Vous avez reçu une lettre anonyme (2)

J’ai reçu en décembre un courrier anonyme de la CPAM de Plan-de-Cuques, et j’ai donc eu le plus grand mal à les joindre pour essayer de trouver une solution à un problème de remboursement.

L’esprit de Noël est passé par là, où la nouvelle année, où ils ont enfin retrouvé les papiers à en-tête, quoiqu’il en soit j’ai reçu ce courrier la semaine dernière:

Première bonne nouvelle, les choses vont dans le bon sens, et remarquablement vite. Deuxième bonne nouvelle, j’ai le nom d’une interlocutrice qui a même signé le courrier; je sais, c’est très impressionnant.

Bon, toujours pas de ligne directe, mais il ne faut pas rêver, il faut quand même que le professionnel de santé ait encore à surmonter des obstacles pour joindre quelqu’un à la CPAM, sinon, il ne se réjouirait pas tant quand il arrive à parler au standardiste stagiaire bègue.

Bon, petit piège, le 3646, c’est le numéro réservé au public et pas aux professionnels de santé. Encore une fois, il faut savoir mettre un peu de piment dans sa vie. Si tout était simple, tout serait barbant.

Je m’en fiche, j’ai un numéro direct, mais j’en ai bavé et je l’ai obtenu au prix de la vie de nombreux espions rebelles…

En fait, je l’ai obtenu « à la marseillaise », en faisant fonctionner mes réseaux: je connais la dame qui gardait la fille du monsieur qui a vendu un Chihuahua à la tante d’un collégien qui aurait fait un stage de 2 semaines dans la croissanterie juste en face de l’entrée de la CPAM. Et un jour, deux dames de la CPAM s’y sont donné le numéro du standard, à voix basse, tout en mâchant un croissant. Et cette information inouïe n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd…

2011 in review

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Le risque zéro

La quête du risque est très paradoxale puisqu’elle majore très probablement ce fameux risque qu’elle se donne pourtant comme but d’annuler.

Jean-Daniel Flaysakier y a consacré un article dans le cadre de la gestion des prothèses PIP.

Mais on retrouve cette intolérance au risque à chaque coin de rue, notamment dans notre pratique quotidienne.

Pourtant, le risque fait même partie intégrante de notre métier. Le risque médical est mon métier, comme la mort.

C’est justement pour cela qu’existe la confiance, ce bien si rare et si ténu qui lie le médecin et le patient.

Pas de risque, pas de confiance.

Chercher à minimiser le risque pour nos patients est notre première préoccupation. Et il faut bien être un technocrate de la HAS, ou un administratif pour penser faire avancer les choses en nous faisant la leçon sur ce point et en nous proposant des solutions impraticables en pratique. Grille d’auto-évaluation 47a, compter jusqu’à 10 entre chaque inspiration pour ne pas oublier de respirer: critère présent/absent/non applicable.

La confiance doit être réciproque.

Faire signer des tas de formulaires montre déjà que l’on a pas confiance au patient. Comment pourrait-il de son côté faire confiance à un médecin ressemblant à un agent d’assurances, bardé de ses codicilles et de ses renvois en bas de page.

Une partie de ce mouvement de defensive medicine, comme disent les américains est néanmoins bénéfique pour le patient: la traçabilité des actes, l’information du patient, la prise en compte de la balance risques/bénéfices deviennent heureusement de plus en plus naturelles aux praticiens.

Néanmoins, la defensive medicine engendre aussi des examens +/- coûteux, +/- risqués, parfaitement inutiles mais prescrits « au cas où », en fait pour nous couvrir.

Mais en fait, sur le terrain, comme souvent, on tombe dans l’excès, et administratifs/technocrates/médecins et même associations de patients se potentialisent pour pratiquer l’ouverture systématique du parapluie qui vient polluer la relation médecin/malade, tuer la confiance, et dans une situation parfaitement ridicule qui m’est arrivée récemment, fouler aux pieds des besoins fondamentaux de patients.

Au nom de quoi, cette quête du risque zéro? Mieux protéger les patients? Mieux nous protéger nous, surtout.

Et ça, ce n’est plus de la médecine.

[Petit aparté, d’un point de vue plus général, la recherche du risque zéro qui est parfaitement illusoire (dès la conception, on commence à prendre des risques) conduit notre société à s’enkyster et en même temps à prendre des décisions aberrantes dans l’urgence. Vouloir ne plus prendre de risques, c’est donc sur-réagir, mais aussi ne plus investir (« risquer »), ne plus chercher à innover, et finalement aller plus rapidement vers l’effondrement. Nous ressemblons de plus en plus aux gras conseillers que fustige César au début de « Astérix Obélix et Compagnie »- J’aurais pu aussi citer Schopenhauer et Stéphane Hessel, mais je n’ai plus les références en tête 😉 – ]

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