Prise en charge de l’accident ischémique cérébral, 2012

Femme, 78 ans, hypertendue, aphasique et hémiplégique. Elle rentre dans un service d’accueil des urgences, qui programme un angioscanner des troncs supra-aortiques+scanner cérébral. Les deux sont normaux. La patiente est transférée dans un service de post-urgences.

Les symptômes disparaissent, on contrôle son scanner cérébral et on retrouve une petite lésion ischémique.

Puis elle sort au bout de quelques jours sous Kardégic 75.

Ah oui, on lui a donné une ordonnance pour faire un holter ECG en externe.

Je la vois un mois après.

Cette très agréable petite dame se porte comme un charme. Elle a quand même peur que ça recommence. Elle est très entourée par sa fille qui est une soignante. 

Je suis stupéfait de la pauvreté du bilan réalisé: quid de l’échographie cardiaque? Quid du holter ECG réalisé en externe?

Ah oui, ce holter montre les lambeaux de fibrillation auriculaire.

Je jette un coup d’oeil à son échographie cardiaque et je retrouve une oreillette gauche dilatée, un bon ventricule gauche, pas de valvulopathie.

Cette patiente a donc une fibrillation auriculaire paroxystique et un score CHA2DS2-VASc à 6, soit un risque d’AVC annuel à 9.8%.

Bref, l’aspirine est tout, sauf une option optimale.

Cette histoire ne s’est pas déroulée dans un pays en voie de sous-développement ni dans une clinique de quatrième catégorie, mais chez nous, au CHU.

Pour comparer, voici la question d’internat 133 sur la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux.

Le fossé se creuse de façon dramatique entre ce qui est, jusqu’à preuve du contraire, une prise en charge médicale satisfaisante et la réalité de tous les jours.

Pourtant, les professionnels de santé sont les mêmes « qu’avant ».

Alors, pourqoi ça ne marche plus?

La difficile quête de l’indépendance (2)

Je vous avais raconté ici que certaines associations ont eu un peu de mal à appréhender le concept d’indépendance.

L’indépendance, c’est comme les échecs, la définition est simple mais la comprendre et la mettre en pratique peut occuper une vie ou des rayons entiers de bibliothèques.

L’indépendance a le vent en poupe depuis l’affaire du Médiator, ce concept sonne bien à l’oreille, il plaît et il est éthique; et ça tombe bien, à la fois patients et médecins veulent plus d’éthique.

L’indépendance, c’est un peu comme le bio.

Avant, bien peu s’en souciaient, maintenant, tout est bio parce que c’est devenu porteur, à la limite bien plus que parce que le bio est sensé protéger notre environnement et soi même. L’important, c’est de faire semblant.

Même le LEEM s’est mis à l’indépendance en créant un comité indépendant, le CODEEM avec des membres tous plus indépendants les uns des autres. L’important, c’est de faire semblant.

Mais par ailleurs, des professionnels de santé veulent se lancer dans l’indépendance en toute bonne foi.

Parce qu’ils se sont rendus compte que les laboratoires ne sont ni les amis des patients, ni les nôtres.

Ils sont plein de bonne volonté touchante, mais on voit qu’ils ont quand même un peu de mal à appréhender le concept.

Je suis tombé sur une brochure d’une association de FMC, créée par des médecins.

La présentation est alléchante, voire même militante.

(Cliquez pour agrandir)

Hasard (?), ils ont même repris une couleur verte, qui m’a tout de suite fait penser au Formindep.

Quelle déconvenue en dernière page quand on tombe sur une jolie liste de laboratoires financeurs !

Comme vous pouvez le constater, certains sont des références connues et reconnues de l’éthique et de l’indépendance des professionnels de santé.

C’est tellement involontairement caricatural que la bonne volonté est évidente.

Le programme des réunions (non montré) montre qu’en général, le laboratoire qui finance une réunion n’a pas de produit à vendre dans le domaine présenté. On trouve quand même une session « vaccination du voyageur » financée par Sanofi…

Je n’ai aucun doute sur le fait que les sujets présentés et leur traitement soient en effet libres.

Néanmoins, cette FMC indépendante et libre fait partie intégrante de l’illusion qui est entretenue à grands frais par l’industrie pharmaceutique :

  • les laboratoires sont nos amis,
  • ils sont conviviaux,
  • ils nous veulent du bien, ils nous nourrissent et nous instruisent
  • ils sont éthiques et désintéressés depuis demain,
  • tous leurs nouveaux produits sont innovants,
  • les génériques c’est pas bien,
  • vite-prescrivez-de-l’ivabradine-sinon-vos-patient-y-vont-mourir.

Le problème, c’est que l’indépendance, si telle est en effet la voie choisie par le professionnel de santé, chacun restant libre de la suivre ou non, a un coût.

Il faut donc accepter de payer ses notes de restaurant, ses petits fours, et…ses réunions de FMC.

(Merci à ceux qui se reconnaîtront)

Vas-y coco, les infections nosocomiales, c’est de la bombe!

Comment un journaliste spécialisé dans le domaine de la santé déniche en 2012 les sujets à traiter, l’angle à utiliser, les pistes à remonter pour mener son investigation?

Et bien, il prend son MacBook, son iPhone et une cafetière pleine, commence à faire des recherches sur internet, appeler les gens dont les noms ressortent, cherche à avoir les coordonnées d’autres contacts, à les joindre ou  les rencontrer, fait la synthèse de l’ensemble et rédige un article didactique et équilibré.

Il peut aussi se faire inviter à une table ronde Media comme celle qui sera organisée par Pfizer le 12 janvier prochain à l’Hôtel Murano Resort (surtout célèbre pour une de ses piscines, j’espère qu’elle est bien chlorée):

Agenda Matinée Pfizer 12 Janvier

Moins de transpiration, de temps perdu, et en plus le café est offert! J’avais déjà parlé du très difficile et exigeant métier de journaliste spécialisé dans le domaine de la santé ici et ici.

(Merci à celui qui se reconnaîtra)

Dans le Circulation du jour…

On va le faire un peu brut de décoffrage, sans analyse critique

(Je ne rougis pas, c’est du même niveau que dans les revues médicales sponsorisées gratuites que l’on reçoit chaque jour au cabinet)

J’ai trouvé 3 articles intéressants dans le numéro du jour de Circulation:

Murphy TP et al. Supervised Exercise Versus Primary Stenting for Claudication Resulting From Aortoiliac Peripheral Artery Disease: Six-Month Outcomes From the Claudication: Exercise Versus Endoluminal Revascularization (CLEVER) Study. Circulation. 2012;125:130-139, published online before print November 16 2011, doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.111.075770

Granger CB, Armaganijan LV. Should Newer Oral Anticoagulants Be Used as First-Line Agents to Prevent Thromboembolism in Patients With Atrial Fibrillation and Risk Factors for Stroke or Thromboembolism?: Newer Oral Anticoagulants Should Be Used as First-Line Agents to Prevent Thromboembolism in Patients With Atrial Fibrillation and Risk Factors for Stroke or Thromboembolism. Circulation. 2012;125:159-164, doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.111.031146

Ansell J. Should Newer Oral Anticoagulants Be Used as First-Line Agents to Prevent Thromboembolism in Patients With Atrial Fibrillation and Risk Factors for Stroke or Thromboembolism?: New Oral Anticoagulants Should Not Be Used as First-Line Agents to Prevent Thromboembolism in Patients With Atrial Fibrillation. Circulation. 2012;125:165-170, doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.111.031153