Les génériques, encore et toujours.

Un texte de theheart.org, version française relate une session qui s’est déroulée au cours du dernier congrès de la SFC, et dont le sujet était les génériques.

On retrouve les mêmes pugilistes, les mêmes effets digne des pires bateleurs des rues (« Qui dans la salle a eu des problèmes avec des génériques? »), les mêmes sous-entendus de collusion avec l’industrie, les mêmes différences d’interprétation d’une étude pourtant univoque…

La pauvreté scientifique des arguments est toujours aussi affligeante.

Bref, rien de nouveau sous le soleil, sauf ce passage qui m’a fait bondir:

Second problème, les produits. En ce qui concerne le principe actif, pour commencer, l’équivalence supposée entre des sels, esters, éthers et isomères de ce principe, avec la forme chimique du princeps, peut être discutée. Par ailleurs, il faut avoir conscience des risques de fraude ou d’accidents, inhérents à la multiplication des approvisionnements : la récente contamination d’une héparine d’origine chinoise, en est la meilleure illustration.

« Les matières premières viennent maintenant de Chine, d’Inde ou du Brésil, et il est impossible de contrôler en permanence la qualité des médicaments mis sur le marché, ni d’inspecter systématiquement les sites de fabrication », souligne le Pr Lechat, qui ajoute qu’une coordination des inspecteurs au niveau européen, voire mondial, présenterait un intérêt certain.

A quoi fait référence cette phrase:  « récente contamination d’une héparine chinoise« ?

Probablement à la mort de 93 personnes aux Etats-Unis environ en janvier 2008? Si c’est le cas, pas de chance, car la société incriminée, Baxter, n’est pas vraiment une société connue pour ses génériques, et je présume que l’héparine commercialisée et en faute ne l’était pas en tant que générique. Par contre Rotexmedica, filiale allemande de Panpharma et touchée elle aussi par la crise de l’héparine est spécialisée dans la fabrique de génériques.

Tout cela pour dire quoi?

Que le journaliste qui a rédigé l’article donne l’impression manichéenne que d’un côté il y a l’industrie pharmaceutique occidentale et ses « bons » produits bien sous tous rapports, et de l’autre les fabricants de génériques avec des produits par nature suspects puisque chinois ou indiens.

Le problème, comme la « meilleure illustration » cité par le journaliste le montre, ou comme je l’ai déjà évoqué ici, c’est que ces produits ont souvent la même provenance, Chine ou Inde, et que bien souvent, industriels du médicament et génériqueurs ne font qu’un. Vous connaissez le laboratoire Servier ? Et bien, sa filiale, Biogaran est un acteur majeur dans l’industrie du générique. Jusqu’en octobre 2007, date de sa vente à Mylan, la société de génériques « Merck Generics » faisait le bonheur de sa maison mère.

Parfois mêmes composants, parfois mêmes fabricants, je ne pense pas que l’on puisse attaquer les génériques en arguant que les originaux sont plus sûrs. En tout cas, sûrement pas en en faisant une généralisation démagogique et intellectuellement simpliste.

On voit bien sûr poindre derrière cette constatation l’ensemble des problèmes potentiels liés à la délocalisation d’une partie de notre industrie pharmaceutique dans des pays ou la fabrication de médicaments est certainement bien plus économique, mais aussi bien moins encadrée.

Et je je pense que ce point est bien plus crucial que la guéguerre inepte que se livrent mes confrères cardiologues pro et anti génériques.

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Stade initial de la fabrication d’héparine. Xinwangzhuang, Chine. Crédit: Ariana Lindquist for The New York Times.

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