse préférée dit souvent que je lis trop) que statistiquement, c’ est parmi les médecins que le taux de suicide était le plus élevé (et si on affine l’ analyse par sexe, chez les femmes médecins).
      Why ?
      Et oh, Monsieur Vailloud, pas de blague, hein, on a besoin de Grange Blanche pour s’ oxygéner au quotidien.

  6. C’est marrant les commentaires… Je l’ai pas perçu du tout déprimant/déprimé moi ce post, probablement parce que c’est le genre de questions qu’il m’arrive de me poser… et pour moi c’est une discussion relativement abstraite, générale. Être conscient de sa mortalité n’est pas déprimant en soi (sinon on n’aurait pas fini), et à la limite je trouve ça plutôt optimiste de se demander ce qui subsistera, et d’éventuellement prendre des mesures pour que quelque chose subsiste…
    Marrant.

  7. Je parle de tristesse pas de déprime, deux choses différentes. La tristesse fait partie de nous comme le rire. Une fois, j’ai demandé à un musicien pourquoi les chansons d’amour sont souvent tristes. Réponses: majoritairement, elles sont composées lors d’un chagrin d’amour. Un « passage à vide » ne signifie pas automatiquement déprime, voire dépression (heureusement).

    @José Lemaire: on ne lit jamais assez.

    @Balise: certes, il est bien de se poser des questions sur sa vie, sur son avenir et sur sa mortalité. Je me pose pas mal de question la-dessus, depuis des années. C’est normal. Le hic est quand on tente d’engager une discussion sur ce thème, alors on se retrouve facilement catégorisé « dépression ». Donc, se poser les questions s’est bien, mais avancer, les développer sans avoir un autre avis va vers une impasse. ce qui est bien dommage.

    @Dr Vailloud: il était bien votre magret de canard? Mes 2 monstres de toutou surveillent bien toute cuisson de viande – d’autant plus quand il s’agit de la leur.

    J’avoue de n’avoir jamais penser à mon blog ou adresses courriel en cas de disparition. Je suis contente d’accéder, vu les plantages et système qui ne sympathisent pas.

    Bonne soirée à tous et bon commencement de la semaine.

  8. J’y ai pensé, bien sur, et puis j’en connais déja, notamment des comptes Facebook toujours vivants avec un propriétaire mort..
    Perso, le blog est mon jardin secret, personne n’en a connaissance chez moi. Ceci dit, en suivant les liens et la mémoire de l’ordi qui stocke les mots de passe comme tout le monde ne sait pas, mes descendants pourraient chercher et trouver, si je venais à mourir brusquement (comme un des collègues récemment, présent à une réunion et content le samedi, mort le mardi).
    Il y a déja une forme de petite mort sur le net, ce sont les propriétaires de blog qui tout soudain décident de le mettre en accès privé, avec un code, dont ils ne préviennent pas leurs lecteurs épisodiques. C’est comme arriver dans une maison toujours ouverte, et trouver la porte désespérément fermée, sans aucune solution pour trouver la clé.
    Je trouve en tous cas que ta question n’est en aucun cas déprimante, mais totalement pertinente
    Marion

  9. Belle question. Tu en oublies un point toutefois : si ce blog est toi, en partie tout au moins, quel intérêt après le décès de son auteur ?
    Deux petits exemples : K, histoires de crabes http://crabistouilles.blogs.liberation.fr/ et la fameuse question des profils sur réseaux sociaux, qui bien souvent demeurent après le décès de nos contacts, ou se transforment en mémorial virtuel…

    J’ai beaucoup de retard, mais joyeux anniversaire à ton fils !

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